CHAPITRE VI
COLONIB DO MARYUIID
Vers la fin du règne de Jacques I*^ parmi les seigneurs de la cour, on voyait un personnage, qui, après avoir eu la faveur de Robert Cecil, le ministre d'Elisabeth et de Jacques I*' lui-même, siégé au Parlement , exercé les fonctions de membre du conseil privé et celles de secrétaire d'Etat, obtenu une pairie d'Irlande sous le titre de baron de Baltimore, pris une part active aux controverses religieuses de ce temps, s'était fait catholique et dévoué i\ la cause de ses nouveaux coreligionnaires. Il avait dû sacrifier tout emploi offi-
("^ BaDcrofl, lï, 61, /i3o-/i3i. i-jg-iSo, 137-139, 175, 375-377,
'*> Constitution de 1776, paragmpku lihi-kka; \\ 346; VII, ^9-50, 66,
1, dans Poope, I, a57-a58. 76, iiiu-i63, ^07, 334; Vlïl, «j* édi-
^^> 'Bancroft, II, 61. lion, 75-78, aAA; Murray, I, iàâ-175;
'*' G)mp. Marshall, 69-70, 279; Hough, 1, 547-55o; Poore, I, 811-
Slory, I, 69-73; Bancroft, I, 197-901, 8i7;Seaman, 6, 309-ao3; MitcIielL
936-a58, 364-a65, 379-373; II, 68, 180; Laboulayc, ï, 957-977. •J34-945, 955-J56; III, 3o-34; IV,
ciel , mais il n'avait perdu ni l'estime ni les bonnes grâces de la cour, dont les chefs n'oubliaient pas ses services, et peul-être en prëvivision de quelques ménagements attendus de la curie romaine, ménageaient parfois les gens demeurés fidèles ou même convertis à l'ancienne religion du pays. De nouvelles persécutions étaient pourtant toujours menaçantes. Georges Galvert, premier baron de Baltimore, avait, sous la charte de 1 609, appartenu à la compagnie de Londres, et après la dissolution de celle-ci, au conseil chargé d'administrer la Virginie ^'l Plus tard, quand il abandonna le protestantisme, la pensée lui vint d'employer son expérience et son crédit à fonder, en Amérique, des colonies nouvelles, où les catholiques trouveraient, au besoin, le refuge que trouvaient ailleurs les dissidents protestants. 11 projeta d'abord de créer des établissements agricoles à Terre-Neuve. La nature du sol, le voisinage des possessions françaises et le développement des pêcheries lui semblèrent bientôt peu propices à ses desseins. Dans la Virginie , où il se rendit ensuite, sa religion le fit accueillir comme un ennemi de la chose publique. Enfin il visita, au delà du Potouiac, les bords de la baie de la Ghesapeake, dont la fertilité put lui paraître merveilleuse. Là les Indiens se prêtaient volontiers aux relations commerciales. Une compagnie, distincte de celle de Londres, s'était même formée, en vertu d'une licence du roi, pour y trafiquer avec eux. La compagnie de Londres et plus tard la province de la Virginie y avaient maintes fois envoyé des agents à la découverte. La province de la Virginie convoitait, après la compagnie de Londres, d'y établir sa domination, et peut- être y possédait-elle, vers i633, un petit établissement à l'embouchure du fleuve Susquchannah. D'autre part, les Français, les Hollandais et les Suédois semblaient près de vouloir s'y installer. Gependant cette région avait fait retour à la couronne par Tan-
' Goiii]). ci-d«»s8U8, cbap. ii,ji. 19-21,38-39.
nuiation des chartes de la compagnie de Londres. Georges Calvert en demanda la cession à Charles P' récemment monté sur le trône, et l'obtint. Lui-même passe pour avoir préparé la charte de cession , mais il mourut le 1 6 avril 1 63 s , avant l'apposition du grand sceau, et ce fut son fils, Cœcilius Calvert, second baron de Baltimore, qui reçut la charte, le no juin de la même année ^^).
