‹ Les Charmettes; Jean-Jacques Rousseau et Madame de WarensChapitre 20 sur 91 · LETTRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LETTRE TROISIÈME

Chambéry, mai 174tj.

Je sens bien, mon ami/ que vous devez vous moquer de mon engouement subit pour madame de Warens, mais que n’êtes-vous là ! Vous comprendriez, ou plutôt vous partageriez, comme toujours, mon sentiment.

Nous sommes allés aux Charmettes... Ah ! que je m’explique bien maintenant les larmes et les regrets de Rousseau ! Louise avait alors dix ans de moins et elle n’était pas plus sage qu’à présent;

quelles douces joies ce petit Jean- Jacques a dû connaître dans le commerce intime de cette femme, encore si femme aujourd’hui!

Ce qu’il y a d’incompréhensible pour moi, c’est que madame de Warens a l'air de la femme la plus dédaigneuse des plaisirs, et qu'il s’exhale d’elle néanmoins comme un tourbillon d’amoureux désirs qui vous prennent au cœur. Explique qui pourra cette anomalie, et moquez-vous de moi à votre aise, mais j’avoue que, malgré ses quarante-cinq ans et malgré mes trente ans, j’ai été amoureux d’elle aujourd’hui toute la journée.

Les Charmettes sont une terre de M. de Conzié. Cette terre est à la porte de Chambéry, mais elle est retirée et solitaire comme si l’on était dans la sierra Novada.

Madame de Warens a loué, il y a une dizaine d’années, une maison appartenant à un M. Noirret, un petit hobereau qui était alors au service et qui maintenant est le voisin de sa fermière. Quand je dis fermière , je pourrais dire tout aussi bien châtelaine, vigneronne, ou jardinière-herboriste.

On arrive aux Charmettes par un délicieux sentier un peu sauvage, qui m’a rappelé certains sentiers de nos sierras. La maison de madame de

Warens est bâtie sur une espèce de terrasse située à mi-côte. La terrasse forme jardin, au-dessous est un verger, au-dessus, derrière la maison, est une belle vigne. On domine un petit vallon qui court du nord au sud, entre deux petites montagnes le plus joliment du monde peuplées de maisonnettes et de jardins. Au fond du vallon murmure et clapote un ruisseau qu’on devine à travers le feuillage des arbres qui l’ombragent. Une fontaine coule dans le verger; en face est un petit bois de châtaigniers ; et au sommet de la montagne on trouve un grand pré quasi dans la neige. Nous avons parcouru tout cela ensemble, en causant- et en devisant, par un beau soleil de mai et un ciel bleu sans nuages, comme je croyais qu’on n’en pouvait voir qu’en Italie.

— Tenez , me disait-elle , voilà mon jardin : comme vous le voyez, je n’y cultive pas seulement les plantes utiles, les plantes qui me servent pour mes teintures, mes baumes et mes élixirs, mais j’y entretiens à grands frais des roses de France, des violettes de Parme, des anémones des Alpes, des lis et des genêts de votre Espagne, des tulipes de Hollande, et toutes les belles Heurs qui nous viennent d’ Italie. J’ai réussi à faire croître ici,

dans ce lieu sauvage, des orangers et des tamaris, des grenadiers et des myrtes.

— Ce sont vos yeux, madame, qui ont opéré ces miracles d’horticulture.

Je devenais bête, elle en rit beaucoup et moi aussi.

— Voici la vigne où Petit n’a jamais su vendanger deux grappes sans m’en manger une par distraction, me dit-elle en m’emmenant dans la vigne. Je l’ai arrachée par endroits, il y a cinq ans, et j’ai fait semer à la place des plantes alpestres qui n’ont jamais voulu y réussir. Mais elles ont pris dans le verger. Je n’ai jamais pu m’expliquer cela.

