‹ Les chartes coloniales et les constitutions des États-Unis de l'Amérique du NordChapitre 6 sur 50 · DE LA VIRGINIE · texte numérisé non relu

DE LA VIRGINIE

La charte octroyée, en 1606, aux compagnies de Londres et de Plymouth, ne servit réellement qu'à la fondation d'une seule colonie. Celle-ci fut créée parla compagnie de Londres, et connue.

'' L'tcte, loc. cil., II, 1889-1890.

(') Marshall, 96-/17, 60-70, i3ii33, ihSy i56, 159-166, 377-350; SI017, I, i8-a6; Bancroft, 1, ao* édilion, 131-160, i89-aâ5; II, 30* ëdilion, 99-30, 68-70, 188-193, 300- 311, 3ià-336, 3^3-356, 65o; III, i8* édition, 3U-345, 396, /i55; IV, i8* édition, 38-io6, 199-130, i33i36, 189; V, 1.5* édition, iio-i33, 171-175; Sparl», II, 177-317, 33i- 3/i5, 384-387, 393-/107; Morray, I, 93-i/'i3,3i5-333;Hongh,II,&3i-/i3/i; Poore, II, 1888-1908; Seaman. Corn-

mentarie$ on the conBiitutioni and laws of the Uniled-Statei , édition de iJS(i3, Ann-Arbor, i vol. in-8*', i97;Waîiliinglon-lrving, Life of Watkitiglon , édition de i863, New-York, 5 vol. in-12, I,9i^, 190-193, 3oG, 383, 333-33i^; VVirt, Life of Patrick Henry, 35* édition, Philadelphie, 1873, 1 vol. in-13, Ai- /i8; Mitchell, An accompaniment to MitcheW» map 0/ the tvorld, édition de 1860, Philadelphie, 1 vol. în-8^ 190; Malte-Brun, Géographie tmiterêellef édition de i85i, Parin, 8 vol. in-8', vol. V, 360; Laboulaye, 1, 61-1 11.

là NOTICES HlSTOKIQlJES.

dès l'origine, sous le nom de colonie de la Virginie. Ce même nom de Virginie, qui désigne encore Tun des principaux Etats de rUnion américaine, avait été appliqué plus spécialement d'abord à la partie du continent américain que visita la première expédition armée par Raleigh (^); mais peu à peu il s'étendit soit à toute la vaste région dont les Anglais les premiers longèrent ou explorèrent les rivages depuis le Labrador jusqu'à la Floride, soit au moins à la région plus restreinte que limitent le ih'' et le 45" degrés de latitude nord^^^. Ce fut aussi peu à peu que, de nouvelles colonies s'élevant et recevant des noms distincts, il vint à désigner seulement la plus ancienne de toutes, qui devait le laisser à l'État de l'Union auquel elle donna plus tard naissance.

La charte du lo avril 1606 est dite, dans le texte, du dixième jour d'avril de la quatrième année du règne de Jacques I"^ sur l'Angleterre, la France et l'Irlande, et de la trente -neuvième année du règne de ce monarque sur l'Ecosse ^^^. Elle est datée de Westminster, et porte le contreseing de Lukin ^^\ Quatre personnes y sont nommées comme les chefs ou les principaux membres de la compagnie de Londres, Sir Thomas Gates, Sir Georges Somers, Richard Hakluyt, et Edouard-Marie WingBeld; et quatre, comme les chefs ou les principaux membres de la compagnie de Plymoulh, Thomas Hanham, Raleigh Gilbeil, Guillaume Parker et Georges Popham. Le texte étend d'ailleurs les privilèges établis par la charte à tous les individus que ces chefs ou principaux membres des deux compagnies associent ou associeraient à leurs efforts ^^l

Toutes les dispositions de l'acte seront exposées plus loin ^^^ par le détail. Il suffira d'en indiquer brièvement ici les caractères essentiels qui lui donnent sa physionomie propre, et permettent d'ap-

^'> Slory, I, 19. '>) Voy. Tacte, loc. cit., II, i8f)3.

=) L'acledans Poore, II, 1890. '^'^ Ibid.Jl, 1889.

•*^ Voy. IVlo, loc, cil,, 11, 1888 cl "^ Dans la troisième pai'lic du livi-c i.

