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M. Antoine Poirier, sénateur, président du Conseil général, s'écria dans un beau mouvement :
Coninient auriun'<-nous pu, nous, ré[)ublic;iins savoj'ards, ne point mettre dans ce prof;ramine l'inauguration de la statue de Jean -Jacques Housseau, (t-uvre si remarquable d'un de nos compatriotes, sculpteur justement apprik-ié, M. Mars Vallet.
Jean-Jacques Rousseau, qui a été si ma^niHipiement loué ce matin, a des droits tout pTrticuliers à notre gratitude, non seulemeut parce qu'il incarne et résume les idées de la démocratie, mais aussi parce (ju'il a immortalisé les Gharmottes, qu'il a fait une agréal)le pointure des habilants de rJiambéry, ]>arce qu'eiilin il a pièflié le culte de la montagne. Eu lui élevant ce monument, dans ce décor imposant, devant cotte ligne gr.imliose des Alpes qui attira ses regards et provoqua son admiration, nous ac(iuittons une dette de reconnaissance envers un grand liunimo, f[ui fut un ami si sincère dos S'avt^iyards.
M. Antoine Perrier, à qui tous les orateurs •des lelcs de (vhambéry rendirent hommage, est un de ces hommes qui constituent l'armature solide d'un Gouvernement. Les qualités qui le distinguent sont la fermeté du caractère et la sagesse dans le conseil, connne dans l'action. Sa grande expérience des hommes et des aiVaires,
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sa clairvoyance des résultats, sa force de volonté pour mener à bien un dessein et faire aboutir des lois utiles, lui ont donné dans les Assemblées républicaines un ascendant justement prépondérant. Les fidèles de Rousseau, je l'ai déjà dit, lui doivent une gratitude toute spéciale, car, comme l'a rappelé le maire de Chambéry dans son discours, c'est à M. le sénateur Antoine Perrier que les Charmettes doivent d'avoir été acquises par la ville de Cliambéry, et d'avoir été classées comme monument historique ; c'est à lui aussi surtout, à ses efforts, à ses démarches multipliées, à son influence que l'auteurd'/imz/e doit le monument si original que Chambéry lui a élevé.
Lorsque, au mois de mars 1911, le ministère présidé par M. Monis, fut formé, et succéda au ministère Briand, M. Antoine Perrier fut nommé ministre de la Justice. Nul plus que lui n'était digne de ce grand honneur, légitime couronnement d'une longue carrière de travail, de droiture, de probité politique, de services incessamment rendus. Depuis la réunion de la Savoie à la France, M. Antoine Perrier a été le
premier homme politique savoyard appelé à faire partie du Gouvernement. Aussi quelle joie et quelle fierté dans ce beau pays, quand, là bas, on apprit la nouvelle !
A la fin d'avril, Aix-les-Bains et (^lambéry firent au nouveau ministre une réception enthousiaste ; là me savoyarde, loyale et franche, illuminait la fête, et le récit en est touchant, (1) parce qu'on sent que ce fut une fête de famille, une fête que Jean-Jacques eut aimée, car la sincérité, l'amitié, la reconnaissance y présidaient.
Jean-Jacques ! C'est à lui, à son souvenir évoqué, à sa gloire célébrée que je dois, depuis longtemps déjà, de connaître M. Antoine Perrier. Bien que Bourguignon de naissance, et Parisien acclimaté, je me suis réjoui, comme un Savoyard de race, de voir arriver au ministère ce républicain de i)rincipes, ce grand honnête homme, et la réception d'avril de Chambérv m'a été au cœur, comme s'il s'était agi
(l) Cloiisullcr le Patriote Républiniin di- Cliaiiilirry liu '■l'i avril lilll.
Moiiuiiieul df^ Chanilicry en l'iioiiiieur de Rousseau, par Mars Vallet
(liiaii}.'iiié le 4 Seplenihi'P 1910)
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•d'un (les miens, d'un aïeul vénéré, d'un Mentor, d'un sage dont on écoute la voix avec aftection et respect.
Je reviens à l'inauguration du monument Rousseau, le 4 septembre 1910.
M. Fallières, en répondant à ses luMes, voulut rappeler à son tour le souvenir de Jean-Jacques : il le fit en ces termes :
De votre sol, que d'hommps sont sortis pour rester votre gloire ou devenir l'honneur de l'humanité, apôtres incomparables de la cliarité, princes aux ambitions servies par d'habiles calculs, diplomates avisés, capitaines sans peur et sans reproclip, écrivains de haute allure, savants à l'action créatrice, annalistes ou historiens voués aux gloires de votre pays.
Et combien d'autres, et des plus célèbres, qui, sans f-'tre nés chez vous, ont admiré, aimé, chanté, votre prestigieuse contrée, comme, par exemple, pour n'en citer qu'un seul, l'hôte des Gharmettes, l'immortel amant de la Nature, qui illumina de l'éclat de son génie un siècle de fermentation jiolitique et sociale, et dont l'image vient d'être inaugurée sur une de vos places publiques par d'éloquents serviteurs de la Démocratie et de la liépublique des Lettres.
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Juste retour des choses d'ici-has ! Où est le temps où les Parlements et les Gouvernements décrétaient Rousseau, le chassaient de France, de Suisse, faisaient ])rùler ses livres par la main du bourreau, et prétendaient le vouer à l'infamie ?
Aujourd'hui, 1 écrivain jadis persécute est partout honoré et triomphant, ses principes émancipateurs dominent le monde, car, comme l'a dit lord Byron, il a fait crouler les royautés et il a mis les empires en feu. Ce sont les j) résidents de la République qui font son éloge, et s'associent à sa gloire.
Devant ces statues, ces monuments qui surgissent dans tous les lieux où le grand homme a vécu, que pèsent les criailleries, la mauvaise humeur, les attaques mesquines, les facéties misérables des envieux, des jaloux, des scepti- (jues et des stériles? Les adversaires de Rousseau peuvent en faire leur deuil, plus nous irons, je le répète, i)lus il sera honoré et aimé