Puis nous allâmes à la fontaine, dans le verger, dans les prés, partout où elle avait à me faire voir des essais, des tentatives, des améliorations, des changements. Elle paraissait convaincue que Petit m’avait décrit tout cela minutieusement, et elle voulait que je reportasse à Petit les transformations opérées depuis son départ. Je ne manquerai pas de l’en informer.

Nous déjeunâmes dans la maison des Charmettes. Nous étions seuls, avec un vieux jardinier qui nous avait aidés à préparer les provisions apportées dans la voiture. Je me rappellerai tou-

jours cette matinée. Madame de Warens était gaie, folâtre, étourdie comme si elle n’avait eu que vingt ans; moi, je me sentais amoureux comme si j’étais sorti d’hier des mains démon régent. Je le lui dis en prenant le café. Cette déclaration amena une discussion philosophique assez bizarre et qui vous peindra bien le caractère de cette aimable femme, qui n'a pas certes étudié la logique de MM. du Port-Itoyal.

Nous avions d’abord longuement causé de Petit , et à ce propos elle m’avait expliqué comment, pour l’arracher aux séductions de ses élèves, elle s’était décidée à amortir la fougue de ses sens en se donnant elle-même. Cette confession était assez étrange, mais ce qui ne le fut pas moins, c’est que je lui répondis avec feu :

— Ah! madame, que j’envie le sort de Jean- Jacques ! Aujourd’hui je me sens transporté d’amour auprès de vous, comme il pouvait l’être auprès de ses dangereuses élèves; que je voudrais vous voir prévenir mes dangers comme vous avez prévenu les siens !

Elle éclata de rire sur cette belle phrase, puis sa gaieté apaisée , elle me répondit avec un grand sérieux :

— Vraiment, je n’ai agi comme j’ai fait avec Petit que parce que je me considérais comme responsable de son avenir, et que je voulais le préserver de passions imprudentes tout en me conservant son affection.

— Eh ! madame, dis-je en ayant l’air de badiner, que ne me présevez-vous de même ! et pourquoi ïie conserveriez-vous pas aussi mon affection? Je vous assure qu’elle 11e vous manquerait jamais.

. — Oh ! vous, c’est différent, dit-elle en hochant la tête. Je ne suis pas votre petite maman ; d’ailleurs votre cœur n’a pas besoin des préservatifs qui étaient si nécessaires à cette vacillante nature de Jean- Jacques. Vous êtes son frère aîné, et je sais avec quelle sagesse vous l’avez guidé à Venise.

— Hélas ! madame, de vaut vos beaux yeux , toute cette sagesse s’en est allée je ne sais où. Je ne vois en vous que la plus gracieuse des femmes et la plus digne d’être aimée; je ne me sens plus qu’un cœur de seize ans qui brûle dévotement pour le premier objet qui l’a ravi.

— Oh ! arrêtons-nous là, répliqua-t-elle, dévotement est de trop. Vous me rappelez que Dieu a dit : « Aimez-vous les uns les autres, » mais qu’il n’a pas dit : « Donnez-vous les uns aux autres.

— Mais, madame, aimer, n’est-ce pas se donner?

— Hélas ! répondit-elle en haussant les épaules, peut-être, quand on a vingt ans !

Et elle tomba dans une de ses rêveries habituelles. J’en profitai pour lui prendre les mains, ces belles mains qui ont conservé toutes leurs grâces enfantines, et je les couvris de baisers.

Cette petite conversation avait eu lieu sur un tonde demi-plaisanterie, ce qui est notre ton ordinaire depuis deux ou trois jours ; mais ce qui suivit fut dit plus sérieusement..

Pendant que je lui baisais les mains, les yeux de madame de Warens s’étaient insensiblement mouillés de larmes ; puis tout à coup elle retira ses mains et me dit :

— Ah ! monsieur de Carrio, vous me traitez bien durement! J’en suis d’autant plus affligée que, d’après ce que Petit m’avait mandé de vous, je vous croyais un esprit sérieux et un cœur honnête.

Le reproché m’alla droit au cœur.