Aux termes de l'acte, le territoire cédé devait porter le nom de Maryland, apparemment en l'honneur de la reine Henriette- Marie, fille de Henri IV de France, et épouse de Charles I"", que Georges Calvert paraît avoir intéressée à ses projets ^'^^ 11 comprenait, outre l'Etat actuel, qui porte encore ce nom, quelques parties des États de la Pensylvanie et du Delaware^*\ Après do longs différends soulevés par les colonies du Delaware, de la Pensylvanie et de la Virginie, des actes de !658, i668, i685, 1783, 1760, 1760, 1769,1e ramenèrent aux limites actuelles du Maryland. Ce fut sur le sol de ce dernier État, aux bords do la rivière Sainte-Marie, à quatre lieues du confluent de cette rivière et du Polomac, que le premier établissement considérable et permanent de la nouvelle colonie s'éleva en 1 63 il. Environ doux cents émigrants, venus sous les ordres de Léonard Calvert, frèro du lord propriétaire, presque tous catholiques, la plupart riches ot de rang élevé, l'habitèrent d'abord. Les Indiens d'alentour se montraient presque toujours bienveillants. La colonie de la Virginie était voisine, où les ressources nécessaires pouvaient, au besoin, être obtenues. Le lord propriétaire et ses amis de la métropole prodiguaient l'argent. Loin d'imposer le système do la propriété commune, ils promettaient, à bas prix, les concessions do terres. Les émigranis attendaient de la culture du tabac une fortune rapide. Tandis que partout ailleurs sévissait la persécution relier L'acte, dans Poore,l, 811 et 817. nari volumus.'' LVte dans Poore, I, t*' «Terrain Mariie Anglice Mary- 811.
land notninamus et sic in futaro nomi- ^^ L'acle,dan8Poore, I, 811.
118 NOTICES HISTORIOUKS.
gieuse, dans le Maryland la tolérance était promise k tous. Aussi, à peine la première troupe de colons avait-elle débarqué, que la colonie prospérait et se développait. On y vit affluer des persécutés d'un grand nombre de pays , des colonies puritaines et des colonies anglicanes d'Amérique, peut-être du Piémont, à coup siir de France, d'Allemagne, de Bohême, de Hollande, de Suède, de Finlande. Les catholiques, les puritains , les baptistes, les presbytériens, les luthériens allemands, les quakers, s'y rendaient également. La population blanche comptait is.ooo ftmes en 1660, 16,000 en 1676, 95,000 en 1701, plus de 3o,ooo en 1710, 36,000 en 1783, 85,ooo en 17Â9, 10/1,000 en 175^1. Les produits du sol étaient les mêmes que dans la Virginie, et le Maryland faisait souvent è cette dernière une redoutable concurrence. Jusqu'à 1776, ce fut la charte de i639 qui, tantôt de fait, tantôt de nom , régissait la colonie. Une sorte de monarchie avait été fondée pour Gœcilius Galvert et les successeurs de ce personnage. Avec la propriété absolue du sol ^^\ la puissance executive et la puissance judiciaire appartenaient au lord propriétaire ^^^ Il nommait tous tes fonctionnaires ^^\ créait les cours de justice (^), levait et organisait les troupes'^), avait l'autorisation d'appliquer la loi martiale en cas d'émeute, de sédition, de tumulte ^^l II pouvait conférer des titres de noblesse, différents de ceux que le roi octroyait dans la métropole ^'^\ imposer au territoire l'organisation ff^odale ^^l, établir ou indiquer des ports dans lesquels toutes les marchandises seraient chargées ou déchargées, donner à ces ports la condition et y prélever les redevances qu'il jugerait convenables ^^^. Il avait même du roi la promesse que, dans son domaine,
<•) L'aclcdansPoore, I, 8ti-8ia. w LVle, dans Poore, 1, 81/1-81 5.
(*) Ibid.,\,Si3. ") Ibid.,UStk.
(=») lbid,,l,SiS-Sifi. W Ibid.,U Si k-Hi^.paMiim.
(*) /6M/.,l,8i3et8i6. . W /6iW.,I,8i5.
^'' MiW., 1,814.
aucun impôt, aucune taxe, aucune contribution ne serait levée par la métropole ^^K Le pouvoir législatif proprement dit était le seul qu'il n'exerçât point sans partage. Encore les dispositions qui divi^ saient ce pouvoir n'excluaient-elles pas toute ambigûité. A une époque oh l'autonomie existait dans les autres colonies anglaises du Nouveau Monde, c'avait été apparenunent la pensée du roi que les colons fussent appelés à participer à la composition de toutes les lois importantes et permanentes du Maryland^^l Cependant, pour les cas urgents, qui ne permettaient pas la réunion soit du peuple tout entier, soit des députés du peuple, le lord propriétaire était investi du droit de faire des ordonnances, dont la valeur ne le devait céder en rien à celle des lois régulières, ni la sanction dépendre d'autre chose que du bon plaisir de l'auteur ^'^. Sur l'urgence, ce dernier se pouvait prononcer souverainement; et le texte ne subordonnait à aucune ratification du peuple l'exécution définitive et continue des ordonnances ^^l En vérité, deux réserves limitaient seules le droit du lord propriétaire : l'une commandait que les ordonnances, comme les lois proprement dites ^^^ ne fussent jamais contraires, et même, s'il était possible, fussent toujours semblables aux lois et aux statuts de la métropole, et l'autre, qui distinguait des lois les ordonnances, que celles-ci ne portassent atteinte ni à la vie, ni aux membres, ni aux biens des sujets^®). D'autre part, sans doute, la charte voulait que les lois proprement dites émanassent du lord propriétaire, et des colons, ou d'une assemblée représentative des colons; mais elle semblait donner au lord propriétaire le droit d'initiative et celui de régler l'organisation de l'assemblée ^"^K Aux colons l'acte
(1) Vède, dans Poore, I, 8f 6. <*) L'acte, dans Poore, I, 8i3.
