‹ Les Charmettes; Jean-Jacques Rousseau et Madame de WarensChapitre 84 sur 91 · LE CHEMIN DE JE AN- JACQUES · texte numérisé non relu

LE CHEMIN DE JE AN- JACQUES

Au-dessus des vignes, le long des prés., j’ai retrouvé le poétique chemin de Jean-Jacques, le chemin qu'il prenait pour voir l’aurore illuminant le réseau de rosée; car on se levait matin dans la petite ferme. C’est un admirable point de vue aux vastes horizons. La neige criait sous mes pieds; le vent agitait les panaches engivrés des cerisiers; j’arrivai jusque sur l’escarpement qui domine Chambéry ; la ville se dessina sous mes yeux avec ses profils et ses méandres pittoresques. Au lointain bleu, je vis vaguement, à travers les brumes d’argent , une échappée du Bourget. Beau spectacle! Là, les cimes neigeuses et le lac d’azur; sous

LES CHARMKTTES.

moi, la ville en travail; près de moi, les Charmettes, qui disent tant de belles et douces choses ! A ma droite, je reconnais la colline où était le bois de châtaigniers, paululum sylvœ. 11 n’y reste qu’un bocage de chênaie; c’est là que Rousseau a déjeuné sur l'herbe avec madame de Warens; ce romanesque déjeuner qui est une des plus savoureuses pages- des Confessions.

Dans ce chemin consacré, Jean-Jacques écoutait tour à tour Dieu et les philosophes dans les symphonies de la nature.

« Mon royaume n’est pas de ce monde, » a dit Jésus-Christ, qui croyait en Dieu, et qui se sentait Dieu.

Et le fils de Dieu expira sur la croix.

« Ma patrie n’est pas sur la terre *, » a dit Jean-Jacques, qui croyait en Jésus-Christ.

Et Jean- Jacques se jeta au-devant de la mort pour trouver sa patrie.

Vndcortus , quo vadens? D’où vient-il? où va-

* « Jeté dès mon enfance dans le tourbillon du monde, j'appris de bonne heure, par l'expérience, que je n'étais pas fait pour y vivre, et que je n’y parviendrais jamais à l’état dont mon cœur sentait le besoin. Cessant donc de chercher parmi les hommes le bonheur que je sentais n’y pouvoir trouver, mon ardente imagination sautait déjà par-dessus l'espace de ma vie à peine commencée, comme sur un terrain qui m’était étranger. »

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