ViRGlME. 15

précier ce que fut son influence sur le développement de la colonie. Les pouvoirs du gouvernement étaient tout entiers aux mains soit du roi, soit des fonctionnaires ou des conseils qu'il nommait. Jacques V' prétendait même s'octroyer le droit, dont il usa, de légiférer sans le concours du Parlement, pour les colonies projetées, qui devaient cependant recruter le plus grand nombre de leurs habitants parmi ceux du Royaume-Uni ^^K Les compagnies ne recevaient guère que la propriété absolue d'une certaine étendue de terre ^^^, la faculté exclusive d'y transporter des colons pris parmi les sujets du roi , et le droit exclusif d'y faire le commerce et d'y chercher l'or, l'argent et le cuivre ^'^K Aux simples colons qu'elles auraient enrôlés sans les admettre au rang de leurs membres, rien n'était promis sinon la conservation de la qualité, des libertés, des franchises, et des immunités de sujets de la métropole, qui, suivant la judicieuse remarque de l'historien Bancroft, pouvait servir après le retour en Angleterre, «^mais n'offrait aucune barrière contre l'injustice coloniale ^*^w En vérité, sur le sol des colonies projetées, ils étaient, pour les choses de l'ordre politique, à la merci du roi, tandis que, pour les autres, leur condition devait dépendre du bon plaisir ou des promesses des compagnies ^^^

Aucune expédition n'était encore entreprise que déjà le roi Jacques I*', en 1606 même, dotait de lois le Nouveau Monde. La légalité de cette action législative fut plus tard contestée ^^K Quoi qu'il faille penser de la discussion, tout ce qu'il importe de faire observer ici, c'est que le code de 1606 déléguait, dans les colonies, la puissance législative et la puissance executive à des con-

'' L'acte f /oc-, cit., 11, 1890. Sur la charle, voyer d^uilieui*!): Mar-

(') Ibid., II, 1891. shall, a6; Slory, I, 19-ao; Sparks, II,

(^) Ibid.,U, 1890-1891; comp. La- ao8; Bancroft, 1, lai-ias; Murray,

boulaye,!, 69-70. I, 93; Hough, II, 631; Laboulaye, I,

^•î Bancrod, I, lai-i-ja. 69-70.

*^ L^acte, /oc. et/., II, 1891-1893. *) Bancroft, I, ina: Muritty, 1,9:1»

seils locaux, noiumés par le roi, qui gardait sur eux la haute main , leur ^fendait de mettre à mort ou de démembrer ses sujets . exigeait la conformité entre leurs décisions et les lois du Royaume- Uni, et se réservait d'annuler les premières : l'autorité royale demeurait tout, et la liberté politique était absolument oubliée ou délibérément refusée ^^^

Ainsi la charte et les lois de 1606, comme les lettres patentes de 1678 et de i583, n'assuraient rien aux colons sur le sol oii ils allaient s'établir, et elles déniaient aux compagnies, dans Tordre politique, les avantages que la reine Elisabeth avait octroyés à Gilbert et à Raleigh^'^K

La fureur de tout réglementer tenait sans doute l'esprit agité et inquiet du roi. Aucune analogie n'existait d'ailleurs entre les compagnies dont Jacques 1*^ avait précédemment autorisé la création . et celles qui se fondaient pour la colonisation de la Virginie : l'objet des anciennes ne dépassait guère le défrichement de quelques parties incultes de l'Irlande et de l'Ecosse, tandis que, fort loin de l'autorité à laquelle la puissance suprême était réservée, et aux prises avec des difficultés variables et constantes que cette autorité ne pouvait ni mesurer d'avance ni même connaître au moment opportun, les nouvelles devaient avoir tout à fonder, population, villes, villages, gouvernement, culture et commerce. Donner si peu de privilèges politiques aux compagnies nouvelles, c'était vraiment leur refuser le pouvoir indispensable ; et garantir si peu d'avantages aux colons, c'était rendre le recrutement de ceux-ci fort difficile ou le réduire à des éléments dangereux ^^^. Une compagnie pourtant, celle de Londres, soit quelle n'entrevît pas tous les périls contre lesquels elle aurait à lutter, soit qu'elle attendit de la pression des événements une réforme convenable de sa con-

^'^ Mai-shall, 96-38; Slory, I, ao; ^*^ Ci-dessus, chapitre I, p. 6-9.

Sparks, II, ao8; Banctx>lll, I, 129- ^^^ Slory, 1, 30-ai; Laboulaye, î,

laS^IIoiii^h, 11, ^31. 73-76.

dition junclic|ue, se montra disposée à tirer parti, sans relard, de la charte et des lois royales de 1606.

Tels furent les préliminaires de la fondation de la colonie, à l'eiemple de laquelle les autres furent plus tard fondées.

