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CHAPITRE XI

COLONIE DU NEW-iBRSBY

Des Suédois et quelques Danois furent les fondateurs de la colonie du New-Jersey. Les établissements qu'ils créèrent sur le territoire de l'État qui porte encore ce même nom, passèrent sous la domination hollandaise en 1 655 ^^K Us 6rent partie dès lors des Nouveaux-Pays-Bas, avec lesquels ils devinrent une première fois en i664, et par une annexion définitive, en 167/1, ^^^ colonie anglaise ^^). Les Suédois y avaient sans doute admis, les Hollandais y maintinrent assurément, s'ils ne l'y inaugurèrent eux-mêmes, et les Anglais y respectèrent le régime de la liberté de conscience. L'accès du pays était facile, le sol fertile, les Indiens du voisinage, que les Hollandais de New- York venaient de combattre pendant de longues années, affaiblis. On vit donc arriver dans la colonie, bientôt après 1 655 , auprès des colons d'origine hollandaise

<*> Voy. notamment Marshall, 189- ¥111,71-73, a/i5, àài-ktiB; Morray,

i96;Bancro(l, III, 391, /i57; IV, 998- I, 395-397; Hougli, II, 3i-35, 57-

3i3, 319, 399-338. 59, 31 5; Poore, I, 783-788; II, i3io,

(*) Gomp. Marshall, 179-180, qoA- i38^; Seaman, 901-303; Mitchell,

906, 936, 979, 3o5 ;Story, 1, 10, 76- 177; Laboulaye, 1, 3o]-3o4; Malte-

75, 79-83; Bancroft, II, 3i3-3i9, Brun, V, i56.

335, 355-36i, /îo8-ûi3, û3i, 4/19- ^^^ Gomp. ifi6'(Kiticeùm^ p. iut-zutii*

hbo; m, /i6-5o; IV, Ao-Ai, 138-199, ^*^ Gomp./n(ro<iticetonip.xxnv-xii?ii* 1^3,319; VII, 5o, 83, 900'9ii,33â;

émigrés d'autres lieux des Nouveaux-Pays-Bas, un grand nombre de quakers que persécutaient le Royaume-Uni et les colonies puritaines d'Amérique, des presbytériens que l'Ecosse malmenait, et même certains puritains que molestait la Nouvelle-An^eterre. Où vivaient auparavant de rares fermiers suédois, fort éloignés les uns des autres, la population d'origine européenne compta vers 1688, 10,000 âmes, 1 5,000 vers 1701, 60,000 vers 17&9) et 73,000 vers 1754.

L'ancienne colonie, dont les limites ne différaient guère de celles de l'Etat actuel du New-Jersey, était une partie de la vaste région que les chartes royales de 1 664 et de 1674 donnèrent au duc d'York ^^\ Deux mois avant la conquête des Nouveaux-Pays- Bas, le duc la céda, le a 4 juin i664, à Lord Berkley et è Sir Georges Carteret, deux des huit lords propriétaires de la Caroline. Ce fut à ce moment qu'elle reçut le nom de New-Jersey, Nom Cœsarea, en souvenir de la vaillance de Carteret, gouverneur de Jersey pendant la guerre civile, et le dernier des officiers du roi, qui eût amené le pavillon royal devant les troupes du Padement. Le 1 février 1 665 , les nouveaux propriétaires, sous le titre de « concessions et convention des lords propriétaires de la province de Nova Cœsarea ou New-Jersey, pour et avec tous les aventuriers et chacun de ces derniers, et tous ceux qui s'y établiront ou y planteront^^ y> publièrent une véritable constitution. Les pouvoirs du gouvernement devaient appartenir à un gouverneur, un conseil et une assemblée législative ; les propriétaires choisiraient le gouverneur, celui-ci le conseil, et les colons les membres de l'assemblée ; le gouverneur et le conseil nommeraient les fonctionnaires et veilleraient à l'exécution des lois; l'assemblée composerait ces dernières, que les propriétaires pourraient désapprouver; aucun impôt ne serait levé sans l'assentiment de l'assemblée; la liberté de conscience serait respectée, tant qu'elle n'engendrerait pas la

(» Goiii|>. d-denuB, p. 8s^83. — <*^ Gomp. HoughJI, 3i.

licence ou le désordre. Les colons reçurent, avec reconnaissance, comme la «grande charte de leurs libertés ^^^t? cette constitution libérale. Ils s'habituèrent à lestimer sacrée et irrévocable. Mais ils entendaient plutôt limiter par ses dispositions les droits des lords propriétaires que la liberté du peuple. Dès 1672 , sous prétexte qu'ils avaient acquis leurs terres des Indiens, maîtres origii\aires du sol, ils n'hésitaient pas à enlever sa charge h un gouverneur dont le seul tort parait avoir été de réclamer, au nom de Berkley et de Garteret, le payement de redevances convenues. On ne voit pas pourtant qu'au moins à l'origine, le peuple ait exigé des réunions fréquentes de l'assemblée législative : deux sessions furent seules tenues entre 166/i et 1674, la première en 16G8 et la seconde en 1673; encore celle-ci n'eut-elle pas le caractère d'une session absolument régulière.

