‹ Les Charmettes; Jean-Jacques Rousseau et Madame de WarensChapitre 39 sur 91 · CI · texte numérisé non relu

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Jean-Jacques, qui lui a pardonné, n’a pas été lui demander pardon sur sa tombe.

Eût-il reconnu la place ? Oui, sans doute : il y pousse des pervenches.

Quand Rousseau apprit la mort de son amie, il se consola en espérant la retrouver au ciel : « La meilleure des femmes et des mères, déjà chargée d’ans et surchargée d’infirmités et de misères, quitta cette vallée de larmes pour passer dans le séjour des bons, où le souvenir du bien qu’on afait ici-bas en fait l’éternelle récompense. Allez, âme douce et bienfaisante, auprès des Fénelon, des Bernex, des Catinat, et de ceux qui, dans un état plus humble, ont ouvert, comme eux, leurs cœurs à la charité véritable ; allez goûter le fruit de la

devant au Reclus pendant environ quatre ans, dans la maison du seigneur marquis d’Alinges; elle a passé le surplus de sa vie, depuis son abjuration, dans cette ville. »

J’ai vu l'église de Leinenc. C’est sur ce rocher, l’ancien Lemnicum de3 Romains, qu'on a retrouvé cet admirable caducée en bronze, encore tenu par la main de Mercure, recueilli au petit musée d'antiquités de Chambéry. L’église est la plus ancienne du pays. On devine encore quelques sculptures sur sa façade. A l’intérieur, le pavé n'a été pour ainsi dire qu’une dalle mortuaire, tant il y avait de tombeaux. C'est là que, dans un encadrement gothique, est la statue de M. de Boigne, à demi-couchée sur un cénotaphe.

L’église renferme une chapelle souterraine, où les antiquaires vont étudier les restes mutilés d’une descente de croix sculptée en pierre.

vôtre et préparer à votre élève la place qu’il espère occuper un jour près de vous : heureuse dans vos infortunes que le ciel, en les terminant, vous ait épargné le cruel spectacle des siennes. Si je ne croyais pas la revoir dans l’autre vie, ma faible imagination se refuserait à l’idée du bonheur parfait que je m’y promets. »

C'est une belle oraison funèbre, mais je voudrais voir Jean-Jacques se frapper trois fois le cœur pour n’avoir pas adouci cette horrible fin de madame de Warens. Il croyait que la vie humaine n’est que l’ébauche de la vie future; il espérait bien continuer là-haut les rêves commencés auxCharmettes. Il croyait à l’immortalité de l’âme, à la perpétuité du moi 3 ne s’inquiétant pas de ce profond symbole des anciens : le Léthé, où les morts oublient avant de passer dans l'autre monde.

LETTRES DE MADAME DE WARENS

On m’avait remis, le matin, une copie des lettres de madame de Warens. Plus j’allais vers le passé, plus je prenais d’intérêt à cette pauvre femme, plus les ténèbres se dissipaient autour d’elle. Ces lettres déclamatoires d’une nouvelle Héloïse, moins l’éloquence, je n’eusse pas voulu les lire ailleurs, je les lus deux fois aux Charmettes.

La première est écrite par madame de Warens avant son mariage ; la seconde à son abjuration; la troisième est datée de Paris et la quatrième des Charmettes *.

* On n’a pas suivi les fantaisies de l’orthographe et on laisse de odti' 1 quelques billets comme cplui-ci, qui prouve

LES Cil A RM ETTES.

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