‹ Les chartes coloniales et les constitutions des États-Unis de l'Amérique du NordChapitre 5 sur 50 · DE COLONISATION · texte numérisé non relu

DE COLONISATION

Après le Portugal et FEspagne, rAnglelerre eiitrepril. dans les dernières années du xv" siècle, des voyages de découverte, el, comme les nations rivales, elle prétendait devenir maîtresse des

'•' Conip. Slokes, A view qfllœ comlilution of tke britiih colonieê, édition de 1 783 , Londres , 1 vol. in-8*, p. 1 â de Tin- Irodiiclion ; Hasard , Hittorical coliectioM, édition de i79a-i79&, Philadelphie, •j vol. iii-6% I, 9 et 10; Marshall, //wtory of thê amfrican colonie», édition de 18a 4, Phdadelphie, t vol. in-8% 19- •3 5; Slory, Commentariêi on the eon»ti~ lulion of Ihe Vnilml States, 4' édition,

Boston, 1873, 9 vol. gp. in-8", I, 5-(>, 15^19; Banci'ort, Hitlory of the Lniled Slatet, 10 vol. in-8", Boston, a o* édition,!, 10, 1 a, 76-78, 82-1 ai; Murray, The United Statet of America, édition de 18V1, Edimbourg, 3 vol. in- 1 a, I , a9-3o , 80-92 ; SparLs, Atnerican biograpKy, édition de 1873, New-York.

10 vol. in-ia, II, 305-207, 280, et I\, y(i-i34, l'ii-i/ia, i58-iGa; Hough,

2 iNOTlGES HISTORIQUES.

pays qu'elle découvrait ^^K Une commission de Henri Vli, donnée sous le grand sceau, le 5 mars 1/196, autorisa un habitant de Bristol, Vénitien d'origine ou de naissance, Jean Cabot et les trois fils de ce personnage, à parcourir, avec une flotte de cinq navires, les mers de l'Est, de l'Ouest ou du Nord, pour y chercher, afin d'en faire des pays vassaux de la couronne d'Angleterre, «les (les, les provinces, les régions que les chrétiens ne connaissaient pas encore ^"^K v

Le roi fournit un navire , des marchands de Bristol armèrent quatre barques, et, au printemps de l'année 1&97, Cabot fit voile, accompagné de son second fils Sébastien. Améric Vespuce n'avait pas encore abordé au Nouveau Monde; Colomb n'y avait découvert que des iles, dans ses deux premiers voyages, et il n'avait pas commencé le troisième, qui devait le conduire au continent de l'Amérique du sud, lorsque, le d/i juin 1^97^ Jean Cabot et son fils découvrirent le continent de l'Amérique septentrionale. Ils l'aperçurent près du Labrador. Après avoir franchi, vers le midi, une distance de 3 00 lieues, ils débarquèrent et plantèrent dans le rivage, l'un auprès de l'autre, le drapeau anglais et la bannière de Saint-Marc.

Le 3 février ligS, une seconde commission de Henri Vil autorisa Jean Cabot à continuer, en personne ou par des représentants, les voyages de découvertes, avec six navires, dont ((aucun ne devait jauger plus de qoo tonneaux ^^\ 7> Pour les nouvelles ex-

Americm cotutitutioni , édition de 1871, 336-3^5; Laboulaye, HUloire det EiaU-

Albany, 3 vol.gr. iû-8% II, 'iai-/ia3; Unie, 6" édilioD, Paris, 1877, 3 vol.

Poore, Chartert attd contUtutionê , a' étli- in-i 2 , 1 , 61-G8.

lion, Washington, 1878, a vol. gr. in-i^^ ^'^ Ci-dessus, Introduction, p. x-lxii.

U , 1 888-1 893 ; Washington Irving , The ^*^ Voy. la Commission , dans Hazard ,

lifo and voyages 0/ ChrUtopher Colombut , Hiitortcal collections , 1 , 9-10.