En 1 674 , après le traité de Westminster, les lords propriétaires recouvrèrent leur domaine que les Hollandais venaient de réoccuper pendant quelques mois^^). L'un d'eux, Berkley, redoutant de recommencer des conflits avec des gens si peu disposés à fournir leurs redevances foncières, et déjà fort enclins à se gouverner sans contrôle, vendit sa part indivise, le 18 mars 167&, au prix de 1,000 livres sterling, à un quaker, Edouard Byilinge. L'acheteur gêné dut consentir bientôt h une vente nouvelle. Les acquéreurs définitifs furent encore des quakers, parmi lesquels se trouvait probablement le célèbre Guillaume Penn. Geux-ci n'avaient pas assez de la moitié d'une région indivise; ils voulaient un territoire distinct, où ils pussent établir un gouvernement de leur choix. Garteret se prêta à leur dessein : la colonie du New-Jersey fut divisée en deux parties sensiblement égales par une ligne conduite de Liltic Egg Uarbor à un point ^^ilué sur le fleuve Delawarc . à la hauteur du lu* degré de latitude nord. La division dura

<'i (lomp. Hoiigli, H, 3i. — î'^ CoDip. ri'dcssus;, fntroduclioH ^ p. w<iv-mx?.

jusqu'à 17021, Tune des parties portant le nom xle New-Jersey oriental, et l'autre celui de New-Jersey occidental. Les quakers reçurent la seconde.

Le 3 mars j 677, sous le titre de «concessions et conventions», les propriétaires quakers du New-Jersey occidental publièrent une constitution plus libérale encore que les concessions de i665. Le pouvoir législatif allait appartenir à une assemblée de représentants du peuple, le pouvoir exécutif à dix commissaires nommés par l'assemblée législative, le pouvoir judiciaire au jury assisté de juges nommés, les uns par cette assemblée, les autres parle peuple. Les lois de la colonie, autant qu'il serait possible, devaient être conformes aux lois «primitives, anciennes et fondamentales» de l'Angleterre. Chaque membre de l'assemblée recevrait une rémunération quotidienne d'un shilling, de manière à paraître «le serviteur du peuple». Les électeurs donneraient leurs instructions aux députés, qui s'engageraient par écrit à les suivre. Sous cette constitua tion la colonie eût vécu, sans interruption, tranquille et prospère, si le gouverneur qui administrait, au nom duc d'York, la colonie de New- York, n'avait prétendu, dépassant peut-être le désir du duc, son maître, gouverner aussi les établissements voisins, et lever sur eux des impôts. La thèse de ce fonctionnaire zélé semble avoir été que les quakers avaient reçu la propriété du sol, sans les pouvoirs du gouvernement. Les autres répondirent qu'ils tenaient ces pouvoirs d'un titre exprès, et que, sans la puissance de garantir au peuple une administration facile, libérale, indépendante, la liberté de conscience et la possession inviolable des droits et des privilèges civils, jamais ils ne fussent venus à un pays désert et sauvage. Le duc voulut bien soumettre le différend à une commission d'arbitrage, qui le trancha au profit des quakers. Après trois ans de controverses et quelques actes d'autorité du gouverneur de la colonie de New-York, le New-Jersey occidental recouvra ainsi la paix, en 1680. Aucun événement de haute importance

les NOTICES HISTORIQUES.

ne modifia plus lard, avant 1688, le sort des colons, sinon la substitution d'un gouverneur nommé par les propriétaires aux dix commissaires nommés par l'assemblée législative.

Dans le New-Jersey oriental, Garteret confirma, après le traité de Westminster, la liberté de conscience et le régime représentatif. Jusqu'à 1681, l'assemblée fut régulièrement convoquée, et les entreprises du gouverneur de New-York troublèrent seules la tranquillité de la colonie. En 1 680 , le duc d'York, désavouant les actes de son agent, renonça à toute prétention sur le domaine de Garteret. En 1681, une lutte très vive s'engageait entre le gouverneur et le conseil, d'une part, et, de l'autre, les représentants du peuple qui voulaient dénier absolument au propriétaire le pouvoir de modifier les c^ concessions 77. L'assemblée se laissa dissoudre plutôt que de plier. A ce moment, la colonie passa aux mains de nouveaux propriétaires. Le cessionnaire primitif était mort en 1679. Le i*' et le u février 1683, les administrateurs de sa succession vendirent tout son domaine, au prix de 3,/ioo livres sterling, à une association de douze quakers formée sous les auspices de Guillaume Penn. A leur tour, le xli mars i683, les douze propriétaires nouveaux cédèrent par vente la moitié de leurs droits à douze nouveaux associés quakers. Vingt-quatre propriétaires quakers remplacèrent ainsi Garteret. Le duc d'York acquiesçant à l'arrangement, les colons paraissent avoir joui d'une paix profonde jusqu'à 1686, sous un gouvernement sans doute peu différent de celui qui régissait le New-Jersey occidental.