<') Gomp.à-defl808,p. 3o-di,6i-69, (»> /6ûi,I,8i3.
70, 73-73, 8î-8i, 96-97. Voy. 6Doore W Ilnd.,ly 81 3.
10&-107. t') iWa., I,8ia-8i3.
<^> L'acte dans Poope, I,8i3.
liO iNOTlCES HISTOKIQUES.
n'accordait guère , avec une précision certaine, d'ailleurs suivant les formules usuelles, que la conservation, pour leurs personnes et leur postérité, des droits, des privilèges et des immunités des sujets libres du roi habitant les dominations de la couronne ^^\ et ainsi qu'il le donnait à tous les sujets du roi, le droit de pécher, ^lon les coutumes reçues, dans les eaux et sur les côtes de la colonie, et les accessoires de ce droit ^^L Même la tolérance religieuse, qui exista, n'était pas expressément promise : le texte ne la permettait qu'implicitement, et, comme si pallier cette autorisation implicite eût été nécessaire, il conférait au lord propriétaire la faculté de fonder des églises et des chapelles conformément à la loi ecclésiastique d'Angleterre ^^^
L'usage que les lords propriétaires de la colonie firent de la charte de 16612, a fourni matière à peu de controverses. L'opinion commune est que leur autorité fut généralement douce et modérée. Assurément des plaintes se produisirent parfois. A en croire quelques déclarations de contemporains, non seulement des fonctionnaires qu'ils nommaient tous, les lords propriétaires faisaient des instruments d'obéissance servile, mais encore ils rejetaient ou annulaient volontiers les lois de la colonie que les colons jugeaient les meilleures et les plus importantes, et ils ne cessaient d'imposer leur volonté arbitraire, allant parfois jusqu'à saisir, sans mandat de justice, les biens de propriété privée. Nous n'avons trouvé pourtant aucune preuve certaine de l'exactitude de ces allégations. Si le chef de la famille de Baltimore habitait rarement le Maryland, souvent il y fut représenté par de proches parents, qui ne devaient point s'appliquer, de propos délibéré, à le rendre
t») L'act€, dans Poore, I, 8i3-8i/i. 69-70; Marshall, 69.70; Bancroa, I,
W Ihid,, U 8i5. 941-9&A; U, a3ii-a35; IV, 137-139;
W L'acte, loc, cit., I, 8ia. Comp. Murray, I, i/i5-i46, i56; Hough, I,
Murray, I, ii5; Laboulaye, I, 963. 6^7; Laboulaye, i, 960-96A.
