PRÉFACE D'UN ACTE POUR LA PENSVLVANIE
même puissance divine, qui est tout ensemble Tauteur et Tobjet de la religion pure. La diff(?rence entre les deux puissances gît en ce que l'une est plus libre et spirituelle, et l'autre plus matérielle et compulsive dans ses opérations; mais la différence ne touche que ceux qui font le mal, et le gouvernement demeure, à tous autres égards, aussi capable de bonté, de douceur et de charité, qu'une société plus privée. Ceux-là se trompent grossièrement, qui pensent que la seule fonction du gouvernement soit de corriger, laquelle n'en est que la fonction la plus grossière. L'expérience quotidienne nous apprend que le soin et la réglementation de beaucoup d'autres affaires, plus doux, et journellement nécessaires, sont de beaucoup le rôle le plus considérable du gouvernement. Cette condition eût suivi la propagation de l'humanité dans le monde, si Adam ne fût jamais tombé; elle continuera d'être celle des hommes sur la terre, au plus haut degré de perfection qu'ils puissent atteindre par suite de la venue du divin second Adam, le Seigneur descendu du ciel. Voilà pour le gouvernement en général, quant à son origine et à sa fin.
in. Sur les formes et les modèles particuliers, il me conviendra de dire peu, et comparativement je ne dirai rien. Mes raisons sont les suivantes :
Premièrement, le temps est trop délicat et difficile, à cet égard; car il n'y a rien sur quoi les esprits des hommes soient plus occupés et plus divisés. A vrai dire, ils semblent s'accorder sur la fin , à savoir, le bonheur; mais sur les moyens ils diffèrent , pour ce bonheur humain, comme ils diffèrent, pour le bonheur divin; et la cause est sensiblement la même, non toujours défaut de lumière et d'instruction, mais défaut d'en faire un usage convenable. Les hommes prennent le parti de leurs |)assions contre leur raison, et laissent leurs mauvais intérêts acquérir tant d'influence sur leur esprit, qu'ils cèdent à cette influence, en dépit des vérités uliles qu'ils connaissent. * * ♦ .*'»•;
Deuxièmement, je ne trouve dans le monde aucun modèle que le temps, le lieu, et quelques circonstances particulières, n'aient pas nécessairement modifié; or il n'en devient pas plus facile de former un gouvernement civil, qui soit également bon pour tous les iieux.
Troisièmement, je sais ce que disent les divers admirateurs de la monarchie, de l'aristocratie et de la démocratie, où dominent un, quelques-uns et un grand nombre, et qui sont les trois idées communes du gouvernement, quand les hommes discourent sur cette matière. Mais je préfère résoudre la controverse par cette légère distinction qui appartient k toutes trois : Tout gouvernement est libre pour le peuple qui lui est soumis, quelle qu'en soit la forme, oà les lois gouvernent, et où le peuple est partie à ces lois; et plus que ceci est tyrannie, oligarchie ou cotifusion.
Finalement, quand tout est dit, il y a à peine, dans le monde, une seule forme de gouvernement, si mal imaginée par ses premiers fondateurs, qu'entre de bonnes mains elle ne puisse faire assez bien; l'histoire nous apprend, d'ailleurs, que les meilleures entre de mauvaises mains ne peuvent rien faire qui soit grand ou bon , témoin les Etats juifs et romains. Les gouvernements, comme les pendules, vont du mouvement que les hommes leur donnent; et, comme les gouvernements sont faits et mus par les hommes, de même sont-ils conduits par eux à leur ruine. C'est pourquoi les gouvernements dépendent des hommes plus que les hommes des gouvernements. Que les hommes soient bons, et le gouvernement ne pourra être mauvais, ou, s'il l'est, les hommes le rendront bon. Mais, que les hommes soient mauvais, si bon que puisse être le gouvernement, ils s efforceront de le gâter et de le corrompre à leur manière.
Je sais que d'aucuns disent : ayons de bonnes lois, et peu importeront les hommes qui les exécuteront. Mais qu'ils considèrent que, si de bonnes lois font bien, des hommes de bien font mieux;