édition de 1860, New- York, 3 vol. in- -^^ Sparks, IX, loo-ioi ; comp. Ban-

13,1, i55-i56, i64-i88, ic)3-ao(>, rmCl, I, lo-ii.

H07.318, 399-/io4; II, ioi-ia8; III,

pédiiions, le roi parait avoir donné un navire ou deux et une somme considérable, tandis que des marchands de Londres complétaient de leurs deniers les fonds et l'armement nécessaires. Jean Cabot mourut sur ces entrefaites, et ce fut Sébastien qui conduisit le second voyage. Entrepris en 1&98, celui-ci dura moins d'une année. Les trois cents hommes qui s'y associèrent devaient fonder une colonie; mais le débarquement eut lieu aux rivages peu hospitaliers du Labrador, où bientôt les colons refusèrent de demeurer. Ils reprirent la route de l'Angleterre, après avoir longé, sur mer, le littoral jusqu'à la baie de la Ghesapeake, ou jusqu'à celle d'Albemarle, ou peut-être même jusqu'au cap Floride ^'^ C'était l'année même où Colomb abordait à la Terre- Ferme, avant les voyages, et plus probablement l'unique voyage, que fit Vespuce au Nouveau Monde ^^\

Ainsi ce furent des Vénitiens, au service de l'Angleterre, qui découvrirent l'Amérique du Nord; l'Angleterre put, la première des nations européennes, invoquer de longs voyages et un acte d'occupation, pour revendiquer tout le pays que bornent, au Nord, le Labrador, et, au midi, le golfe du Mexique; et les commissions de 1 ^96 et de 1 698 ouvrirent la longue série des documents officiels que le Gouvernement anglais consacra à ses colonies d'Amérique.

Après ces voyages de Jean et de Sébastien Cabot, l'Angleterre demeura près d'un siècle sans essayer de coloniser le vaste continent qu'ils avaient découvert. Peut-être Henri VU pensait devoir à sa religion de ne pas violer la bulle d'Alexandre VI , qui donnait ce continent à l'Espagne ^^\ Surtout il eût craint d'offenser Ferdinand d'Aragon, dont il avait obtenu la fille ^^^ pour son fils aine

(') Sparks. iX, iOâ-io5. comjMiresBancroft, Hùtoi-y 0/ tlte United

^^'> Sparks, IX, io3; W. Irving, IH, States, I, 76. d3â-3/i5. (*} Catlierine d^Aragon , épouse, eu se»

W Voyez ci-dessus, Introduct, p. x-xm coudes noces, de Henri Vlll..

Il NOTICES HISTORIQUES.

Arthur, el voulait conserver ramifié afin de faire échec à la France ^^K Sous Henri VIll, les expéditions guerrières d'Europe, de nombreuses intrigues d*amour, l'établissement du schisme anglican, et, sous Edouard VI et Marie Tudor, les cabales de la Cour unies aux querelles de religion, détournaient aisément du Nouveau Monde Tattention du souverain ^^K On vit même parfois la faveur royale refusée aux marins qui voulaient continuer les découvertes. Sébastien Cabot passa de longues années au service de TEspagne, et si, au déclin de sa vie, il obtint d'Edouard VI une pension, il ne paraît pas, du moins, en avoir obtenu de nouvelles missions. Dans ses actes de 1 5&i et de 1 5/i8, le Parlement anglais ne s'occupa du Nouveau Monde que pour aider les pécheurs qui , dès 1697, se rendaient nombreux , chaque année , aux côtes de Terre-Neuve ^^K Le commerce de pelleterie, bientôt établi sur divers points des rivages de l'Océan, n'était qu'une entreprise privée, conduite par quelques individus sans dessein de conquête ni de grande colonisation. En un mot, l'Angleterre ne troublait ni même ne menaçait les projets et les efforts de la France et de TEspagne ^'^

