‹ Les Charmettes; Jean-Jacques Rousseau et Madame de WarensChapitre 85 sur 91 · LE CHEMIN DE JE AN -JACQUES · texte numérisé non relu

LE CHEMIN DE JE AN -JACQUES

t-il? Telle est la question, — la seule grande sur la terre. — Cette question, il faut que le penseur l’aborde et s’v arrête. L’origine de l’âme, ses évolutions, son avenir, autant de problèmes qui s’imposent fatalement à la raison courbée sous le mystère de la vie.

Parvenu, comme Dante, à la moitié du chemin, ilmezzocamin del nostra vite, l’homme descend de plus en plus seul le versant de la colline. C’est alors que sa pensée voyage dans l’inconnu des mondes. 11 demande à Virgile et à Béatrix, — à la pensée et à l’amour, — de lui ouvrir le secret des secrets.

On raconte qu’un ancien peuple honorait les voyageurs comme des envoyés de la divinité : après les avoir traités magnifiquement, il leur adressait cette question : « Que savez-vous? » Avec l’esprit familier de Jean-Jacques, il faudrait ici interroger les voyageurs de la pensée humaine à travers les âges, et leur demander ce qu’ils savent des destinées de l’âme. On irait de la religion à la philosophie : c’est la marche de l’histoire. Ne faudraitil pas retourner delà philosophie à la religion? Jean-Jacques avait passé de la religion à la philosophie , et il avait fui la philosophie pour la religion.

LES P II AUMETTES.

A ceux qui crieront «iu paradoxe, je répondrai par la voix de Jean-Jacques.

Quelle belle page — humaine et divine — que celle où Rousseau conte les voyages de son esprit à la recherche de la Vérité à travers les ténèbres que la philosophie avait répandues autour de son cœur, d’où la lumière du sentiment devait jaillir un jour! « Adorons Dieu, dit-il; d’un souffle nous détruirons ces fantômes déraison qui iront qu’une vaine apparence et fuient comme une ombre devant l’immuable Vérité. »

Ainsi parle ce Jean-Jacques que les athées revendiquent. Les philosophes, qui ne voient que par l'œil delà science, qui ont volontairement mis la nuit aux yeux de leur aine *, croient s’asseoir avec lui au banquet des forces visibles. Mais Jean-

* « C’est le but d’un nouveau livre anglais intitulé Recherches sur l'âme, où, h la faveur de je ne sais combien de beaux détails anatomiques et tout h fait concluants, on prouve qu’il n’y a point d’âme, puisque l’auteur n’en a point vu à l’origine des nerfs ; et l’on établit en principe que la sensibilité dans l’homme est la seule cause de ses vices et de ses crimes, et qu’il est méchant en raison de cette sensibilité, quoique, par une exception à la régie, l’auteur accorde que cette même sensibilité peut quelquefois engendrer des vertus. La sensibilité est le principe de toute action. Un être, quoique animé, qui ne sentirait rien, n’agirait point : car où serait pour lui le motif d’agir? Dieu lui-même est sensible, puisqu'il agit. Tous les hommes sont donc sensibles, et peut-être au même degré, mais non pas de la même manière. » [Rousseau juge de Jean-f(tpqyts.)

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