— Mais, madame, répondis-je, il me semble que c’est d’un cœur honnête et d’un esprit sérieux que d’oser avouer hautement ses sentiments, même quand ils peuvent blesser la personne pour laquelle

LES CIIARMETTES.

on donnerait tout sans hésiter, excepté le droit de lui dire qu’on l’aime

Ce n’était pas trcs-clair , mais madame de Warens comprit ce que je voulais dire. Elle me répondit :

— 11 y a certains cas où dire à une personne qu’on l’aime, c’est lui dire qu’on n’a pour elle aucun respect, ni aucune considération.

C’était à mon tour de deviner ce qu’elle voulait dire : je devinai très-bien qu’elle entendait par là que je la traitais un peu trop en femme perdue, sans doute parce que je savais qu’elle avait été facile, non-sèulement pour Jean-Jacques, mais pour bien d’autres depuis.

Je lui répondis avec vivacité :

— Lorsqu’un honnête homme dit sérieusement à une femme, comme je vous le dis en ce moment, madame, qu’il aime et qu'il donnerait tout au monde pour que l’on crût à son amour., il faut que cette femme, quel que soit son passé, ou sa croyance, où son âge, ou sa position, prenne garde de désespérer l'honnête homme par une défiance qu’on ne doit avoir qu’envers les chevaliers d’aventure. Se défier mal à propos d’un honnête homme , madame , c’est donner un soufflet à sa

propre loyauté. Ne pas croire à sa parole, c’est presque s’en avouer indigne. Il est toujours facile à une femme de cœur et d’esprit de se laisser aimer, et de croire qu’on l’aime. Cela ne l’engage à rien, sinon qu’à se croire digne d’ôtre aimée. Pourquoi donc ne voulez-vous pas qu’on vous aime, puisque vous êtes la femme du monde la plus digne de l’être ? et pourquoi ne voulez-vous pas qu’on vous le dise, puisque vous devez être habituée à vous l’entendre dire ?

Je débitai cette longue tirade avec feu; j’avais repris les mains de madame de Warens, et mes yeux ne quittaient pas les siens. Ses larmes s’étaient séchées, elle souriait, et elle me dit en riant :

— Vous voilà comme Petit, quand il me faisait un sermon sur la nécessité de régler nos dépenses et de compter avec nos revenus. Mais je crois qu’au fond vous n’êtes pas plus convaincu de ce que vous dites qu’il ne l’était da la nécessité de se restreindre. Allons voir les plants d’asperges que j’ai fait préparer.

Je vous ai promis le portrait de M. de Courtilles, le voici, mon ami, ainsi que son histoire. Vous parler de ce gredin, c’est encore vous parler d’elle; aussi ne vais-je pas me gêner pour être prolixe : je

LES CHAKMETTES.

voudrais pouvoir vous entretenir de lui, ou plutôt d’elle, pendant toute la nuit. Prenez donc ma description en patience, car elle sera longue si j’écoute tous les mouvements démon cœur.

Un beau matin (Jean-Jacques était encore chez sa petite maman, mais il était atteint déjà de ses maladies imaginaires), on vit arriver chez madame de Warens, dans la foule des mendiants et des vagabonds, un jeune homme du pays de Vaud, c’est-à-dire un compatriote de madame de Warens. Ce jeune homme, c’était M. Vintzenried, fils d’un concierge du château de Chillon. Comme compatriote, madame de Warens le reçut encore mieux que tous les autres vagabonds qui affluaient chez elle. On le logea, on le nourrit, on s’occupa de lui trouver de l’emploi. Ce M. Vintzenried était garçon perruquier, il courait le monde, il avait entendu parler de l’hospitalité de madame de Warens, sa compatriote, et sa bonne étoile lui avait inspiré l’idée de mettre cette hospitalité à contribution.