Voy. d'ailleurs sur la charte : Story, I,
MARYLAND. lâi
impopulaire. Le premier gouverneur, Léonard Galvert, était frère de Giecilius. Vers 1 660 , un autre frère de ce dernier administrait la colonie. Lorsque Gœcilius lui-même mourut en 1675, son fils qui succéda au titre , venait de la gouverner pendant plus de quatorze ans. Plus tard, de 1716 à 1739, elle est de nouveau sous Tadministration d'un gouverneur du nom de Galvert. On ne voitf ni que, dans la vente et la location du sol, les lords propriétaires aient eu coutume d'exiger des prix exorbitants, ni qu'ils aient prélevé, sur les donations entre vifs ou à cause de mort, des droits de mutation excessifs, ni qu'ils se soient efforcés d'imposer aux colons ou d'en obtenir une sorte de liste civile, dont la quotité eût été trop onéreuse. Si l'on excepte ceux de quelques personnes, qui furent, avec l'assentiment du peuple et l'approbation du roi ou de son conseil, dépouillées de terres et de privilèges commerciaux qu'elles pensaient avoir dament acquis avant la charte de i63a, ils respectèrent les droits privés. S'ils firent des ordonnances, cellesci sans doute furent peu nombreuses, ne tendirent le plus souvent qu'à assurer l'exécution des lois proprement dites, et n'eurent pas le caractère de règles tyranniques. De bonne heure les colons, contestant que les représentants du peuple pussent être privés du droit d'initiative, le retinrent sans partage. En 1 638, la population parut trop nombreuse pour que l'usage demeurât de tenir des comices du peuple tout entier, une assemblée représentative fut créée, et Gœcilius Galvert fut autorisé à convier ses amis personnels aux réunions de l'assemblée avec toutes les prérogatives des représentants du peuple eux-mêmes. Mais on ne sait s'il fit jamais, et, à coup sûr, il ne fit pas longtemps de cette faculté un usage immodéré : dès i65o, deux chambres investies de pouvoirs égaux étaient formées, dont l'une se composait des seuls représentants du peuple. Si les lords propriétaires avaient le droit d'apposer leur veto aux lois, rien ne prouve qu'ils l'exercèrent souvent mal à propos. L'assemblée parait s'être réunie à termes périodiques et
fréquents. Elle semble avoir ou sur le gouvernement une influence considérable par des lois nombreuses, où se manifesta maintes fois une grande indépendance d'allures. Pour ne citer que deux exemples, dès i65o les représentants du peuple proclamèrent que, sans l'aveu de l'assemblée, aucune taxe ne serait dAment levée, et ils décidèrent que la loi martiale ne serait pas appliquée hors des camps et des lieux de garnison. A vrai dire, dans un temps où les colonies voisines luttaient, avec quelle vigueur, on se le rappelle, contre l'autorité de la métropole elle-même, comment quelques hommes, qui ne disposaient ni d'une forte armée, ni de sommes énormes , auraient-Us imposé à tout le peuple des colons du Maryland un système de gouvernement arbitraires*^ ? Pour ce pays et cette époque , les accusations de tyrannie permanente sont donc contraires à toute vraisemblance. En regard de griefs rarement exprimés et sans doute fort exagérés, il serait d'ailleurs aisé de mettre des actes solennels où l'assemblée représentative, attribuant aux lords propriétaires la paix et la prospérité du pays, recommandait leur sollicitude et leurs bienfaits au respect des générations futures ^^^
S'il est certain qu'à plusieurs reprises des révoltes ensanglantèrent le Maryland, et que, pendant quelques années, la domination des lords propriétaires fut de fait interrompue, il faut rechercher, on le voit, hors d'une oppression invraisemblable et réellement impossible, les causes de ces accidents.
Vers 1 645 , le gouvernement tomba , el resta plus d'un an , aux mains de rebelles armés. De 1669 à i658, des fonctionnaira<î choisis par Cascilius Calvert, el d'autres nommés par des agents de la métropole, conduisaient à de véritables combats les troupes de leurs partisans respectifs, et se ravissaient tour à tour le pouvoir. En 1660, l'assemblée représentative des colons prétendait
(>^ Gomp. ci-dessus, p. 3o-3i, 36- <» Gomp. Bancroa, I, 958; II, s38;
38, /ii-/»a, 67-50, 5a-53, 66-67, 76- Laboulaye, I, 267-968.
ne relever que de ses commettants et du roi. Entre 1 683 et 1 688 » l'un après Tautre, Charles II, et Jacques II se proposèrent de faire de la colonie une province royale. Elle le devint sous Guillaume et Marie, en 1691, et le demeura jusqu'en 171 5.
La révolution de i6&5 paraît avoir eu pour causes l'irritation et les menées de ces quelques personnages, actifs et habiles, qui prétendaient vainement avoir acquis, avant i639, des droits sur le Maryland (*l En 1660, l'assemblée des représentants du peuple se souvenait que Gœcilius Galverl avait reconnu sans difficulté l'autorité du Long Pariement, et encouru de la sorte la colère de Gharies II. Sans doute l'occasion lui parut bonne d'échapper, avec l'aveu du nouveau roi, à toute autre domination qu'une suprématie purement nominale de la métropole; mais les colons, eux, acceptèrent volontiers que le lord propriétaire, rentré dans les bonnes grâces de la cour, reprit son pouvoir ^^\ Gharies II et Jacques II voulaient poursuivre l'annulation judiciaire de la charte de i63s , quand la mort atteignit l'un, et la déchéance l'autre. On sait qu'ils avaient dessein de réduire sous la domination arbitraire de la couronne toutes les colonies anglaises de l'Amérique ^^). A l'avènement de Guillaume et de Marie, les protestants de la colonie donnèrent à tort le lord propriétaire pour un ennemi de la maison d'Orange, et leurs propres personnes pour menacées jusque dans leur existence. Négligeant de recourir à l'annulation judiciaire de la charte que recommandait le conseil privé, le roi ne tarda pas à assumer l'administration du Maryland. G'est ainsi que la colonie devenait de fait, sinon de droit, une province royale.
