PORTRAITS DE JEAN-JACQUES
La chambre à coucher de Jean-Jacques et celle de madame de Warens, qui sont voisines, — si voisines à ce point qu’ils ont dû l’un et l’autre se tromper de porte, — ont encore le même aspect par les peintures et le papier, sinon par les meubles. L’œil est surpris d’abord par les vives couleurs du papier à Heurs et par les arabesques de peintures à l’italienne. 11 y a, si j’ai bonne mémoire, dans l’alcôve, comme au-dessus des portes du salon, des roses toutes fraîches encore quoiqu’elles soient âgées de plus d’un siècle. L’alcôve est là toujours dans la chambre de madame de Warens; mais pourquoi ce lit en acajou qui supprime toute illusion.
Cette petite glace, dans la chambre de Jean- Jacques, a été son miroir. Est-ce là qu’il apprit ce qu’il nous conte plus loin, qu’il était « fort joli garçon? »
J’ai le portrait de Jean-Jacques peint par Greuze, avec la lettre de remerciement du philosophe de Genève au peintre de la Cruche cassée. Dans le portrait, Jean-Jacques n’est plus «joli garçon; » mais on voit qu’il le fut. L’œil est vif encore; le masque , qui va devenir anguleux , garde ces ondoiements de lignes qui peignent les belles années; le front renferme un monde, mais la bouche sourit encore aux souvenirs du cœur.
Cet autre portrait de Rousseau, peint à la plume par un peintre de la nature, Bernardin de Saint- Pierre, respire la vraie vie dans la bibliothèque des Gharmettes. Dans le vieux philosophe, on retrouve encore quelques faux airs de l’amoureux : « Au mois de juin de 1772 , un ami m’ayant proposé de me mener chez Rousseau, il me conduisit dans une maison, rue Plâtrière, à peu près vis-à-vis l’hôtel de la poste ; nous montâmes au quatrième étage. Nous frappâmes, et madame Rousseau vint nous ouvrir la porte. Elle nous dit : Entrez, messieurs, vous allez trouver