Pendant qu’on s’occupait de lui, lui s’occupait de la maison. Pendant que Petit demeurait dans sa chambre, étudiant ses livres, cherchant un

remède aux mauvaises affaires de sa protectrice ,

de sa petite maman, ce garçon perruquier s’entremit dans les affaires du ménage. Il fendit du bois, il rentra les foins, il fit les courses, il gourmanda les domestiques, il reçut les visites et les expédia, il cria, il remua, il fit gros dos à ceux-ci, plat ventre à ceux-là, il remplit la maison de bruit et de mouvement, si bien que, lui absent, la maison ne paraissait plus qu’un désert. Dans ce même temps, notre ami Petit (car je m’habitue à appeler ainsi notre musicien .Jean-Jacques Roiïsseau), notre ami s’en allait à Montpellier, espérant y trouver la guérison de je ne sais quoi. Quand il revint, il trouva M. Yintzenried établi à sa place, non-seulement comme l’ami, mais aussi comme l’amant de madame de Warens. Ce Yintzenried est un grand imbécile, un sot endimanché, une espèce d’animal tenant du singe, du perroquet , de l’âne et du bœuf. Quand il parle, il parle tantôt du gosier, tantôt du nez, tantôt du ventre, tantôt de la tête. C’est une espèce de baladin et de fat, qui raconte toute lajournée ses exploits de perruquier. A l’entendre, il a couché avec il ne sait plus combien de duchesses, de marquises et de comtesses ; on le poursuivait si vivement qu’il s’est vu réduit à quitter son état par dignité pour sa personne , et

par pitié des pauvres femmes mariées. Il n’est pas de jour où il ne trouve moyen de soupirer et de regretter tout haut sa jeunesse, sa liberté et ses belles aventures. Il me prend des rages de le jeter par les fenêtres quand je le vois. Où diable madame de Warens avait-elle l’esprit, le jour qu’elle a fait attention à ce grand fat, assez beau, d’ailleurs? 11 est bête comme un paon, mais c’est une bêtise ornée qui sent l’esprit de province. Il paraît quç la pauvre femme s’est laissé séduire par son jargon, par le bruit dont il remplissait la maison, par les services qu’il prétendait pouvoir rendre, par le récit peut-être de ses bonnes fortunes, car les femmes, même les femmes philosophes comme Louise, se laissent toujours prendre à ce verbiage des sots et des faquins. Toujours est-il que, pour s’attacher un personnage aussi nécessaire, qui devait rétablir l’ordre dans ses affaires domestiques, elle jugea indispensable de se donner à lui. La pauvre femme ! elle alla jusqu’à proposer à Rousseau, à son retour de Montpellier, de partager avec ce Yintzenried ses faveurs et l’administration de ses affaires! Vous connaissez la délicatesse, la susceptibilité de notre ami? Il laissa la place au garçon perruquier, refusa de partager

quoique ce fût avec lui , meme les précieuses faveurs de sa petite maman, se renferma dans sa chatnbre'avec ses livres, et enfin un beau jour fatigué du bruit que faisait l’autre, malheureux de voir sa chère Louise se refroidir d’autant plus envers lui qu’elle s’engouait davantage du coiffeur, il quitta tout et vint à Lyon chez M. de Mably. Madame de Warens le laissa partir sans trop de regrets; elle ne lui pardonnait pas de n’avoir point voulu partager ses faveurs avec le nouveau favori. N’est-ce pas là quelque chose d’incompréhensible? Comprenez-vous cette femme, qui est réellement froide de sens, malgré les apparences, qui est dévote, un peu à sa manière il est vrai, mais qui veut se partager sans scrupule, sans remords, sans terreurs, entre deux hommes? Déjà elle l’avait fait sans que sa conscience lui adressât le moindre reproche. Quand Rousseau entra chez elle, elle avait pour serviteur un botaniste distingué, un paysan de Montru, nommé Claude Anet. Il était le maître et le serviteur tout à la fois, car d’après son système, pour se l’attacher plus étroitement, madame de Warens en avait fait son amant.

