D. — LES DIATOMÉES
Le schiste du Bois d'Asson contient de nombreuses Diatomées, qui appartiennent à des genres variés (fig. 53 à 67, PI. VI). La plupart sont des Diatomées libres. — Il y a quelques Diatomées en chaînettes. Je n'ai pas vu de Diatomées pédonculées. J'avais recherché tout spécialement cette dernière catégorie de
Diatomées, dans Tespoir d'obtenir nne indication précise sur le mode de fossilisation, qui aurait frappé la substance gélosique des pédoncules. — Ce sont les formes minuscules qui prédominent. Ces très petites formes sont difficiles à observer dans la gelée fondamentale.
Les Diatomées en chaînettes ont leurs cellules placées sur la tranche, par suite de leur arrangement en hyphe; les carapaces des autres Diatomées sont toutes couchées à plat, sur une des faces supérieure ou inférieure. Elles ont leui's deux valves régulièrement emboîtées. Elles sont vides de protoplasme, affaissées et brisées par le retrait qui a amené en contact leurs faces opposées. La délimitation de la carapace siliceuse est très nette, comme si celle-ci avait déjà complètement perdu son substratum organique au moment de Fenfouissement. Je ne crois pas cependant que cette disparition du substratum organique de la paroi ait été totale. Les valves affaissées et rompues ne sont pas brisées comme une lamelle minérale, qui casse nettement lorsqu'on a dépassé sa limite de résistance. L'attitude est celle d'une lame molle, qui a fléchi peu à peu et dont l'incrustation se brise lorsque la flexion est devenue trop forte. Il y a une différence d'aspect très nette entre les ruptures produites par la taille dans ces valves et les cassures dues à leur effondrement sous l'action du retrait de la gelée.
L'incrustation siliceuse des Diatomées du schiste du Bois d'Asson est d'une extrême minceur. Il n'y a d'exception que pour les valves du grand Orthosira (flg. 53 à 55, PI. Vl). Comme les ornementations sont parfaitement intactes, on ne peut invoquer ici un amincissement de ces valves par dissolution partielle, mais cette minceur explique le peu de résistance que la plupart d'entre elles ont opposé au retrait (i). L'intérieur des
(i) Les valves de Diatomées sont altérées et partiellement dissoutes aa voisinage immédiat de la dalle qui forme le toit.
Diatomées qui ne sont pas effondrées est rempli par une gelée jaune pâle sans bactérioïdes ou très pauvre en bactérioïdes. Ce n'est guère que dans la cavité plus volumineuse des gros Orthosira quon voit quelques micrococcoïdes et parfois un bacilloïde. La partie la plus fluide de la gelée fondamentale a rempli les Diatomées en filtrant à travers leur paroi sans entraîner les corps dont elle était chargée. Le bitume pur n emplit pas ces Diatomées et ne les englobe pas directement. Il a seulement pénétré dans quelques-unes des plus grosses par diflusion.
Ces Diatomées sont extrêmement nombreuses, la gelée fondamentale en est surchargée dans toutes ses parties. Elles sont orientées en tous sens dans le plan. Elles sont mêlées indistinctement avec les autres corps accidentels. Les plus petites espèces ont seules été entraînées dans Texsudat de remplissage des déchirures horizontales.
La structure de ces Diatomées n'est bien visible que sur les coupes horizontales. Elles échappent presque complètement sur les coupes verticales à cause de leur minceur et de leur aflaissement. Il faut une recherche toute particulière, sur des coupes d'une finesse extrême, pour en constater la présence avec certitude. Les coupes verticales ne permettent pas de se faire une idée exacte du nombre prodigieux des Diatomées qui chargent la gelée fondamentale. On ne voit guère que les disques du grand Orthosira, coupés axialement. Pour faire la détermination des espèces, on devra isoler et dégager de sa gangue organique cette florule diatomique. En faisant cette opération, il faudra tenir compte d'une difli culte. La plupart des Diatomées étant brisées par le retrait, leurs carapaces s'eflbndreront lorsqu'on aura détruit le substratum organique qui les maintient. Il faudra donc opérer cette destruction doucement et par dissolution^ et éviter ensuite le plus possible le déplacement des carapaces dégagées. Je n'ai pu jusqu'ici conduire à bien cette opération et réunir un matériel suffisant, pour le
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soumettre à un spécialiste; j'ai dû me borner, dans un premier aperçu, à comparer les espèces les plus fréquentes et les plus facilement visibles sur les coupes du schiste du Bois d'Asson à nos Diatomées actuelles. Aucune identification spécifique n'est possible entre les espèces tertiaires et nos espèces actuelles ; toutefois les espèces actuelles qui se rapprochent le plus des espèces tertiaires sont:
Orthosira arenaria, Odontidium mutabile^
Melosira çarians, Cymbella Ehremberghii,
Epithemia turgida^ Cocconema parçum, Himanihidium pectinale.
Ces espèces sont toutes des formes d*eau douce. J'estime qu'il y a là une première indication sur la nature des eaux génératrices du schiste du Bois d'Asson. Cette indication directe s'accorde d'ailleurs avec ce que l'on sait des terrains qui contiennent cette couche. — Bien que très légères, aucune de ces Diatomées n'a la forme franchement efiilée des algues pélagiques. Je crois donc qu'il s'agit d'une formation dans une eau peu profonde (i).