Gette transformation ne fut qu'un nouvel épisode d'une ancienne et longue querelle de partis religieux promptement devenus des partis politiques. Même les dissensions qui désolèrent le Maryland
^') Comp. à-dessus, p. lâi. ^^^ Comp. ci-dessus, p. 33-âa, 67,
(') Comp. ci-dessus, p. Uo-tik^ A7- 77-80,87, 100-ioa, 110-119. û8, 65-66, 76.77, 86-87, 106-108.
12/1 NOTICES HrSTORiQUES.
dei659ài658,ne furent guère que des incidents de cette querelle. On vit celle-ci habilement exploitée alors par Tun des auteurs des troubles de 16 AS, que la faveur du Long Pariement entourait depuis peu» et que le gouvernement anglais avait chargé d*nn mandat officiel où une clause, au moins ambiguë, fournissait un prétexte d'attaquer l'autorité du lord propriétaire. Durant plusieurs années après i63â, les catholiques avaient été la majorité , et le corps des fonctionnaires recruté parmi eux. Si le lord propriétaire voulait cette préférence, à coup sûr la majorité des colons la voulait tout autant. Cependant la tolérance était grande parmi eux pour ce temps, puisqu'une minorité dite hérétique, au lieu que ses membres fussent dépouillés de leurs biens , traqués , torturés, mis à mort ou chassés, lui devait de jouir, dans Tordre du droit civil, de la même condition que la majorité orthodoxe^'). Les autorités catholiques invitaient à l'immigration les protestants, leur promettaient des concessions de terres, et ne traitaient avec une certaine rigueur que les seuls quakers, parce que ces derniers refusaient des serments et le service militaire, auxquels se prêtaient toutes les autres sectes. Les protestants vinrent donc nombreux. Bientôt ils prétendirent à l'exercice des fonctions publiques. Le lord propriétaire et les catholiques résistèrent, n'hésitant pas k adopter, vers 16/19, une loi qui paraissait faire du catholicisme une véritable religion d'Etat. Mais, à mesure que la minorité croissait, la lutte devenait plus vive. Enûn les fidèles des deux religions rivales se disputèrent, sous mille prétextes, parmi des péripéties diverses, même par les armes, la prépondérance dans l'assemblée représentative, et la possession des fonctions publiques. De 16 5o à 1691, cette lutte de véritables partis fut presque toute l'histoire du Maryland. En vérité, ce fut sans doute pour hâter leur propre domination dans les conseils du gouvernement et pour obtenir la haute main dans l'exercice de ses pouvoirs, que les protestants demandèrent, à la ('^ Gi-de88U8, p. 57, 59-60, 67-68, 70, 73, 90, 95, 99-100,109.
fin du xvii* siècle, la cessation de rautorité d'un maître catholique. Le roi lui-même semble ne l'avoir pas accordée pour autre chose. Déjà ils étaient presque la majorité. Peu à peu laflBuence des colons venus des colonies voisines oii la masse était protestante, les fit le grand nombre, et diverses lois affermirent la puissance de la majorité nouvelle. Sur ces entrefaites, Théritier des anciens lords du pays abandonna le catholicisme. Ni le peuple ni le roi dès lors ne lui contestèrent ses droits. En 1 7 1 5 , la famille de Baltimore reprit donc les pouvoirs que lui conférait la charte de i63s. Elle les conserva jusqu'en 1776. Les gouverneurs royaux avaient administré, de 1693 à 1715, suivant les idées du parti protestant. Après 1716 les lords restaurés ne firent pas autrement.
On ne vit pas plus , après 169s, qu'on ne l'avait vu auparavant, une puissance arbitraire opprimer indistinctement tous les colons. L'esprit d'indépendance de ces derniers différait peu de celui qui prévalait dans d'autres colonies. Ils trouvaient volontiers surannées certaines attributions des lords propriétaires, et affirmèrent plus d'une foisi la volonté d'empêcher toute violation des libertés que le peuple jugeait nécessaires. Pourtant, jusqu'à la fin, ils donnèrent bon témoignage de la modération qui présidait d'ordinaire à l'administration de la colonie. Même, en 1 776 , ils hésitèrent non seulement à se détacher de la métropole, mais encore à renverser l'autorité des héritiers de Calvert. Ainsi durait, à la veille de l'émancipation des Etats-Unis, la charte du Maryland de 1 63 a.