LES AGONIES DE L’AMOUH
Leur cœur en l’oubliant ne le désire plus.
Ah! pourquoi cet oubli leur est-il nécessaire,
S'ils connaissaient la vie, ils craindraient sa miscrc.
— Voilà, lui dis-je alors, un fort docte sermon ;
Mais osez-vous penser, mon bon seigneur Caron, Qu’après avoir aimé la divine Fanie,
Jamais de cet amour la mémoire s’oublie?
Ne vous eu flattez point ; non, malgré vos efforts,
Mon cœur l’adorera jusque parmi les morts :
C’est pourquoi supprimez, s’il vous plaît, votre eau noire: Toute l’encre du monde et tout l'affreux grimoire,
Ne m’en ôteraient pas le charmant souvenir. »
Sur un si beau sujet j’avais beaucoup à dire,
Et je n’étais pas prêt à finir,
Quand tout à coup vers nous je vis venir Le dieu de l’infernal empire.
« Calme-toi, me dit- il, je connais ton martyre.
La constance a son prix, même parmi les morts :
Ce que je fis jadis pour quelques vains accords ,
Je l’accorde aujourd’hui à ta tendresse extrême,
Va parmi les mortels, pour la seconde fois,
Témoigner que sur Pluton même,
Un si tendre amour a des droits. »
C’est ainsi, charmante Fanie,
Que mon ardeur pour vous m’empêcha de périr;
Mais quand le dieu des morts veut me rendre à la vie, N’allez pas me faire mourir.
11 y a une variante :
De grâce, faites-moi mourir !
JVIais madame de Warens ne devait plus le faire vivre et mourir, — ni vivre ni mourir.
Madame d’Houdetot demanda un jour à Rousseau, qui lui lisait ces vers funèbres et galants, de lui bien expliquer le sens de la variante :
— Demandez cela à Saint-Lambert, répondit Jean-Jacques.