LES AGONIES DE L’AMOUR
« tourner toujours du bon côté les corrections que . « vous jugerez à propos de me faire, sur quelque « ton qu’il vous plaise de les tourner.
«Vous m’avez fait dire qu’à l’occasion de vos « Pâques vous vouliez bien me pardonner. Je n’ai « garde de prendre la chose au pied de la lettre, « et je suis sûr que, quand un cœur comme le « vôtre a autant aimé quelqu’un que je me sou- « viens de l’avoir été de vous, il lui est impossible « d’en venir jamais à un tel point d’aigreur qu’il « faille des motifs de religion pour le réconcilier. « Je reçois cela comme une petite mortification « que vous m’imposez en me pardonnant. »
Il était dans ces angoisses d’un amant jaloux qui veut toujours en finir, mais qui craint d’être encore plus malheureux quand tout sera fini. 11 espérait d’ailleurs que Courtilles irait à d’autres aventures dans sa fatuité de perruquier gentilhomme. Çà et là il retrouvait des rayons de gaieté à travers l’orage. L’arc-en-ciel du souvenir répandait son prisme jusque sur les tristesses du présent. Son imagination se colorait encore de belles teintes de ce passé tout vivant encore, où madame de Warens lui apparaissait dans toute la magie de
sa beauté et de ses grâces, quand elle était toute à lui. Pourquoi n’était-il pas alors tout à elle? Il la sacrifiait à ses livres , comme si elle n’eût pas été le livre des livres !
Ce fut dans un jour d’espérance qu’il écrivit ces vers légers , qui cachent son cœur. Sa passion l’avait ramené à une de ces crises qui le familiarisaient presque avec la mort. Ces vers sont adressés à Fanie, mais Fanie est là pour la rime, ou plutôt pour masquer le vrai nom.
A FANIE
Malgré l’art d'Esculape et ses tristes secours,
La lièvre impitoyable allait Irancher mes jours;
Il n’était dû qu’à vous, adorable Fanie,
De me rappeler à la vie.
Dieux! je ne puis encor y penser sans effroi :
Les horreurs du Tartare ont paru devant moi,
La mort à mes regards a voilé la nature,
J’ai du Cocyte affreux entendu le murmure.
Hélas! j’étais perdu, le nocher redouté M’avait déjà conduit sur les bords dû Léthé;
Là, m'offrant une coupe et d’un regard sévère,
Me pressant aussitôt d’avaler l'onde amère :
Viens, dit-il, éprouver ces secourables eaux,
« Viens déposer ici les erreurs et les maux,
Qui des faibles mortels remplissent la carrière.
Le secours de ce fleuve à tous est salutaire,
Sans regretter le jour par des cris superflus.