‹ Les Charmettes; Jean-Jacques Rousseau et Madame de WarensChapitre 14 sur 91 · LES AGONIES DE L’AMOUR · texte numérisé non relu

LES AGONIES DE L’AMOUR

Rousseau avait été exilé aux Charmettes dans l’hiver de 1739, pendant que madame de Warens et Courtilles prenaient leurs ébats à Chambéry. Jean- Jacques pleurait dans sa jalousie; la solitude des Charmettes, si douce à son cœur, était l’enfer de glace du Dante. L’amoureux s’y roulait dans les flammes vives de son amour.

Il écrivait des billets tour à tour amers et tendres , où il n’osait ouvrir son cœur, sachant bien que le perruquier lisait les lettres « avant d’en faire des papillotes pour ses duchesses. » Madame de Warens, qui ne croyait plus aux chimères de Jean- Jacques, ne s’attendrissait pas. Elle était toute à

son amoureux , un homme sérieux , celui-là , qui n'était pas absent quand, il était près d’elle. Pour récompenser Rousseau de cet amour jaloux qui l’emportait, elle lui écrivit une page de vertes réprimandes, où, à propos de Courtilles, elle lui rappela ces paroles évangéliques : « Aimezvous les uns les autres. «

11 fut quelques jours sans répondre, tout à sa surprise , tout à son chagrin. Enfin , dérobant ses larmes, il écrivit ce billet, où il s’humilie et où il jette son cœur aux pieds de Courtilles, qu’il appelle toujours mon frère :

Cliarmettes, 13 mars 1739.

« Ma très-chère maman,

« J’ai reçu, comme je le devais, le billet que vous .« m’écrivîtes dimanche dernier, et j’ai convenu « sincèrement avec moi-meme que, puisque vous « trouviez que j’avais tort, il fallait que je l’eusse « effectivement; ainsi, sans chercher à chicaner, « j’ai fait mes excuses de bon cœur à mon frère, « et je vous fais de même ici les miennes très- « humbles. Je vous assure aussi que j’ai résolu de

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