‹ Les chartes coloniales et les constitutions des États-Unis de l'Amérique du NordChapitre 19 sur 50 · COLONIE DE LA CABOLINB DO SUD · texte numérisé non relu

COLONIE DE LA CABOLINB DO SUD

Après le vain essai de colonisation que firent, en 1 56s , des hu* guenots français, sous les auspices de Coligny, un siècle s'écoula avant la fondation d'une nouvelle colonie sur le territoire de l'Etat actuel de la Caroline du Sud^'^l Vers 1660, une petite troupe de gens venus de la Nouvelle-Angleterre s'établit près du cap Fear, non loin de la rive méridionale du fleuve qui porte le même nom. Ces colons se trouvaient apparemment dans les limites qui furent plus tard celles de la colonie de la Caroline du Sud, et, à coup sûr, dans celles du domaine qu'érigèrent les chartes de ]663 et de t665('^^. Ils avaient des associés dans la métropole. A peine la charte de t663 était-elle promulguée que, par leurs agents, ils revendiquaient, devant les lords propriétaires, la propriété des terres oii ils vivaient, et le droit de se gouverner eux-mêmes. Une transaction intervint : la liberté religieuse était promise; les pou-

•' Marsball, loa-iSp, ao4, «38- 337,376-877; VIH, 86-99, 13;, 345-

•j/i7, 379, 3/i6; Slor), I, 89-96; Ban- 366, 352-353; Muiray, I, 399-308,

croft,ll, i3i-i3a, 186-137, 166-187; 333; Hougli, II, 108-106, i7a;Poorc,

III, 16, 19-ao, 301-9 11, 320-33i; IV, 11, 1879-1608; Seaman, 6, ao8;Mil-

38, 199-182, 175; V, i5o, 998-396, chell, 197; Laboulaye, 1,89 8-389. 333, 358-859; YI, 16, 69-63, a85, ^'^ Voyez ci-dessus, dans Vïntrodur-

317-818,885-886,600-611,667-668, /ion, p. XVIII, mil. '171 ; VII, 5o, 59, 78. 81, 25i, 886- '^ Voy. n-.los<iis. p. 186-187.

Yoirs du gouvernement furent partagés entre un gouverneur assisté d*un conseil et une assemblée, représentative; les lords propriétaires devaient nommer le gouverneur et le conseil sur la présentation des colons, et l'assemblée représentative légiférer avecjune indépendance qui aurait pour seule limite la veto dont les lords propriétaires se réservaient le libre usage. Cependant cette première colonie parait n'avoir guère duré au delà de 1667. La tradition est que des Indiens ennemis la dispersèrent alors.

Vers i664, auprès de ces gçns de la Nouvelle-Angleterre, des planteurs de la Bari)ade fondèrent une autre colonie. Ceux-ci acquirent.des Indiens une grande étendue de terres, et voulaient porter leur juridiction à une distance considérable, au sud de la rive méridionale du fleuve du Cap Fear. A cette seconde colonie les immigrants vinrent assez nombreux, principalement, au début, de la Barbade même. Dès 1666, la population blanche y comptait huit cents âmes, et y ouvrait un commerce lucratif de bois. L'œuvre de la colonisation, dès lors utilement commencée, ne cessa plus de se développer. C'est ainsi que l'établissement des planteurs de la Barbade fut le berceau de la colonie de la Caroline du Sud, ou, comme on disait, du comté de Clarendon. En 1670, et à diverses reprises, plus tard, les lords propriétaires envoyèrent des habitants au voisinage du lieu, qui est devenu la cité de Charleston. Cette ville elle-même commençait à surgir vers 1680. Peu à peu, du voisinage du cap Fear et de celui de Charleston les colons se répandirent, au loin, sur divers points de l'Etat auquel le nom de Caroline du Sud est demeuré. La culture singulièrement rémunératrice du riz y attira de nouveaux immigrants. Des gens qui fuyaient la persécution religieuse ou les procédés arbitraires de gouvernement s'y rendirent encore des bords de l'Hudsou, de la Hollande, de diverses parties du Royaume-Uni, et, après la révocation de l'édit de Nantes, même de la France. La population paraît s'être acrruc surtout dans la moitié méridionale de l'Etat actuel de la

Caroline du Sud. Peut-être vit-on se transporter au-dessous du fleuve Santee presque tous les habitants sortis de la Baii>ade , qui s'étaient d*abord établis près du cap Fear. Quoi qu'il en soit, tandis que le commerce de la colonie acquérait une réelle importance, le nombre des habitants blancs atteignait 7,000 en 1701, 3o,ooo en 1749; il dépassait &o,ooo en 1766, et s'élevait presque à &5,ooo en 1769.