Peu à peu, les découvertes des Espagnols et des Français, mieux connues, enflammèrent l'imagination des Anglais euxmêmes. Les hardis aventuriers qui s'étaient, les premiers, avancés vers le cœur du nouveau continent, en disaient ou en écrivaient des merveilles: le climat y était d'une rare salubrité; le sol d'une fertilité étonnante; l'or, l'argent et tous les métaux précieux, d'une abondance extrême ^^l Depuis quelques années, d'ailleurs, les tjéographes et les marins soutenaient que le pôle Nord devait être la voie la plus courte pour parvenir aux grandes Indes; plusieurs avaient déjà cherché le passage, et Henri VIII lui-même encouragé quelques-unes de ces expéditions ^^\ Le temps vint oii la

î'^ Bancofl, [, 76. ^*^ Voy. ci-dessus, /ndWtict., p. x-xw.

^^> Comp. I^boulaye, I, G 1-6 2. ^'"^ Sparks, II, '200.

') Bancrofl, I, 76-78. «) Bancroa J, 76-78.

faveur publique fut acquise à tout projet d'explorer les côtes du continent américain. Ceux-ci voyaient, au terme, la découverte de ce passage fameux, qui devait rendre plus faciles les relations commerciales de l'Angleterre et de l'Orient; d'autres, celle de mines, où ils puiseraient la richesse à pleines mains; plusieurs, la fondation, dans ces régions salubres et fertiles, d'États nouveaux que viendraient peupler, avec empressement, les victimes des discordes religieuses ou des guerres de l'Europe; en vérité, tous pensaient retirer quelque bénéfice de l'exécution de pareils projets. La reine Elisabeth , économe et prudente, n'était point disposée sans doute à prodiguer, pour l'entreprise, les ressources de son propre trésor; mais elle sut mettre à profit les dispositions de ses sujets. La paix extérieure aidant, de grands desseins furent formés, des associations organisées, que patronnaient les hommes les plus distingués de ce temps, des efforts considérables tentés. Les encouragements de la Cour ne firent pas défaut, et, sinon par des largesses pécuniaires, du moins par la promesse ou la concession d'avantages politiques, la reine donnait le plus libre essor à l'ambition de plusieurs voyageurs.

Sous le règne d'Elisabeth, la première expédition importante paraît avoir été entreprise vers i Syfi. Warwick en fut le patron, et un hardi navigateur, Martin Frobisher, le chef. Elle toucha aux côtes du Labrador et aux rivages de la baie, qui porta plus tard le nom d'Hudson. Les aventuriers cherchèrent vainement le passage du Nord-Ouest; mais ils rapportèrent des pierres dont l'examen fit croire qu'elles avaient été ramassées dans le voisinage de gisements d'or. Si une nouvelle expédition, aussitôt armée, a laquelle la reine fournit un navire, n'alla pas aussi loin que la précédente, ceux qui y prirent part ne crurent pas moins que leurs prédécesseurs avoir trouvé les indices certains de filons aurifères. A peine étaient-ils revenus, qu'en 1678 une autre flotte de plusieurs navires, qui devait presque tout son armementà Elisabeth, allait, sous

les ordres de Frobisher lui-même, au détroit d'Hudson , et ne parvenait à trouver ni les mines d'or ni le passage du Nord-Ouest.

L'insuccès de cette troisième expédition arrêta les largesses du trésor royal, non l'élan des entreprises privées. Dans la même année 1678, un véritable plan de colonisation fut formé. L'idée paratt en avoir appartenu à sir Humphrey Gilbert, auteur d'écrils judicieux sur la navigation, ancien membre du Parlement, militaire distingué et diplomate de quelque mérite. Des gens influents la patronnèrent. La reine n'hésita pas à signer des lettres patentes, qui donnaient à Gilbert et aux héritiers de ce personnage la propriété de toutes les terres qu'ils découvriraient en Amérique avec une autorité presque royale pour les gouverner ^'\

