‹ Les Charmettes; Jean-Jacques Rousseau et Madame de WarensChapitre 16 sur 91 · LES AGONIES DE L’AMOUH · texte numérisé non relu

LES AGONIES DE L’AMOUH

Leur cœur en l’oubliant ne le désire plus.

Ah! pourquoi cet oubli leur est-il nécessaire,

S'ils connaissaient la vie, ils craindraient sa miscrc.

— Voilà, lui dis-je alors, un fort docte sermon ;

Mais osez-vous penser, mon bon seigneur Caron, Qu’après avoir aimé la divine Fanie,

Jamais de cet amour la mémoire s’oublie?

Ne vous eu flattez point ; non, malgré vos efforts,

Mon cœur l’adorera jusque parmi les morts :

C’est pourquoi supprimez, s’il vous plaît, votre eau noire: Toute l’encre du monde et tout l'affreux grimoire,

Ne m’en ôteraient pas le charmant souvenir. »

Sur un si beau sujet j’avais beaucoup à dire,

Et je n’étais pas prêt à finir,

Quand tout à coup vers nous je vis venir Le dieu de l’infernal empire.

« Calme-toi, me dit- il, je connais ton martyre.

La constance a son prix, même parmi les morts :

Ce que je fis jadis pour quelques vains accords ,

Je l’accorde aujourd’hui à ta tendresse extrême,

Va parmi les mortels, pour la seconde fois,

Témoigner que sur Pluton même,

Un si tendre amour a des droits. »

C’est ainsi, charmante Fanie,

Que mon ardeur pour vous m’empêcha de périr;

Mais quand le dieu des morts veut me rendre à la vie, N’allez pas me faire mourir.

11 y a une variante :

De grâce, faites-moi mourir !

JVIais madame de Warens ne devait plus le faire vivre et mourir, — ni vivre ni mourir.

Madame d’Houdetot demanda un jour à Rousseau, qui lui lisait ces vers funèbres et galants, de lui bien expliquer le sens de la variante :

— Demandez cela à Saint-Lambert, répondit Jean-Jacques.

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