PREMIER MATIN
Ayant passé la nuit, seul et triste, penché Sur mes livres, sentant les ailes de Psyché Se fermer lentement derrière moi dans Pombre, Gomme, au matin naissant, je vis ma chambre sombre, Mon front sans certitude et mon cœur sans amour,
Je vins à ma fenêtre en attendant le jour,
Et morose, à travers les branches remuées.
Je regardais le vent plein d’humides nuées Refouler l’aube pâle au fond de l’horizon.
Et comme un condamné, du fond de sa prison,
Écoute s’éveiller la ville encore obscure ,
Partout, autour de moi, j’entendais la nature Se plaindre et commencer l’effort d'un jour nouveau. Une froide rosée inondait le carreau Où j’appuyais mon front enfiévré par le doute.
LE MATIN
Et les hommes déjà s’agitaient. Sur la route Un fouet claquait. Un chien aboyait. Le moulin Ouvrait sa porte. Un pâtre errait dans le matin. Une lueur rôdait à travers les nuages Et le vent ténébreux secouait les feuillages.
Mais soudain, au moment où l’aurore saignait, Tout fut plein d’une Voix terrible qui venait En face du levant derrière la colline.
Et les chênes tordus par une main divine S’ouvrirent, et du cœur de l’abîme béant Une bouche cria : « Fils, je suis le néant. Couche-toi. Rien ne vaut la peine qu’on se donne. Tu tentas d’exister, passant. Je te pardonne. »
Un vertige emporta ma tremblante raison.
Et je ne vis plus rien du fond de ma prison.
Les nuages, le ciel, les arbres disparurent.
La brume autour de moi, les ténèbres s’accrurent. Le monde s'abîma sous un grand soleil noir.
Mais frissonnant, les bras tendus, cherchant à voir Cette Voix qui sortait de cette bouche noire. Éperdu, je criai : « Je suis! Je suis! »
La gloire
Du matin éclata dans le ciel déchiré.
Et je fus un vivant, je fus un inspiré.
Je vis monter en moi la lumière invincible.
Et devant mes regards, dans son ordre sacré. Renaissait la splendeur de l’univers visibler