PAR M. DE CONZIE, DES CHARRETTES
Pour ceux qui voudront voir madame de Warens dans un autre miroir que dans celui de Jean- Jacques, je donnerai ce curieux portrait peint par un mauvais peintre, qui charme par ses airs naïfs et qui saisissait la ressemblance comme autrefois les barbouilleurs du Pont-au-Change , — quand le Pont-au-Change était tout un atelier. — C’est un portrait à la plume par M. de Conzié, un voisin de campagne dont il est parlé dans les Confessions. Ce portrait est criant de vérité. M. de Conzié l’avait écrit pour le comte de Mellarede *, un curieux qui
* Publication de la Société savoisienne, avec annotations de M. Guillermm, avocat de Chambéry.
avait peut-être aimé de loin madame de Warens. M. de Conzié nous montre madame de Warens avec Rousseau, avant Rousseau et depuis Rousseau. On verra que la baronne, avant les jours de misère profonde, « eut l’heureuse ressource de plaire à un vieux seigneur de la première distinction. » C’était le marquis d’Alinges, qui la prit aux Charmettes et la logea chez lui au Reclus. Voici le mémoire de M. de Conzié :
« Vous voudriez, monsieur le comte, que je vous instruisisse de quelques anecdotes touchant la feue baronne de Warens. Je puis effectivement vous en apprendre quelques-unes , l’ayant vue d’abord à son arrivée à Evian en 1726, si je ne me trompe, et ensuite durant longues années, à Chambéry. Voici son premier début en Savoie, où j’étais pour lors à la suite du feu roi Victor, qui buvait les eaux d’Amphion à Évian.
« Ce prince allait à la messe de l’église paroissiale accompagné simplement de quelques seigneurs de sa cour, du nombre desquels était feu M. de Bernex, évêque d’Annecy. A peine le roi était-il entré dans l’église, que madame de Warens arrêta le prélat par sa soutane, se jeta à ses genoux, en