L'année mémo où Francis Drake, naviguant au service de l'Angleterre, atteignait, sur la côte américaine de l'Océan Pacifique, la latitude de la frontière méridionale de l'Etat actuel du New-Hampshire, Gilbert faisait voile pour coloniser les rivages américains de l'Atlantique, peut-être accompagné par son beaufrère, sir Walter Raleigh, poète de renom, homme de guerre éminent, politique sagace et généreux, l'un des gentilshommes les plus brillants, les plus hardis et les plus capables de la Cour,

presque le rival du favori Essex te dont il poursuivait la ruine Cette expédition de 1 Byg paraît n'avoir même pas atteint le Nouveau Continent. Quelques années plus tard, Gilbert en organisa une nouvelle que Raleigh subventionna, sans la suivre; mais celle-ci atterrit aux rives froides et nues qui avoisinent le caj) Breton; la rigueur du climat, l'insuffisance des ressources apportées d'Europe, et l'insubordination des colons rendirent bientôt le succès impoSvsible; et, en i583, au retour de cette exp«»dition, devenue aussi inutile qu'elle avait été pénible, Gilbert perdit la vie dans une tempête.

^'^ Marshall, i5; Slory, F, 18; Ban- '^ Bancrofl,!, 108-109; I^I)oulnyp,

ci"oft, I, 88-89; Lahoulavo, I, G:\. I, r>3.

Raleigh recueillit, comme un pieux héritage, le dessein do Gilbert. L'insuccès et la fin tragique de son beau- frère, la connaissance des difficultés inséparables de nouvelles tentatives, loin de le décourager, enflammèrent son ardente imagination. Dès i584, il obtenait de la reine, pour lui-même et pour ses ayantscause, dos lettres patentes analogues à celles que Gilbert avait précédemment reçues ^^\ ot du Parlement, dont il faisait partie, une loi qui les confirmait ^*^l Trois expéditions furent tentées sous ses auspices. Il parait n'en avoir accompagné aucune; mais il choisit la région qu'elles devaient coloniser; et elles furent toutes conduites vers cette partie méridionale du continent où les Huguenots français s'étaient établis, quelques années auparavant, sous un ciel clément et sur un sol fertile ^^\

La première eut lieu, l'année même dont les lettres patentes de Raleigh portent la date, en 1 58/i. Elle se fit avec deux navires seulement. Ce ne fut qu'une exploration des îles de Wocoken el de Roanoke, et des côtes de la Caroline du Nord, qui forment los golfes de Pamlico et d'Albemarle. Les Indiens vendirent quelques pelleteries aux voyageurs. Ceux-ci, à leur retour, donnèrent, du pays qu'ils avaient parcouru, la description la plus brillante, ot la reine vierge Elisabeth le nomma Virginie, en souvenir du règne sous lequel les Anglais l'avaient visité pour la première fois ^*'.

La seconde expédition eut lieu l'année suivante, en i585. Elle se composait de cent-huit émigrants, montant sept navires, dont le plus grand ne jaugeait pas plus de cent quarante tonneaux. Une colonie fut établie dans l'île de Roanoke, et quelques parties do la Caroline du Nord parcourues. La colonie ne dura point. Cultiver la terre était ce qui eût le plus importé, ot ce que les colons vou-

^'J Marshall, i6;Slory, I, 18; Ban- ^^^ Comp. ci -dessus, ïniroditriion ,

crofl,l, 91-9*»; Mnrray, ï, 80; Lahoii- p. xviii et wiii. lave, \,6h. W Marshall, 17; Slory, I, 18; Ban-

'' Bancroft, 1, 95. croft, î, 99-96; Laboulaye, I, fi/i.

laient le moins faire. Toute leur ardeur se dépensait h chercher l'or et les pierres précieuses qu'ils ne parvenaient pas à trouver. Enfin , quelques maladresses indisposèrent les Indiens. L'hostilité de ces derniers et rinsulTisance des ressources déterminèrent, après une seule année, les aventuriers à abandonner leur entreprise.

