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Uif^e de Montmorency une inscription qui est connue et authenîique, et que voici :
O foi, dont 1rs hriVaiits écrits Furciit crccs dans cet humble Flcniiitagc^ Rousseau . plus éloquent que sao'c, Pourquoi quittes-tu mon pays ?
Toi-même avais choisi ma retraite paisible : Je t'offris le bonheur et tu Vas dédaigné : Tu fus ingrat, mon cœur en a saigné, Mais, pourquoi retracer a mon âme sensible ! .. Je te vois, je te lis, et tout est pardonné !
On a dû raisonner par analogie pour attril)uer à l'ainialjle femme l'inscription des Charnietles. INIais on s'est trompé, car Madame d'Epinay mourut en 1783. Il y a tout lieu de supposer que les vers cités plus haut ont été composés par Hérault de Séchellcs lui-même, qui était un écrivain et un lettré.
Quand il les fit placer aux Charmettes, il était Commissaire de la (Convention, avec Ja<;ot et l'abbé Simon, dans le dépaitement du Mont- Blanc. Admirateur de Rousseau, imbu des idées philosophiques nouvelles, et représentant
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(lu peuple, Héiaull de Séchelles avait tous les litres pour honorer eelui ([ue la (lonvenlion regardait comme l'apôtre des temps nouveaux, le rénovateur de la société, le père de la I\évolution.
Le rez-de-chaussée est composé d'un vestibule, puis, à gauche, d'une petite cuisine qui n'avait pas cette destination autrefois ; ensuite, à droite, d'une première pièce, la salle à mani^er, où était jadis la cuisine, et d'un salon communiquant directement avec le jardin, enfin de quelques autres petites j)ièces qui servaient de « relira<^es », comme on dit ,en Savoie.
Aux murs sont trois portraits de Madame de Warens, d'après les originaux de Lausanne^ de Londres et de Boston en Amérique. Le soi-disant portrait de Londres est attribné à La Tour, celui de Boston est sûrement de Largillière. C'est l'érudit ]NL Albert Metzger qui a offert ces portraits au musée des Charmettes. Il en a tracé d'ailleurs l'historique avec compétence dans un de ses ouvrages. On lui doit aussi d'autres souvenirs, notamment des extraits de
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la nia[)i)e de Chambciy de 1730, docmucnt précieux qui permet d'établir une comparaison avec l'élat acluel de ces parages.
Rousseau, lui, est représenté par deux portraits qui ornent le salon : l'un, assez grand et peint à l'huile, constitue un souvenir historique. I^endant la Révolution, la numicipalité de Chambéry, à l'occasion d'une fête patrioliquc, voulut rendre homm;ige à Rousseau, dont la mémoire était partout exaltée, et fit placer cette peinture aux Charmettes.
L'autre j)ortrait, peint à la gouache, d'après l'original qui est à Annecy, par M. Charles (k)pj)ier, re[)résente Jean-Jacques adolescent ; du moins on l'a toujours cru. Il est coifîé d'une sorte de toque, qui involontairement fait songer au bonnet d'Arménien que le philoso])he porta plus tard.
Nous avons examiné ce portrait avec une attention particulière, et tout nous lait croire que c'est bien là Rousseau. Qu'on le conq)are, en elVet, avec celui que fit Ingouf dans la suite et qui est si caraciérisliquc : on constatera, malgré la différence des âges, les mêmes traits.
îe même air, les mêmes yeux, le même fond <le physionomie. Ici, c'est la jeunesse, là c'est l'âge mûr confinant à la vieillesse ; mais, dans les deux images, c'est toujours Jean-Jacques pensif, sérieux, le regard plein de méditations et de rêves.
D'autres portraits gravés se remarquaient iiutrefois aux murs du salon ; ils représentaient des contemporains illustres de Rousseau : Voltaire, Diderot, Bufibn, Helvétius, d'Alembert, le grand Frédéric...
Un registre est déposé sur la table du salon: les visiteurs peuvent y écrire leurs noms et les réflexions que leur inspire le souvenir des deux amants. Il y aurait de curieuses citations à prendre dans les pages de ce registre complaisant (1).
(Il Arsi-ne Iloussavi' avait relevi' là plusieurs citations, ■celles-ci notainiiiPiit :
« Tu étais si l)ien ici, ô Joan-.Jacquos ! Pourquoi n'y cs-lu pas resté ? — Mariifs, sei'fjent-i/injor décore.
« Tu y serais encoi-e et bien heureux : mais, comme Napoléon," tu as voulu avoir ton Sainte-Hélène. — Un cq^i-
« O Itousseau ! Tu as aimé sur la terre comme on aime •ilans le ciel. — Madarne X.
« Étant venu à Ghambéry pour y faire procéder à une
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En revenant au vestibule, on monte à l'étage par un escalier intérieur construit en pierres de taille et composé de deux rampes. Sur le premier palier, à gauche, se trouve l'entrée d'une chambre et d'un cabinet pratiqués sur un caveau et sur la cuisine actuelle, et qui autrefois étaient dans un état difTérent. Sur ce palier aussi est une porte extérieure qui s'ouvre sur une petite esplanade derrière la maison.
