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LE POÈTE OFFRE SON LIVRE AU SOLEIL

0 soleil, donne-moi la clarté qui fait vivre.

Tu nourris les arbres heureux.

Les arbres loin de toi sont sans feuille, et mon livre, Si tu le fuis, mourra comnie eux.

Et pourtant la rumeur et l’odeur des feuillages Circulent dans son cœur épars.

Et comme sur la mer, au travers de ses pages, Passent la pluie et les brouillards.

Les ombres lentement tournent autour des fermes. Les chênes roux sont pleins d’oiseaux,

Et le tronc des bouleaux adolescents et fermes Tremble de joie au bord des eaux.

LB MATirf

Parfois le rauque éclat des trompettes guerrières De ses grands bois trouble la paix,

A Fheure où lentement, dans ses tièdes rivières Quelque bœuf trempe un mufle épais.

Mousses ! Étang dormant ! Longs pins ! « Le cœur oublie, » Me murmure le vieux rocher.

Au fond du soir tombant de ma mélancolie On entend les pâtres marcher.

Le livre est sombre, ici pleure la strophe amère Où les yeux pleins de son verger Le matelot regarde, ainsi que dans Homère,

La mer qu’on ne peut vendanger.

Et le livre à présent s’ouvre aux pages joyeuses, 0 soleil, où les vents du ciel Viennent dans le rucher, sous l’ombre des yeuses, S’enivrer de l’odeur du miel.

La nocturne fraîcheur des clairières l’habite, Et sur la pente des coteaux Dans le soir indécis cette ode à moitié dite. C’est le passage des troupeaux.

Regarde, les ruisseaux tombent de page en page, La montagne s’endort en lui...

O calme ! mots unis où rêve un paysage,

0 pur silence de la nuit !

0 soleil, c’est pour toi que ses plaines déroulent Leurs moissons aux rythmes mêlés,

C’est pour toi qu’à travers le chant des hymnes coulent L’eau des torrents, la fleur des blés.

Écoute, au fond des vers la campagne murmure...

On voit les homines travailler.

A peine si pourtant là-bàs le ciel s’azùre.

Le fleuve vient de s’éveiller.

La forêt endormie encore est toute grise. L’herbe des bois a soif du vent.

L’amoureuse forêt offre en vain à la brise La profondeur du bois mouvant.

Et comme la forêt ouverte au vent sonore,

0 soleil, je t’offre ces vers.

L’ombre tombe, tu vas pour tout un jour encore Ressusciter notre univers.

LK MATIN

Les hommes ont déjà fait sortir de l’étable Les chevaux, et tu peux les voir Déchirant de leurs socs la plaine vénérable, Et moi, comme eux, jusqu'à ce soir.

Réconforté, Soleil, par la fraîche rosée De ce matin délicieux,

Je vais à larges vers labourer ma pensée ; — Féconde-la, chaleur des deux î

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