Raleigh n'avait encore enrôlé que des hommes. Les émigranls s'étaient, d'ailleurs, montrés plus désireux do faire fortune rapide, pour en jouir dans leur propre pays, que de s'établir sans esprit de retour sur la terre étrangère. Lemoment parut venu de fonder une véritable colonie agricole formée de familles, et la troisième expédition fut composée d'émigrants des deux sexes. Raleigh donna une charte aux colons, et organisa le gouvernement municipal d'une ville, qui devait porter son nom. Les nouveaux colons, au nombre de quatre-vingt-neuf hommes et de dix-sept femmes, s'établirent, comme leurs prédécesseurs, dans l'tle de Roanoke. Les Indiens se montrèrent hostiles. Derechef, la colonie ne sut ou ne put subvenir à ses propres besoins, et elle envoya son gouverneur chercher des secours en Angleterre. Raleigh avait déjà consacré /io,ooo livres sterling à l'exécution de ses desseins. Plutôt que de les abandonner, il forma, pour les poursuivre, une association de marchands et d'aventuriers, à laquelle il accorda (les droite considérables. Mais c'était le temps de l'Armada. Les premiers navires partis avec des subsides ne purent arriver à leur destination. Trois ans se passèrent avant que le gouverneur gagnât de nouveau la colonie. Quand il y parvint, en iBgo, il trouva déserts les lieux où elle avait été fondée. Raleigh envoya des expéditions à la recherche des anciens colons , qui ne furent |mis découverts. Peut-être étaient-ils allés se fondre dans une tribu indienne de la Caroline du Nord, celle des Hatteras, dont la physionomie a pu faire croire à un mélange de la race saxonne et de la race indigène ^'^

t*^ Marshall, i9-a3;Bancroft,I.io3-io8;Murray,l,85-87;cofnp.Sparks,IÎ,a8o.

Ainsi finirent en désastre les entreprises de Raleigh. On sait Thisloire des dernières années de la vie de ce personnage, bientôt réduit à la misère, tombé en disgrâce, emprisonné pendant douze ans, destiné k mourir injustement sur le billot, fidèle pourtant jusqu'à la mort h ses hardis projets de colonisation , occupé dans sa prison À les rendre populaires par la plume, et préparant de la sorte, autant qu'il l'avait fait par son argent, et par ses voyages ou ceux de ses lieutenants, l'avènement de la domination anglaise sur le continent américain.

Quelques années se passèrent, pendant lesquelles l'esprit d'aventure languit, affaibli par tant d'échecs, et les desseins de colonisation sommeillant, on ne vit entreprendre de nouvelles expéditions que pour les besoins d'un trafic intermittent. Au début du xvn* siècle, la faveur publique revint au plan qu'elle paraissait avoir déserté depuis 1590. En 1609 , un navigateur intrépide, Barthélémy Gosnold, parti de Falmoutb, avec trente-deux hommes, sur un petit navire, venait d'achever un voyage où il avait atteint l'Amérique au 43' degré de latitude nord, suivi les côtes, vers le midi, à la recherche de bons ports, découvert, chemin faisant, et nommé le cap Cod, les tles dites de Martha's Vineyard et d'Elisabeth, et séjourné dans celle-ci. Il renouvelait les descriptions les plus brillantes du Nouveau Monde : non seulement il avait trouvé une route plus courte pour s'y rendre, ou pensait favoir trouvée, mais encore il avait constaté que l'accès à des ports excellents était facile, le climat d'une grande salubrité, le sol d'une fécondité remarquable, tout ensemble abondant en fruits inconnus de l'Europe, et propre à recevoir les plantes européennes. Reprendre les desseins de colonisation lui parut chose opportune ; il les reprit, et se chercha des associés.

