CHAPITRE V
COLONIK DO CONNBCTICOT
La vallée du Conneoticut,où l'Angleterre fonda la quatrième de ses grandes colonies sur le territoire des États-Unis, était, disaiton, d'une fertilité merveilleuse. De bonne heure elle fut l'objet d'ardentes convoitises. En i63o, le conseil de Plymouth^^^ la céda à son propre président, Robert, comte de Warwick. Le 19 mars i63 1, Warwick l'abandonna à divei*s personnages, dont quelquesuns fort connus portaient les noms de Say-et-Seale ^^\ de Rich <^^ et de Saltonstall (®l Enfin un nouvel acte du même conseil dePlymouth,au mépris des concessions antérieures, la transférait, en avril i635, au marquis d'Hamilton. Warwick et le marquis d'Hamilton paraissent n'avoir rien fait pour la colonisation de leur domaine. A la restauration de Charles II , lorsque deux établissements y avaient acquis déjà, sans leur secours, une certaine importance, les héritiers du marquis virent même leur titre réputé nul. Le vicomte Say-et-Seale et ses associés firent élever un fort,
* Bancroft, II, ito. 197-198; Mitchell, 167; de Tocque-
(') Comp. Story, 1, 55-6o; Bancroft, ville, I, kS-h^; Laboiiiaye, 1, 173-
8o>8â, 99-<)3, 989-983, /io3-/io& , (^) Comp.d-deMus, p. ]ii3, 5^-57,
hSo-kSt, 4À8-450; m, 66-71, 370, 68.
380-389; IV, 39, 198, i48-i58, 907- <*> Voy. Poore. II, 1696.
939, 998-313; V, 3i6-39i, 36o; VI , W Voy. charte de la Nouvelle-Angle-
i&, 111-116; VII, /^6, 73, 3i5, 391 ; terre, de 1690, dans Poore, 1,993.
Murray, I, 956-967; Hongh, 1, i5i- (*) Voy. charte du Mamachnaetts, de
166; Poore, I, 9^8-968; Seaman, 1699, dans Poore, 1,933.
vers i635, à l'embouchure du fleuve Gonnecticut, et, en 16A&, avi prix de 7,000 livres steriing, après neuf années d'une occupation qui peut-élre ne fut ni ininterrompue ni étendue au delà des limites du fort, ils vendirent la vallée à des colons qu'ils n'avaient ni envoyés, ni appelés, ni troublés.
Les premiers habitants de race européenne qu'eut la colonie lui vinrent presque tous des établissements du Nouveau-Plymouth et du Massachusetts-Bay. La plupart étaient de vrais puritains. Les uns fondèrent, entre i633 et i636, vers le centre de l'État actuel du Connecticut, quelques bourgs presque voisins, dont les principaux, qui existent encore, reçurent alors, et n'ont cessé déporter les noms de Hartford , Windsor et Wethersfield. Les autres créèrent , en 1 638 , au midi, sur la côte septentrionale du golfe de la Longueîle, le bourg de New-Haven. Tout autour de ces premières agglomérations, de nouvelles se formèrent promptement, 01!^ les colons affluaient, attirés et par la fécondité du soi et par les faciles avantages du commerce des fourrures, auquel les indigènes, à une grande distance à la ronde, se prêtaient volontiers. A Hartford même, les Hollandais de Manhattan avaient précédé, de quelques années, les puritains de race anglaise. Ils y avaient construit un fort, d'où ils prétendaient commander à la vallée tout entière. Vaine prétention, ç? C'eût été un péché, disaient les Anglais, de laisser inculte un pays si fertile. Une hutte et quelques soldats errants pouvaient-ils fermer tout un pays à l'immigration? Le roi d'Angleterre n avait-il pas toujours revendiqué ce pays et ne l'avait-il pas donné à ses sujets ^^^» Sans toucher au fort, ceux-ci peuplèrent toute la vallée. Le temps vint bientôt où , loin de pouvoir maintenir à Hartford un petit nombre de soldats, les Hollandais eurent à défendre leur colonie de la Nouvelle-Hollande ellemême contre les empiétements constants de la population anglaise, toujours croissante, du Connecticut.
(^) Rancroa, II, ^83; Murray, 1, 955.