Les gens venus de la Barbade paraissent s'être gouvernés, pendant un certain temps, suivant leur bon plaisir, conmie faisaient ailleurs les gens du comté d'Albemarle^^\ Tout au plus, les lords propriétaires de la Caroline leur nommaient un gouverneur. Dans le voisinage de Charleston , vers 1670, les immigrés se donnèrent un gouvernement fondé sur les principes d'une liberté aussi large, ou peu s'en fallait : la nomination du gouverneur et de cinq membres d'un conseil d'assistants devait émaner des lords propriétaires; cinq autres membres, élus par le peuple, complétaient le conseil; sans l'assentiment de ce dernier, le gouverneur ne pouvait accomplir aucun acte du pouvoir exécutif; le gouverneur, le conseil, et vingt représentants du peuple formaient l'assemblée législative. Il semble que dès lors, sous celte forme même de gouvernement, une administration unique régit jusqu'à 1729 tous les colons de la Caroline du Sud. On sait que la plupart habitaient le midi de l'Etat actud, h une distance assez grande du cap Fear^^^. La distance, beaucoup plus considérable encore, qui séparait cette partie méridionale du comté de Clarendon, la plus peuplée, de la partie septentrionale, la plus peuplée, du comté d'Albemarle ^'^ n'aurait guère permis que les deux comtés fussent confondus sous une administration commune.

La division des pouvoirs entre un gouverneur nommé par les lords propriétaires, un conseil dont tous les membres, ou quelques-

<*^ Voy. ci-dewus, p. i38-i39» — <*> Comp. ci-denus, p» i46» — t'> Gomp. ci-dessus « p« i36-i39.

uns, tenaient leur mandat des mêmes personnages, et une assemblée dont les membres étaient, pour la plupart, élus par le peuple, paraissait aux habitants du comté de Clarendon le seul système que le comté pût accepter, en dehors de l'indépendance absolue, sans se soumettre au régime des constitutions fondamentales. Or appliquer celles-ci parmi eun eût été plus difficile que de changer ccd'un mot, des arbres en cathédrales ou en châteaux ^^\ 7> Mais les lords propriétaires ne l'entendaient pas ainsi. Ce fut leur désir constant que le comté de Clarendon, comme le comté d'Albemarle, subit l'acte de 1669. Dès 1671 une lutte analogue à celle qui sévissait dans les limites de l'Etat actuel de la Caroline du Nord s'engagea donc dans celles de l'Etat de la Caroline du Sud. On y vit h peu près les mêmes péripéties ^^\ La vivacité plus grande de la résistance des colons de la Caroline du Sud et le succès plus prompt de leur opposition y mirent seuls quelque différence. En 1706, menacés d'être astreints à l'observation des rites de îa religion anglicane, ils n'hésitèrent pas à invoquer le secours de la chambre anglaise des pairs; cette chambre recommanda leur pétition à l'attention de la reine; puis les lords du bureau du commerce et des colonies décidèrent que la charte de i665, violée par les lords propriétaires, devait être judiciairement annulée. Si la couronne ne suivit pas cet avis» celui-ci n'avait pas moins infligé un nouvel et grave échec à l'autorité seigneuriale, déjà fort affaiblie. En 1719, les colons allaient plus loin. A plusieurs reprises, les troupes de la colonie avaient dû lutter contre les Français, les Espagnols, les Indiens, sans être aidées par les hauts seigneurs du domaine qu'elles défendaient ou accroissaient^^). Ces derniers s'obstinaient à désapprouver quelques-unes des mesures financières que l'assemblée avait

(') BaDcro(t,U« 168. Gomp. ci-dessus, ^^> Mareball, loS-iSg* adS-aSg,

p. iko-tkt» aAâ;Bancrofl, UI, sog-âii, 390-396,

Voy. d-'dessust p* 1/10-1 63. 339-33o( Miirray, I, 3o5-3o7.