Si les adhésions ne furent pas immédiatement nombreuses et définitives, du moins quelques personnes voulurent soumettre sans délai ses récits au contrôle de nouveaux voyages. D'une part, Hi-

chard Hakluyt, du chapitre de Westminster, écrivain d'une rare intelligence et d'une science remarquable, qui devait consacrer sa vie k aider de toutes manières, de sa parole, de sa plume, de ses deniers, de son infatigable confiance, les colons du Nouveau Monde, obtint de divers marchands de Bristol qu'ils équipassent deux petits navires de vingt-six et de cinquante tonneaux. De lautre, \o comte de Southampton, l'un des hommes les plus distingués do ce temps, et Lord Arundell de Wardour, firent entreprendre une exploration à leurs frais. En i6o3, les navires des marchands de Bristol, sous les ordres de Martin Pring, atteignirent la côte du Maine, au 43* degré de latitude nord, vers la baie de Penobscot, et poussèrent jusqu'au 4i'' degré, en suivant la route que Gosnold avait parcourue. En 1 6o5 , le lieutenant du comte de Southampton oi de Lord Wardour, Georges Weymouth, déjà connu pour avoir conduit une expédition au Labrador, à la recherche du passage du Nord-Ouest, longea le rivage du continent, depuis le 4 1* degré de latitude nord jusqu'à la baie de Penobscot, et remonta à quelque distance le fleuve, qui porte le même nom. Ces deux voyages confirmant les récits de Gosnold créèrent en Angleterre une sorte d'enthousiasme. On vit renaître dans quelques esprits l'espoir de trouver les gisements d'or, si souvent déjà, et si vainement cherchés, et, dans un plus grand nombre, le désir de fonder de nouveaux Etats, sur un sol qui paraissait être d'une fertilité extraordinaire.

L'association projetée par Gosnold devait dès lors se constituer aisément. Gosnold lui-même, Wingfield, un grand marchand de l'ouest de l'Angleterre, Hunt, un ecclésiastique distingué, le capitaine Smith, audacieux aventurier, Gorges, l'influent et opulent gouverneur de Plymouth, le Lord chief-justice, Popham. Hakluyt, l'éminent historien, y entrèrent les premiers, et en furent les chefs. Ces hommes considérables y attirèrent un assez grand nombre de hauts personnages et de riches marchands.

Hakiuyt paraît d'ailleurs avoir plus que tout autre contribué à la former.

Une charte, qui fit respecter la nouvelle association par les pouvoirs publics, fut sans retard demandée à Jacques I"*. Tous les projets vastes et difficiles séduisaient l'imagination aventureuse et inquiète de ce monarque. Celui de Gosnold, de Hakiuyt et de leurs associés lui plut. La forme même sous laquelle l'exécution devait être tentée lui convenait, car il avait utilement employé de véritables compagnies pour l'amélioration de quelques parties presque sauvages de l'Angleterre et de l'Irlande. 11 donna la charte, avec empressement, le lo avril 1606^'^.

Sur leur demande ^^\ l'acte divisait réellement les associés en deux conseils ou compagnies ^^\ l'une formée de gens de Londres et des environs, l'autre de gens de l'Ouest, particulièrement d'habitants de Bristol, d'Exeter et de Plymouth, l'une et l'autre de nobles, de chevaliers et de marchands ^*^; celle-là dite dans l'acte, première colonie de la Virginie, et celle-ci, deuxième; celle-là, plus connue bientôt sous le nom de compagnie de Londres, et celle-ci, sous celui de compagnie de Plymouth ^^^ Cette dernière devait fonder ses établissements entre le 34* et le /ii* degrés de latitude nord; l'autre, entre le 38" et le 4 5' degrés ^^\ La première avait seule le droit de se fixer entre le 34" et le 38* degrés, ou, en autres termes, entre le cap Fear et la limite méridionale de TKtat actuel du Maryland; la seconde, seule le droit de s'établir enfre le 4i* et le 4 5* degrés, ou, en autres termes, entre les limites septentrionales de la Longue^île et du Vermont^'^^ La région que

") Voy. l'acte dans Poore, Charten '^' L'acte dans Poore, îl, i888.Comp.

and coMtitutioni , II, 1898. Gomp. Mar- Marshall, a5; Bancroft, I, lao.

shall, a5; Storv, I, 19; Sparks, II, *) L'acte dans Poore, II, 1888.