CONNEGTÏCUT. 105
«Les immigrants puritains établirent deux colonies distinctes, dans les limites de l'Etat actuel du Gonnecticut. L'une, qui paraît n'avoir pas dépassé l'étendue du comté actuel de New*Haven, avait pour capitale le bourg de ce nom. L'autre, que l'on appelait proprement la colonie du Gonnecticut, embrassait tout le peste de l'État. Gelle-ci comprenait les bourgs de Windsor, Hartford et Wethersfield , et avait, pour capitale , Hartford ^^K Les habitants de toutes deux semblent avoir cru d'abord qu'ils étaient sur le territoire el sous la juridiction de la colonie du Massachusetts-Bay. Ils s'administrèrent à la manière de ses bourgs. Peut-être même envoyèrentils des députés à son assemblée représentative. Dans la colonie du Gonnecticut, le pouvoir exécutif suprême appartenait réellement h huit fonctionnaires nommés par cette assemblée. Mais, en iGSç), reconnaissant leur erreur ^2^, les colons se donnèrent des gouvernements indépendants et distincts.
Dans la colonie du Gonnecticut, la constitution fut l'œuvre des citoyens, ou des représentants des citoyens des trois bourgs de Windsor, Hartford et Wethersfield , sinon les seuls, à coup sAr les plus considérables de la colonie. Dans la colonie de New-Haven, sept personnages, provisoirement investis d'une puissance absolue, reçurent du peuple, le k juin, comme les piliers de l'organisation projetée, le mandat d'organiser le gouvernement. La colonie du Gonnecticut adopta sa constitution , le 1 A janvier ; la colonie de New-Haven, la sienne, au mois d'août ^^l A New-Haven, les colons avaient déclaré, avant de nommer les piliers, que les Ecritures devaient former la règle suprême de l'Etat, et la vertu et la paix les objets de l'ordre civil ^*l Ailleurs, ils faisaient précéder la loi constitutionnelle d'un préambule intéressant, où l'on voit qu'ils se proposaient d'instituer ttun gouvernement convenable et bien
^') Voy. ci-dessus, p. loh. ^'^ L'acte, dans Poore, I, 9 49. Comp.
W Voyet ci-dessus, aux pages 56, 71- Brancrofi, I, âoa-âoA. 73. (*) Bancroft,I,ûo3.4o6.
ordonné, pour maînienir la paix et l'union selon Dieu"'.r De part et (Tautre, sous l'égide du sentiment religieux, et, conune disaient les colons, de la parole divine, était établie une véritable démocratie: le peuple élisait chaque année ses fonctionnaires'^^; il composait ses lois par une assemblée représentative '^^; il rendait la justice^ par elle, ou par les cours qu'elle créait '*^ Deux différences de quelque intérêt distinguaient seules l'oi^nisation politique de la colonie du centre de celle de la colonie du midi ^^ : au centre, la constitution décidait expressément que l'assemblée législative ne pouvait être dissoute sans l'aveu de la majorité des représentants ^^^ et elle ne subordonnait pas la jouissance des droits politiques à l'orthodoxie puritaine du citoyen '"^K Sous ce régime de grande liberté qu'adoptèrent les boui^, fondés ou développés après 1689, les uns se rattachant plus étroitement aux trois établissements considérables du centre , et les autres à celui de New- Haven, les deux colonies demeurèrent sans interruption jusqu'à
Soit que leur importance fût méconnue ^^\ soit qu'à certaines époques la métropole eût pour leurs principes de gouvernement une réelle spapathie^^^ qu'à d'autres temps, les démêlés de la politique européenne absorbassent son attention ^'^^ et que l'annexion du Maine satisfit l'ambition de la plus puissante des colonies voi-
"^ L'acte, dans Poore, I, a 4 9.
'*^ Constitution du Connecticot, dans Poore, 1, a^Q-aSo; Story, 1, 56; Bancroft, I, hoS'fîoli ;Hough, I, 1 5 1-1 5a; l^aboulaye, I, 176.
^^) L'acte précité dans Poore, 1, 95o-s5i; Story, I, 56; Hough, I,
<*^ Poore, îoe. ciL, I, 95i; Story, 1, 56; Hough, 1, i59.
<*' Voy. ci-deasus, p. ioâ-]o5.
^'^ L'acte, dans Poore, f , 95i.
'') L'acte , loc. eit, , a k 9-950 ; Story, I , 56 ; Hough, 1 , 1 Sa. Voy. encore, sur ces constitutions du Connecticut et de New- Haven, Story, 1, 55-56; Bancrofl, f, 397, /io9-/io3; Hough, I, 1 5 1-1 59; de Tocqueville, I, 48; Laboulaye, I, 17^-
(*) Gomp. ci-deamis, p. 65, 8s.
W Gomp. ci-dessus, p. ^7, 65, 76.
0»' Gomp. d-dessus, p. A, .33, /ia- 43,51,65,83.