DON DU FEU
Je marchais. L’horizon derrière moi brûlait.
Sur les bois du Gnémis le couchant s’écroulait.
Dans la gorge, où roulaient les eaux encore blanches,
Des pins sur le torrent tordaient leurs sombres branches. Les rochers monstrueux repoussaient l’étranger.
Pas même, dans le soir, la Üûte d’un berger.
Les chênes étaient noirs, mais les hautes montagnes S’empourpraient, et l’horreur de ces mornes campagnes Pénétrait lentement dans mon âme et mes yeux.
Le matin, l’esprit vif, le cœur plein et joyeux,
J’étais sorti de Delphe en saluant l’aurore ;
Apollon habitait ma mémoire sonore.
J’allais, dans l’ombre d’or de ses hauts lauriers verts,
Et le long du chemin je composais des vers A la gloire d’Eschyle et de la Thessalie...
Et maintenant le soir avec mélancolie Tombe sur les toits noirs de ma pauvre maison.
C’est un rêve... Et pourtant au fond de ma raison, Comme en un crépuscule où se choquent les chênes, J’entends un froissement de lauriers et de chaînes, Je vois saigner un corps sous des crampons de fer.
Et du fond des grands vents qui labourent la mer, J’entends, mêlant ses cris à mon rêve invincible,
Se plaindre sur les monts Prométhée invisible.