C'est à propos de cette esplanade que Rousseau dit dans les Confessions : « Deux ou trois fois la semaine, quand il faisait beau, nous allions derrière la maison prendre le café dans un cabinet frais et toulfu, que j'avais garni de houblon, et qui nous faisait grand plaisir pendant la chaleur. Nous passions là une petite heure à visiter nos légumes, nos Heurs, à des entretiens relatifs à notre manière de vivre et
recliticaliûii de iiioa nom à propos de mon mariatii' avec Mademoiselle Croqu«ler (Carolinel, je u"ai pas voulu quitter celte cliarmaute ■ville sans avoir vu l'heure à la montre lic Jean-Jacques. — Léonard.
« .Simple bourgeois de Paris, Je suis venu avec mon ('-pouse pour visiter les Cliarmcttes, et joignant l'utile à l'agréable, faire de cette promenade une leçon sur les égarements d'un cœur trop tendre. — Arthur I)/il>os\
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qui nous en faisait mieux sentir la douceur. » La seconde rampe conduit à deux portes : l'une donne accès dans un vestibule transformé en chapelle ou oratoire. Du temps de Madame de Warens et de Rousseau, on y célébrait la messe. Dans le rétable de l'autel, on aperçoit la pieuse image de Notre-Dame d'Einsiedeln, lieu de pèlerinage très populaire en Suisse, dont la baronne, comme on le sait, était originaire.
Avant elle, la chapelle se trouvait installée en dehors de l'habitation, dans un petit bâtiment voisin, situé sur le bord du chemin d'arrivée. On croit généralemeut que ce fut Madame de Warens qui transforma cette petite construction en laboratoire pour ses expériences et préparations chimiques et pharmaceutiques, et en four approprié à ce genre d'exercices qu'elle affectionnait. Sous le règne galant de Louis XV et de Madame de Pompadour, ces petites chapelles privées étaient fort à la mode.
De cet oratoire, on passe dans la chambre à coucher de la baronne : elle est à peu près
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carrée, assez vaslc, et 1res éclairée par troisfenêtres, une au levant et deux au nord avec une vue étendue et fort agréable. Otte chambre occupe tout l'angle de la maison nord-est. « Elle est bien telle qu'elle fut habitée en 1720, dit une notice locale. Le plancher, le plafond, les portes, la cheminée portent le cachet irrécusable de l'époque. Le plancher a même un cachet d'usure et de vétusté qui demanderait une réparation urgente, si ce n'était un plancher historique. Les attiques des portes sont ornés, comme au rez-de-chaussée, de dessins japonais. Les papiers peints qui garnissent les murs, en partie décollés par le fait du temps, ont une solidité remarquable; les Heurs qui les couvrent sont très bonnes comme dessin et comme couleurs. Madame de Warens logeait en maison meublée aux Charmettes, et son l)ail, découvert dernièrement, dit que la liste du mobilier sera annexé à l'acte.
« La plupart des meubles datent de cette époque, les rares pièces d'ameublement, qui avaient été aj)})orlées par les propriétaires.
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successifs depuis Jcaii-Jacfjucs lîousscnu, ont été éliminées avec soin . <>
La liste tlu mobilier de Madame de Waiens n'a jamais })U être retrouvée. L'étal de conservation du papier dont il vient d'être question est surprenant, et cependant il a plus d'un siècle et demi. L'objet qui retint davanta<ïC" mon attention dans la cliambre de la baronne l'ut son miroir. Que de lois, me disais-je, cette glace a réfléchi son aimable visage, quand elle arrangeait pour la nuit, ou pour le matin, sesbeaux cheveux cendrés! " 11 était impossible, dit Rousseau, de voir une plus ])clle tête, un plus beau sein, de plus belles mains et de pluslicaux bras. »
Vi\ corridor conduit à la chambre de Rousseau, qui se trouve directement au-dessus^ du vestibule du rez-de-chaussée : elle est située au levant, et a deux fenêtres, ainsi que deux alcôves. Le meuble de celte pièce, qui m'a surtout intéressé, est une chaise longue sur laquelle Jean-Jacques avait l'habitude de se
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reposer, quand il se trouvait fatigué ou malade. La porte de cette chambre a encore la chatière, la serrure, la peinture et les ferrures du temps. Il y a quelques années, les visiteurs du Salon des (<hamps-Elysées remarquèrent un tableau charmant représentant Jean-Jacques Rousseau et Madame de Warens, au temps de leurs amours, pendant l'idylle troublante de 1737. Il avait pour auteur un peintre lyonnais, jNI. Félix Bauer, dont le talent déjà remarqué s'affirma éloquemment par cette composition, (^est une scène sentimentale qui se passe dans la chambre même de Rousseau, et qui résume admirablement tout ce que nous avons pu écrire en cette étude sur ce thème délicat. Viw reproduction de cette œuvre gracieuse figure dans le petit musée des CJiarmettes. Il faut avouer ([ue c'est bien là sa place.