L'année 1606 se passa à réunir les fonds et les colons nécessaires. Ënfm les colons atteignirent le nombre de cent cinq , parmi lesquels il faut citer plusieurs personnages d'un rang élevé ou d'une grande renommée, notamment Georges Percy, frère du comte de Northumberland, Gosnold, Hunt, et surtout le capitaine Smith, hardi aventurier, que des aventures extraordinaires avaient rendu célèbre dans plusieqrs des guerres dont TÂllemagne et la Turc|uie venaient d'être le théâlre ^^K

L'expédition partit, le 19 décembre 1606, sur trois navires, dont le plus^rand ne jaugeait pas plus de cent tonneaux. Après un voyage où la bonne harmonie fut plus d'une fois rompue par la jalousie, l'envie et les conflits d'atti'ibutions, les émigrants débarquèrent, le i3 mai 1607, ^ ^^ '^^^ qu'ils appelèrent Jamestown «bourg de Jacques,» sur les bords du fleuve James, h cinquante milles de l'embouchure. Celait, presque au cœur d'une région sans cesse parcourue par de nombreux Indiens. Cinq mille hantaient plus habituellement le voisinage de Jamestown, en deçà d'une distance de soixante kilomètres; et vingt mille avaient leurs principales stations dans les limites de l'Etat actuel de la Virginie, où , entre les montagnes et la mer, on trouvait plus de quarante tribus dont trente, fédérées, comptant plus de huit mille membres, obéissaient à l'autorité d'un seul chef. Au milieu de ces hordes d'une amitié souvent douteuse, et d'une hostilité fréquemment certaine, les colons durent vivre d'abord, en commun, groupés à la manière de soldats. Par malheur, la propriété du sol fut ellemême déclarée commune : le produit de la récolte collective était

^'^ Comp. ci-«le88us, cliapitrct, p. 10. Le C4ipi(ainc Smilïi ne doit pas ôlie roiifondu avec Sir Tliomas Smith, doni il sera (pieslion ri-après, p. î'î , -iS et lUt.

mis dans un grenier public, et distribue, chaque semaine, suivant les besoins du moment. Ce système fil bientôt déserter le travail. Comment les colons auraient-ils donné tout leur labeur pour le profit de la communauté? Chacun eût à peine consenti à cultiver le champ dont la propriété exclusive lui aurait été cédée. Ces hommes auxquels le roi ne promettait nul avantage politique, et dont la condition privée dépendait du bon vouloir de la compagnie de Londres, s'étaient gardés, s'ils en avaient, d'emmener avec eux leurs femmes et leurs enfants. Le goût des aventures extraordinaires possédait la plupart, et rien ne les avait préparés à l'existence et aux travaux usuels de la campagne. Des noms des premiers colons établis à Jamestown , quatre-vingt-deux sont conservés, avec l'indication des états ou professions : on trouve dans la liste quarante-huit messieurs ou gentilshommes [gentlemen)^ quatre charpentiers, des artisans de diverses sortes, seulement douze laboureurs ^'^ Les nouveaux colons, comme leurs prédécesseurs, pardessus tout désireux de rapporter vite en Angleterre des richesses facilement acquises, mirent leurs efforts à trouver des mines d'or qu'ils devaient chercher sans les découvrir. De la sorte, la colonie vint à dépendre de la mère patrie, et pour l'accroissement de ses membres, et même pour les provisions nécessaires. Celles qui avaient été apportées d'Angleterre, ou malaisément recueillies dans la Virginie, ne furent bientôt ni suffisantes ni assez bonnes: les maladies éclatèrent; avant l'automne, cinquante colons avaient succombé , parmi lesquels se trouva Gosnold, l'auteur du projet de colonisation^^). A plusieurs reprises, sans doute, la compagnie envoya des provisions nouvelles avec des renforts d'hommes. Mais le recrutement des colons continuait d'être mauvais. C'est ainsi qu'arrivèrent, dans un convoi de cent vingt émigrants, trentedeux gentlemen, six tailleurs, deux apothicaires, deux orfèvres, deux joailliers, deux affineurs d'or, divers artisans, et tout au plus

