‹ Les chartes coloniales et les constitutions des États-Unis de l'Amérique du NordChapitre 15 sur 50 · CONNECTICUT · texte numérisé non relu

CONNECTICUT

de la charte allait être commise, et que donner autorité sur la milice au gouverneur d'une autre colonie serait mettre à la merci de ce fonctionnaire leurs personnes, leurs intérêts et leurs, libertés; le gouverneur de New- York essayait vainement d'exercer son autorité; puis, le roi cédait le 19 avril 169/i. Quelquefois, notamment en 1701, 1705, 1720 et 1768, des personnages influents conseillèrent au roi d'aniiulèr toutes les chartes des colonies américaines. Même, en 1701 et 1790, des projets de loi conformes à ce conseil furent soumis aux chambres anglaises. Tantôt les vives réclamations des colonies, tantôt les dlmêlés de la politique européenne firent échouer le dessein. Les procès-verbaux de la chambre des lords constatent que, dans une de ces occurrences, le 8 mai 1701, le Gohnecticut présenta publiquement des observations à la barre de: cette chambre : Les libertés des colons, disaient les agents de ceux-ci^ venaient d'un contrat; elles étaient le prix de services rendus ; la destruction de tant de chartes serait celle de toute confiance dans les promesses royales, et un précédent dangereux pour toutes les corporations d'Angleterre formées par des chartes. Sans doute encore , vers la fin de la domination anglaise, la colonie eut à souffrir des exactions fiscales de la maison de Hanovre. Elle essaya de les repousser, et crut devoir, afin d'en triompher, s'associer aux actes de résistance commune qui amenèrent l'émancipation. Mais toutes ses libertés avaient échappé jusqu'alors à tout empiétement. La plupart subsistèrent presque sans discussion jusqu'à 1776.

Dans l'œuvre législative les représentants du peuple prenaient volontiers modèle sur les lois de la colonie du Massachusetts-Bay^ berceau des établissements puritains de la vallée du Gonnecticut. Ils y faisaient, des droits de leurs concitoyens, de solennelles déclarations qu'un Etat absolument libre n'eût pas désavouées^'^. Cette œuvre s'accomplissait, avec une entière îndépen-

('^ Comp. conslituUon de 1776, paragraphes s-4, dans Poore, I, 168.

lu NOTICES HISTORIQUES.

dance, pour raffermissement et le développement d'institutions très démocratiques. Les fonctionnaires de l'ordre judiciaire tenaient leur mandat de l'assemblée représentative , et celle-ci, quoiqu'elle eût coutume de les maintenir en charge, autant que leur conduite ' demeurait respectable, pouvait les changer chaque année. Lie jury avait compétence au civil comme au criminel. La milice, comme ailleurs, formée, disciplinée, aguerrie de bonne heure, continuait d'être commandée par des chefs que nommait, suivant leur rang, le peuple ou l'assemblée représentative. Les bourgs étaient organisés comme dans le Massachusetts, et, comme dans cette colonie voisine, l'instruction publique, soigneusement encouragée. L'agriculture jouissait de grande faveur. L'industrie était suffisamment développée. La production dépassant les besoins de la consommation , les colons ne faisaient presque aucune importation , tandis qu'ils exportaient du bétail. Enfin une administration économe présidait aux finances ^'^

Sous ce régime, et avec ces institutions, la population s'était promptement accrue, comptant iA,ooo âmes en 1676, de 17,000 à 120,000 en 1688, 3o,ooo en 1701, 100,000 en 17^9, i33,ooo en 1764, 197,866 en 177A. Du reste, comme dans les autres colonies de la Nouvelle-Angleterre, «la sévérité des mœurs, la régularité des habitudes, la rigidité de la morale religieuse ne laissaient à la liberté qu'un champ des plus limités, et» en la modérant, la rendaient bienfaisante et sans danger ^^^.t' La paix eût été complète, si la majorité n'avait parfois essayé d'imposer ses dogmes et son culte à tous. Si bienfaisant, en

<*) Bancroft, I, Sgô-Zioa; II, 55-6]; nuelles du gouvernement ne dépaMaient

IV, 39, i/i8-i58, 907-989, 398-313 ; pas encore 800 livres sterling, elle prin-

Murray, I, 955-956; Hough, I, i53; cipal juge ne recevait que 10 shillings

de Tocqueville , 1 , A 8- ^ ; Laboulaye , par journée de service effectif : Bancrofl ,

I, fjh. — En 1680, la milice comp- II, 59.

tail dëj 9,5oo combaltanU : Murray, (^) Laboulaye, L 180. Comp. Ban-

lot', cit, — Vers 171 3, le« dépenses an- rroft, 11, 55-6i.

effet, et si peu dangereux paraissait aux colons ie régime politique auquel ils étaient soumis, qu'ils disaient solennellement, sous les rois d'Angleterre, lui devoir des jours d'Alcyons ^'^. Devenus indépendants» en 1776, ils maintinrent leur charte de 1663, où ils se contentaient d'annuler les dispositions qui rappelaient l'autorité du roi, jadis nominale, désormais anéantie ^^). Ainsi cette charte est demeurée jusqu'à 1818 la loi suprême du pays. Le siècle qui en suivit la promulgation, a pu même sembler à un éminent historien la période la plus heureuse de l'histoire du Gonnecticut. c^Le temps, poursuivant sa route, ne reproduit jamais une pièce ancienne, mais développe de nouvelles scènes dans le grand drame de l'existence humaine, scènes de plus de gloire, de plus de richesse, de plus d'action, non de plus de tranquillité ni de plus de vertu ^^\ n

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