L'ÉVOCATION
C’est Jean-Jacques lui-même qui écrira le meilleur chapitre de ce livre sur Jean-Jacques.
Seulement, pour les droits de la vérité, je prendrai la parole çà et là. Le plus souvent je me contenterai d’opposer Rousseau à Rousseau.
Dès que je fus entré aux Charmettes, je priai la vieille fermière d’allumer du feu.
— Mais, monsieur, on n’allume jamais de feu l’hiver aux Charmettes.
—Et l’été?
— L’été? Est-ce que le soleil ne luit pas pour tout le monde?
Elle me conta que le fagot est cher à Chambéry.
— Et le bois de Jean- Jacques, lui dis-je, en regardant par la fenêtre?
— 11 y a belle heure qu’il est coupé.
A force de prières, j’obtins que la fermière apporterait un fagot.
Pendant qu’elle allumait le feu, j’entr’ouvris les Confessions. Sur le premier feuillet, sous le faux-titre, je retrouvai cette note de Corrancez :
Aux Charmettes, Rousseau ne voulut savoir l'heure que du soleil. Il disposa uu cadran sur la colonne duquel il inscrivit cette pensée d’un poëte italien : « Les faux amis « sont comme l’ombre du cadran, laquelle paroit si le « ciel est serein, et qui se cache s’il est nébuleux * : »
Quand la flamme resplendit dans l’âtre, je traînai un vieux fauteuil devant les chenets à figure rébarbative; je priai la vieille d’aller à sa ferme, et je relus les Confessions.
Je ne voulais pas faire un pas de plus dans cette Pompeia éloquente avant d’avoir rappris par cœur ce beau roman de la jeunesse de Jean-Jacques. J’allais l’évoquer et le voir face à face là où il avait vécu ses meilleurs jours.
Si je tiens par un fil d’or l’imagination du lec-
* Gli amici falsi sono corne Vomira dell' horivolo, che se il tempo è sereno apparisce , se nebuloso s'asconde.