LE TESTAMENT DE JEAN-JACQUES
Ce testament de Jean -Jacques, déjà plus ou moins malade imaginaire, est encore une peinture de son cœur et de son esprit qui manque au tableau des Confessions :
L’an 1737 et le 27 e dejuiu, après-midi, dans la maison du seigneur comte de Saint-Laurent, contrôleur général des linances de Sa Majesté, où habite dame Françoise-Louise de la Tour de AVarens, par-devant moi, notaire collégié, soussigné, et en présence des témoins sous-nominés, s'est établi le sieur Jean- Jacques, fils du sieur Isaac Rousseau, natif de la ville de Genève, habitant à la présente ville, lequel, détenu dans son lit par un accident qui lui est arrivé cejourd’hui, néanmoins sain de sens, mémoire et entendement, ainsi qu’il a apparu à moi, notaire, et témoins, par la suite et solidité de ses raisonnements, con-
sidérant la certitude de sa mort et l’incertitude de son heure, et qu’il est prêt d’aller rendre compte à Dieu de ses actions, a fait son testament comme ci-après ; premièrement s’est muni du signe de la sainte croix, etc., donne et lègue aux révérends pères capucins, aux révérends pères augustins et dames de Sainte-Claire, à chacun desdits couvents, la somme de seize livres pour célébrer des messes pour le repos de son âme. 11 lègue et délaisse à son père sa légitime, telle que de droit dans tous ses biens, le priant de se contenter de ladite légitime, et est oblige de donner le surplus de ses biens, soit par reconnaissance pour ses bienfaiteurs, soit pour payer ses dettes; il donne au sieur Jacques Barillot, de la ville de Genève, outre ce qu’il lui doit, la somme de cent livres; exhorté ledit testateur de faire quelques legs aux hôpitaux de la sacrée religion des saints Maurice et Lazare, aux hôpitaux de la présente ville et province, a répondu que ses facultés ne lui permettaient pas de faire aucun legs, et au surplus il a fait, créé et institué et, de sa propre bouche, nommé pour son héritière, ladite dame Françoise-Louise de La Tour, comtesse de Warens, la priant très-humblement de vouloir accepter son hoirie, comme la seule marque qu’il lui peut donner de la vive reconnaissance qu’il a de ses bontés, voulant que le présent soit son dernier testament, et que, s’il ne peut valoir comme testament, il vaille comme donation, à cause de la mort et par tous autres moyens qu’il pourra mieux valoir, priant les témoins ci-après nommés, connus et appelés par ledit testateur, d’en porter témoignage ; et par ces mêmes présentes, s’est établi et constitué ledit sieur Rousseau, lequel, pour la décharge de sa conscience, déclare devoir à ladite dame Françoise-Louise de La Tour de Warens, absente, moi dit notaire pour elle stipulant et acceptant la somme de deux mille livres de Savoie pour sa pension et entretien que ladite dame lui a fournies depuis dix