A PIERRE LAPRADE
Mon Laprade, prends-moi la Muse que j’adore, Jette-la sur le lit de pourpre, au bord du ciel.
Et dans le grand jardin plein de fruits et de miel Fais dans les hauts lauriers rire la jeune aurore.
Tâche, dans l’air fraîchi, que l’on entende un peu La fontaine couler au pied du vieux platane; Répands autour du lit la corbeille d’air bleu Qui caresse les parcs attendris de Cézanne.*
Que ton âme de peintre arrête à l’horizon L’étoile du berger au-dessus de sa tête,
Laisse couler partout de ta chaude raison Les lignes d’or, l’éclat doré d’un jour de fête.
Suspends les longs colliers aux branches des rosiers, Accumule à ses pieds les luisantes étoffes.
Que de beaux enfants nus secouent les cerisiers,
Et qu’on sente sous bois rêver l’œil bleu des strophes.
Car avant de chanter une dernière fois Une strophe d’amour à la fin du poëme Je veux que le frisson des jardins et des bois ' Enveloppe le cœur de la Muse que j’aime.
Baigne-la du reflet des sources, ses yeux las Adorent la caresse éparse du feuillage,
Et sur les murs du parc, au-dessus des lilas, Montre les volets clos des maisons du village