adoptées, et à rejeter d autres lois qu'elle jugeait utiles et importantes. En particulier, le peuple ne pouvait obtenir qu'ils permissent de procéder aux élections dans les diverses paroisses, au lieu de les faire toutes dans la seule cité de Charleston. Au cours de Tannée 17199 celles de l'assemblée législative ne don- . nèrent le succès h aucun des candidats que soutenaient les agents du gouvernement. Aussitôt le peuple forma des associations pour la défense de ses «droits 99 et de ses t^privilèges^^^.T) Les élus, d'abord, en des réunions sans caractère officiel, et le a 8 novembre, en séance régulière, résolurent de n'avoir plus égard aux ordres ni aux fonctionnaires des lords propriétaires. Le gouverneur refusant de garder, «au nom du roi, les rênes du gouvernement ^^^ » l'assemblée nouvelle nomma un nouveau gouverneur. La milice, à laquelle l'ancien gouverneur eut vainement recours, et le peuple tout entier, prirent parti pour la nouvelle administration. La puissance politique des anciens maîtres de la colonie se trouvait réellement abolie par les colons. La métropole elle-même approuva cette révolution. Le roi voyageait en Hanovre, mais il avait laissé ses pouvoirs aux mains d'un conseil de Régence, dont les membres, fort disposés à étendre la prérogative royale, conseillèrent volontiers, comme avait fait le conseil du commerce, en 17 06, et par les mêmes motifs, l'abrogation de la charte de 1 665^^1 Des mesures furent prises afin d'assurer l'abrogation, et la colonie fut provisoirement érigée en province royale. Ce régime provisoire dura jusqu'à l'année 1729. Les lords propriétaires désespéraient sans doute de triompher dans la lutte judiciaire, qui s'était engagée entre eux et la couronne, et ils se lassaient des querelles politiques dont la Caroline du Nord demeurait le théâtre; ils abandonnèrent alors leur titre ^^^. La colonie paro^t avoir été confondue, pondant trois années, avec le

t') Bancroft, IlIjSacj. ^^^ Ci-dessus, p. l'i;.

^ Ibid., UI, Say. *' Comp. ci-dessus, p. 09, 87.

comlë d'Albemarle, sous les ordres d'un seul gouverneur royal. Enfin, en 1739, avec le nom définitif de Caroline du Sud, elle devint une province royale distincte , recevant sensiblement les limites, qui sont encore, de nos jours, celles de TEtat actuel du roéme nom.

La condition de la Caroline du Sud, sous les gouverneurs royaux, ne différa guère de celle des autres provinces coloniales du roi. Il parait cependant que l'autorité royale y était exercée avec une certaine modération, les terres concédées aux colons è de basses redevances, les lois fiscales de la métropole parfois mitigées pour développer les modes d'agriculture , qui faisaient la richesse du pays. Mais, si légère que pût être la dépendance, volontiers encore le peuple la trouvait trop lourde. Il n'avait pas assez de résister, avec énergie , à tout acte abusif du pouvoir exécutif ; lui-même se montrait prompt à empiéter sur les attributions de ce pouvoir, et tendait à absorber sans partage tous les droits du gouvernement. ^Ici prévalent les principes de nivellement, écrivait dès 17/18, de toute l'Amérique, et, en particulier, de la Caroline du Sud, un gouverneur de cette province; l'édifice du gouvernement civil est bouleversé; un gouverneur, pour être idolâtré, doit violer son mandat; le peuple a toute l'administration dans les mains; l'élection des membres de l'assemblée se fait au scrutin secret; non seulement les postes civils, mais tous les emplois ecclésiastiques sont à la disposition du peuple, ou dépendent de ses votes; pour maintenir la dépendance de l'Amérique en général, la constitution doit être refaite ^^l» Si celle-ci fut refaite autrement que ce fonctionnaire ne le souhaitait, une nouvelle organisation des colonies annulant la dépendance au lieu de la rendre plus étroite, la province royale de la Caroline du Sud ne contribua pas médiocrement à cette réforme ^^l

t») Bancroft,IV, 38.Comp.IV. 176. 359;VÏ,ià,4a.43, 935, 317.318, 385-

« BaHcroft,V, »93.a94,333,358- 386, Aïoàit, /i/i7-448. &71; Vil, ?o,

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