LE RETOUR
Je te retrouve ainsi que je t’avais quitté,
O mon profond amour, ma mère, ma cité,
Dernier temple attendri de l’antique sagesse,
O ville, dont le nom est comme une caresse...
Rien dans le doux pays des plus lointains aïeux N’a d’autant de douceur comblé mes jeunes yeux. C’est en toi que le monde et ma vie ont leur centre. Avec quelles douceurs sous ma paupière il entre,
Ce beau soir du retour trop longtemps retardé.
O ma mère, je sens que tu m’as regardé.
C’est la nuit. Mais la lune adoucit ton visage.
Ton fils n’a pas changé dans ce trop long voyage. Les platanes heureux recommencent pour lui Le songe inachevé de leur dernière nuit.
Les façades, dans Lombre, ont leur air de noblesse. Et la même pensée et la même tendresse
LE COUCHANT
Tombent encor. des lourds balcons silencieux.
Sur les portes toujours les marteaux précieux Tordent en ricanant la gueule des tarasques,
Et la même eau moussue, au fond des vieilles vasques, Reflète le fronton de quelque antique hôtel.
On se sent vaguement devenir immortel.
Chaque chose, nourrie en toi de solitude,
Garde le même rêve et la même attitude.
De son même regard notre bon roi René Me protège, en passant, depuis que je suis né.
Et sans te soucier des saisons incertaines Tu t’endors chaque soir au chant de tes fontaines.
A peine si parfois, vers la fin de l’hiver,
Le vent voluptueux qui souffle de la mer Met un vague frisson sur tes pierres dorées Et laisse, sous l’aveu des phrases murmurées Par les vieux murs heureux aux ombrages flottants, Deviner que pour toi c’est aussi le printemps.
A LÉO LARGUIER
A Theure murmurante et pleine Où le crépuscule léger Voit sur les arbres de la plaine Trembler l’étoile du berger,
Rêveur, sur ta table de pierre Accoudé, devant ta maison.
L’air donnant au vin dans ton verre Le goût de miel de la saison.
Quand sous les pins, fumant ta pipe.
Sur le vieux banc tu viens t’asseoir, Ton cœur tranquille participe A l’immense bonté du soir.
].K COUCHANT
0 pur vertige ! On sent le monde Respirer sous le firmament Et dans ta volonté profonde Ta gloire monte lentement.
Tous les souffles de la campagne Battent les murs de ta maison,
Tu te lèves, la lune gagne Les rampes d’or de l’horizon.
A ta fenêtre luit la lampe, Compagne de tes purs travaux.
Et d’un poëme sous ta tempe Bourdonnent les rythmes nouveaux.
Les eaux courant sous la feuillée, Les bruits nocturnes du printemps Bercent ta pensive veillée.
Et les faunes, comme au bon temps.
Éveillés par le clair de lune Sentent ton rêve obscurémen Au fond de la campagne brune S’achever dans le firmament.
Et moi, selon le mode antique Du poëte et du chevrier.
Creusant ce médaillon rustique Dans le bois noir d’un vieux laurier,
J’ai voulu, gloire de ta race !
Cœur innocent, front inspiré î Sous les arbres de ta terrasse T’asseoir devant le soir sacré,
En mêlant dans Tombre des branches Pour mieux charmer tes yeux amis Les belles Muses toujours blanches Et les vieux faunes endormis,
Tandis qu’au ciel pur et tranquille L’ordre des saisons et des jours Comme en ton œuvre roule et brille.
Le grand poëme suit son cours.