Le duc, devenu roi, ne tarda pas à s'attaquer aux libertés des deux colonies du New-Jersey. Sous prétexte de violations des actes dits de navigation, il fit émettre contre les propriétaires de toutes deux, en avril 1686, une ordonnance de quo warranto : «De pareils abus ne pouvaient être plus longtemps tolérés, dans un pays qui devrait dépendre plus directement de Sa Majesté ^*\» Les pro- <>) Baocroft,II, 6i3.

priétaires crurent inutile de tenter une vive résistance. Ils offrirent, dès 1688, de renoncer au gouvernement de leurs domaines. Déjà ceux-ci subissaient l'autorité du gouverneur royal de la Nouvelle-Angleterre. Cependant la Révolution qui renversa le trône de Jacques II éclata avant que la renonciation eût été consommée. Tous les droits étaient donc conservés. Mais partout un grand nombre d'habitants se montrèrent disposés à soutenir que le peuple seul possédait toutes les prérogatives de la puissance politique. 'La vieille querelle des propriétaires et des colons sur les rentes foncières, que la modération et les atermoiements des premiers avaient seuls apaisée de temps en temps, fut renouvelée, d'ailleurs, avec une ardeur extrême, dans les deux parties du New-Jersey. Douze années durant, l'agitation sévit partout presque sans trêve. Les lords anglais du bureau du commerce et des colonies ne tardèrent pas à insister sur cette doctrine, peu nouvelle, que les propriétaires de colonies y pouvaient vendre ou céder le sol, non le gouvernement ^^l Ils prétendirent , en conséquence, ne considérer le New-Jersey que comme une province royale. Le parlement parut devoir régler, en dernier ressort, la condition de ce pays «oii jamais n'avait été établi un gouvernement régulier ^*^U. Enfin, au cours de l'année 1703, peu enclins à lutter contre la couronne, fatigués de combattre les revendications des colons qui voulaient désormais s'administrer sans contrôle, et désespérant d'oblenir par leur seule autorité le payement des redevances foncières, les propriétaires abandonnèrent à la couronne leurs pouvoirs politiques. Les deux colonies du New-Jersey, aussitôt fondues en une seule, formèrent une province royale. Pendant quelques années un seul gouverneur administra les deux provinces de New- York et du New-Jersey, chacune ayant son assemblée législative. Puis, au plus tard vers 1785, un gouverneur spécial fut donné

'' Coinp. ci-dessus, p. 63-G/i, 71-73. — '*^ Boncrofl, Ilf» '17-48.

h la seconde, et elle devint, pour le demeurer jusqu'à 1776, absolument distincte des colonies voisines.

La transformation en province royale diminua les libertés publiques ^^l A peine est-il nécessaire de dire que les colons souffrirent impatiemment cette diminution ^^). Si leurs troupes contribuaient parfois à combattre au dehors les ennemis de la domination anglaise ^*^\ les habitants ne négligeaient, dans la colonie même, nulle occasion d affaiblir ou de restreindre l'autorité des gouverneurs royaux. On y vit des querelles analogues à celles dont la colonie de New-York était le théâtre plus actif ^^\ Certain gouverneur s'avouait incapable de faire accepter aux représentants du peuple aucune mesure propre ^h supprimer le méchant esprit de rébellion ^^) ». Le même personnage, fonctionnaire des plus modérés et des plus prudents, disait encore volontiers : et J'ai à diriger ma barque entre Charybde et Scylla, pour plaire aux ministres du roi, en Angleterre, et, ici, à un peuple susceptible ^^^ 9 En vérité, l'assemblée législative et ses électeurs ne cessaient de s'appliquer à recouvrer et conserver tous les droits et les privilèges garantis au peuple par les anciennes ce concessions tj , et à repousser toute violation de la liberté la plus large. Est-il besoin d'ajouter que le concours des forces du New-Jersey ne fit point défaut à la défense commune des colonies, dans la crise suprême que suscitèrent les exactions, surtout fiscales, de la maison de Hanovre ^'^ ?

(^) Voy. ci-dessus, notamment, p. Sg, 97-io3.

*'^ Voy. d-dessus, p. 159-163.

(*) Comp. Marshall, so/i, 3o5; Bancpoft, iV, 319.

^^) Gomp. ci-nlessiis, p. 156-158.

<») Bancroft, IV, Ao-'a.

^•) Bancroft, IV, làa.

(^) Bancroft, Vil, 5o, 83, aoo-aii, 33a; VIIÏ, 71-73, a/î5, A/ia-û43; Uboulaye, I, ^ok.

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