C’était un homme grave, dont le bon sens en imposait à sa maîtresse. 11 l’avait servie longtemps

et lui avait toujours prouvé un attachement sans bornes et une fidélité inviolable. Elle le prévint du partage qu’elle voulait faire d’elle-même entre lui et Jean- Jacques. Non-seulement il y consentit, mais il donna à Petit des leçons que sa sagesse et son expérience rendaient utiles. On eut alors ce spectacle presque unique d’une femme appartenant ouvertement à deux amants amis. Claude Anet s’empoisonna un jour qu’il eut la conviction de n’être pas aimé. Lui seul avait véritablement aimé dans ce ménage à trois. Madame de Warens se donnait comme on donne sa bourse aux pauvres : par charité, par commisération, par une erreur de raisonnement, et non pas par une erreur des sens.

Quand il s’agit de renouveler ce ménage à trois avec Vintzenried, Rousseau n’en voulut pas entendre parler ; notre ami eut la pudeur, sinon de son amour, au moins de son attachement pour sa bienfaitrice. Le perruquier, qu’il essaya en vain d’endoctriner comme Claude Anet avait fait pour lui, resta donc maître absolu de la place. Depuis, il y a eu plus d’un rival heureux , mais il est demeuré toujours le seigneur en titre. N’est-ce pas extraordinaire, que cet abandon d’une femme ,

amené par les mêmes motifs de religion et de philosophie qui font qu’ordinairement les femmes se conservent immaculées, ou ne se donnent qu’à un seul? Je me perds dans ce dédale, mais je me jure qu’elle sera à moi aussi, par charité si je ne l’ai par amour !

Je vous entends, mon ami, traiter ma folie comme il convient qu’elle le soit. Vous avez raison, mais avouez aussi qu’il serait niais k moi de désirer inutilement une femme qui se donne si facilement, « et par des motifs si peu ordinaires, à tant de gens qui sont indignes d’elle.

Je reviens au Vintzenried. Une fois maître tout seul de l’esprit de sa maîtresse, il changea peu à peu le train de la maison. Il eut un cheval, puis une voiture, puis une livrée ; il entraîna madame de Warens dans mille spéculations absurdes, insensées, ruineuses. Mais c’est là le malheur ! le plus grand malheur de cette pauvre femme, c’est d’avoir le génie des affaires sans avoir la fortune, ni la position qui seraient indispensables pour soutenir les efforts, les avances, les frais de la mise en exploitation de ses idées. Cette femme est née pour

gouverner tout le monde, hormis elle-même. Son esprit est agité, remuant, mobile; jamais je ne

l’ai vue se préoccuper des petites intrigues ordinaires aux femmes, et vous avouerez que connaître une femme depuis quatre ou cinq jours sans lui avoir entendu parler de modes, de galanteries ou des défauts de ses amies, vous avouerez, mon sage Altuna, que c’est là une espèce de miracle.

Le Vintzenried , mécontent de son nom , fier d’être à la tête d’une maison et l’amant d’une femme honorée d’une pension de la cour, a changé son nom vaudois pour le nom noble et joli de M. de Courtilles. On en a ri d’abord à Chambéry, on en rit encore quelquefois, maison y esthabitué. On parle de lui donner une femme et une dot à Maurienne; il quittera la maison de sa bienfaitrice comme il y est entré, en aventurier.

11 a été question plus d’une fois, à Turin, de supprimer la pension de madame de Warens; mais le comte de Saint-Laurent a toujours efficacement protégé sa locataire. Cependant les affaires de la pauvre femme vont de mal en pis ; la rente est toujours aux trois quarts mangée d’avance, et je crois qu’on va quitter bientôt les Charmettes, dont on ne peut plus payer le loyer et qui ne rapportent que des frais d’exploitation.

Bonsoir, mon cher ami, il est tard; je viens

d’entendre un petit concert charmant où il y avait une assez jolie société, composée surtout d’originaux. Demain je vous conterai tout cela; je dors la plume à la main , et il me reste à peine la force de vous envoyer mes meilleurs souhaits.

Je n’ai pas oublié Bonnefond; son affaire ira bien.

De Càrrio.

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