107; Bancroft 1, iso; Hough II, "•> L'acte, foc. «t., 11, 1889- 189^,

A<i3. poêêim; Marshall, aS; Hough, II, A^i.

* L'acte dans Poore, loe., cit, 11, («^ L'acte, foc. cit., II, 1888-1889.

1 888 ; comp. Marshall, alî. ') /61V/., 1 888 - 1 889.

12 NOTICES HISTORIQIES.

bornent le 38* et le fit" degrés de latitude nord était ouverte aux entreprises des deux compagnies; mais, pour prévenir les conflits, la charte décidait que, dans la région commune, aucune ne pourrait s'établir à une distance des établissements de l'autre qui fAt inférieure à cent milles ^'^

Quelques auteurs ont enseigné , ou paru croire que tout le sol devait être la propriété de la compagnie de Plymouth entre le 34'' ol le 38* degrés de latitude nord , de la compagnie de Londres entre le 4 l'etle A 5' degrés, et dans la région intermédiaire, delà compagnie qui s'y serait établie la première , jusqu'à cent milles de distance des lieux où elle se serait d'abord Bxée^^^ L'historien Murray émet un autre avis : suivant lui, si, à ta vérité, dans la région intermédiaire aucune des compagnies ne pouvait s'établir h moins de cent milles de dislance du lieu oii l'autre se serait d'abord fixée, cependant quelle que fût la région que les compagnies vinssent à choisir pour le siège de leurs établissements, aucune ne pouvait posséder plus de deux cents milles carrés ; de ceux-ci cent devaient ^tre comptés sur terre, et cent sur mer; le point du rivage de la mer le plus voisin du lieu librement choisi où la colonie aurait pris naissance, formait le centre du carré; et les îles comprises dans l'espace pris sur la mer faisaient ]>artie delà concession ^^K Le débat n'est pas dépourvu de tout intérêt. En acceptant la première doc- Irine, il faut admettre que Jacques 1^ donnait irrévocablement, d'un trait de plume, aux compagnies de Plymouth et de Londres, la propriété du sol de presque tout le vaste pays qui subit la domination anglaise avant 1776'*^ Suivant la seconde doctrine, au contraire, le roi n'abandonnait qu'une faible étendue à chacune des deux compagnies, réservant implicitement à la Couronne le

^'^ L'acte, loc. cit.. Il, 1890. Cotnp. ^*) Comp. Story, I, 19.

Marsliali, 9.5; Story, î, i9;Bancroft, I, '^^ Murray, I, 91-99.

140-191; Miirray, 1, 91; Hough, H, ^*' Comp. Laboulaye, I, (17.

droit, dont elle usa, de disposer des terres en toute liberté hors du territoire cédé. C'est la dernière doctrine seule que le texte paratl autoriser ^*l

Quoiqu'il en soit, la fondation des compagnies de Londres et de Plymouth donna l'essor à l'œuvre de la colonisation, qui fut bientôt recommencée pour être continuée dès lors sans interruption. Peu à peu la métropole anglaise fondait sur le continent de l'Amérique septentrionale treize colonies distinctes et prospères, qu'elle nonmiait Virginie , Massachusetts, Gonnecticut, Maryland. Rhode-Island, Caroline du Nord, Caroline du Sud, New -York, New-Jersey, New-Hampshire , Pensylvanie, Delaware et Géorgie. Ainsi l'année 1606 fermait la série des essais infructueux de colonisation, et ouvrait l'ère des entreprises utiles et durables.

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