Après avoir parcouru les appartements, le
visiteur descend dans le jardin (( si intéressant
(comme l'a écrit j\I. Caumont-Bréon, un de mes
compatriotes de Bourgogne), par les heureux
moments qu'y passa Jean-Jacques à cultivei'
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les Ik'iirs, à soi<^iu'r les jiheilles, à éliulier la l)hil()S()|)liie, la géoi>ra|)hie, l'algèbre, l'aslroiiomie, le latin, el en seandant presque lous les vers de Vii'gile. <>
(Vest un reelangle assez long, divisé par une allée eenlrale : celle-ci est coupée à angles droits dans son milieu par m\Q autre allée, et le terrain se trouve partagé de la sorte en quatre carrés égaux, avec des plates- bandes garnies de Heurs. A l'extrémité du jardin, à la place où sans doute étaient les ruches affectionnées par Rousseau, les i)ossesseurs actuels ont dressé un berceau de chèvret'euille et de clématites sous lequel il est agréable de s'asseoir et de méditer. Au-dessus du jardin apparait la vigne, limitée par le chemin fameux que le philosophe a immortalisé.
Le })ropriétaire des (Iharmcttes, du tempsde Madame de Warens, était M. Noirey, gentilhomme savoyard. Elles passèrent ensuite entre les mains de la famille Mollard, puis un chanoine de la cathédrale de CJiambéry en devint acquéreur : il s'appelait l'abbé Jean-
Baptiste -Gabriel Deregaid (de Vais). Celui-ci les céda à M. Bcllemiii, sous-préfet de Saint- Jean-de-Maurienue, qui les vendit en 1810 à M. Raymond, érudit, lettré et savant, qui publia de nombreux ouvrages, notamment des éloges de Biaise Pascal et de Joseph de Maislre, et un livie curieux intitulé : Métaphysique des éludes. Dans ce travail, l'auteur examine l'état des méthodes dans la culture des lettres et des sciences, et parle de leur inllucnce sur la solidité de l'érudition. Il a laissé aussi une Notice sur les (^harmettes. Nous en avons cité un passage.
Le petit domaine est resté jusqu'à nos jours dans la famille de M. Raymond. Son lils d'abord en hérita. En mourant, celui-ci le laissa à son gendre, le docteur Dénarié. Actuellement, ce sont les enfants de ce dernier qui possèdent la retraite du ])hilosoplie et de son amie, abri modeste qui est devenu plus célèbre que le palais des empereurs et des rois. Récemment mises en vente à l'amiable, les Charmettes n'ont pas trouvé acquéreur. Le prix demandé -t'tait 150.000 francs.
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M. Raymond et les membres de sa famille se sont toujours montrés resi)cctucux des souvenirs attachés à leur demeure. Elle est maintenue, grâce à eux, ainsi que nous l'avons dit, dans son état ancien, et est accessible à tous ceux qui veulent la visiter et y faire un pclerina£fe .
Les disciples de Rousseau, les fidèles du grand homme, et, du reste, les philosophes et les lettrés en général doivent à la famille Raymond la même reconnaissance qu'au prince Constantin Radziwill, possesseur actuel du domaine d'Ermenonville, ami des lettres et des arts, et soucieux, lui aussi, de conserver dignement les souvenirs de l'auteur iVEmilc.
Voilà ce que nous écrivions en 1901.
Depuis lors, en fin de comiDte, les propriétaires des CJiarmettes abaissèrent leurs prétentions à la somme de 50.000 francs, et ce fut la ville de Chambéry, aidée par le Gouvernement, qui, en 1905, acheta la maison célèbre. Elle est aujourd'hui propriété de la ville de Chambérv et classée comme monument histo-
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riqiie. M. Antoine PeiTier,sénaleur de la Savoie, devenu depuis Ministre de la Justice, déploya un grand zèle dans ces circonstances ; c'est grâce à lui surtout qu'elle fut sauvée de la démolition et de la ruine : son nom et sa mémoire resteront chers aux amis et admirateurs de Rousseau.
Les Charmetles ! Ermenonville 1 Les deux, points extrêmes de la carrière de l'écrivain ! Ici, le berceau de son génie^ l'asile de sa jeunesse amoureuse ; là, le dernier abri où il reposa sa tête sublime, et où il mourut ! Ici, les jours ignorés, mais heureux ; là, le terme de lorageux voyage et un tombeau auréolé de gloire !
En ces dernières années, le mausolée d'Ermenonville qui, nul ne l'ignore, est un monument d'art élevé dans l'île des Peupliers, commençait à s'alïaisser et à s'effViter sous l'injure du temps. Le prince (Constantin Hadziwill fit faire avec soin les réparations nécessaires, et le tombeau aujourd'hui a repris sa splendeur première .