**> 8parks, II» a5ï ; Baiicroft, I, 12 A» — ^^^ Voy., chap. l, p. 9.

vingt-trois cultivateurs ^^\ Encore n'étaient-ils pas tous de mœurs excellentes. On peut affirmer d'eux ce qu'un auteur a écrit des membres d'une expédition subséquente : ils paraissaient plus propres dix fois à gâter une nation qu'à la fonder, ou qu'à en soutenir l'existence ^^^ La même recherche de l'or subsista, et avec elle le péril le plus certain pour la colonie. En vérité, celle-ci, à peine fondée, n'eût pas échappé à une ruine prompte et complète, si l'un des colons, le capitaine Smith, n'avait consacré à la défendre toutes les ressources d'une grande intelligence, d'une activité extraordinaire et d'une énergie indomptable. Tantôt engagé dans des expéditions lointaines au milieu des tribus indiennes, tantôt mis de fait ou de droit à la tête du gouvernement, il recueillait toutes les informations utiles aux colons, se rendait tour à tour agréable ou terrible aux sauvages, et parvenait à plier peu à peu ses subordonnés à la loi nécessaire, pressante, du travail agricole. De la sorte il sauvait les restes des premières bandes envoyées par la compagnie de Londres, et peut-être la colonisation elle-même. Si, revenu dans son pays, il passa ses dernières années à écrire, sur cette partie du Nouveau Monde, des livres instructifs et utiles, jamais il ne la servit mieux qu'en conjurant un nouveau désastre, qui pouvait empêcher toute tentative nouvelle d'établissement colonial. Ce fut tout particulièrement sans doute à ce service qu'il dut d'être nommé plus tard le Père de la Virginie ^^\

Le !î3 mai 1609, la septième année de son règne sur l'Angleterre, la France et l'Irlande, Jacques l•^ roi d'Angleterre, d'Ecosse, de France et d'Irlande, défenseur de la Foi, etc., accordait, de Westminster, sous le sceau de Lukin, une seconde charte à la compagnie de Londres ^'^

'^ Sparks, II, ;i5i-â5a. Baiicroll, 1, 1 30-139? Murray, 1, io5-

-' SliUiciléparSpttrks, 11, a5i-;352. 107; Laboulayc, I, 7."). ^' Mai^liall, 30-39; ^IW'rks, II, :!io- *' Voy. Tadc, dan» Poort*, IL 1893

«55, 378*389, 393-317, 393-/107; cl 1902.

20 NOTICES HISTORIQLES.

Pendant que la colonie courait les plus grands dangers, heureusement conjures par les efforts de Smith , la compagnie de Londres n'avait pas perdu courage. Il est douteux qu'elle vit toutes les causes d'insuccès contre lesquelles elle avait â lutter; mais elle pensait en connaître quelques-unes, et elle avait certainement prié le roi de lui donner, par une charte nouvelle, les moyens de parer à celles-ci. Tant de travaux, entrepris avec tant de dépenses et au péril d'un si grand nombre de vies pour coloniser ce pays, valaient bien la concession des avantages nécessaires au succès de l'œuvre conmiencée ^*^

Quatre réformes principales furent portées dans la condition de la compagnie par l'acte de 1 609 , et doivent élre indiquées ici; les autres seront exposées ailleurs.

La compagnie voulait augmenter le nombre de ses membres. Or la charte de 1606 permettait l'augmentation sans règle ni réserve; mais apparemment le droit de prendre des associés ne les faisait pas trouver assez vite; et la promesse d'inscrire dans un acte solennel émané du roi les noms des nouveaux adhérents fut un moyen d'obtenir des adhésions. Tandis que la charte de 1G06 nommait, on le sait, quatre seulement des membres de la compagnie de Londres, les noms écrits dans le texte de la charte de 1 609 couvrent plus de trois des grandes pages de l'ouvrage de M. Poore, où ils sont tracés sans interruption, les uns à la suite des autres, absolument à la manière de véritables phrases, en caractères assez lins et serrés ^-l Sur la liste figurent des gens de toutes les classes de la société depuis le haut seigneur jusqu'à l'artisan, de toutes les professions depuis celle des armes jusqu'à celle de cordonnier, et auprès des individus, les corps de tous les arts et de tous les métiers, depuis celui des musiciens ou relui des orfèvres jusqu'à ceux des aubergistes, des bouchers, des cuisiniers et des bar-

•' L'ade, lot-, eit,, II, 189,3. — ^- IbùL, 11, i^li-i^-j.

VIRGINIE. âl

biers^'^ Celle première réforme, qui oclroyait à un grand nombre des membres de la compagnie ia qualilë de membres nommés dans la charle, ne fui guère, on le voil, qu'une réforme de pure forme. Elle paratl avoir eu cependanlune influence réelle sur le développement de la compagnie.

En second lieu, la charte de 1609, étendant singulièrement les limites que la charte précédenle avait assignées à la première colonie de la Virginie, cédail à la compagnie de Londres la propriété de tout le sol du continent de l'Amérique du Nord, entre deux lignes parallèles conduites de TOcéan Atlantique à l'Océan Pacifique, à deux cents milles de part et d'autre du cap Gomfort, et cnlre ces lignes parallèles, ainsi dislanles de quatre cents milles, la propriété de toutes les tles sises dans l'une ou l'autre mer en deçà de cent milles des côtes ^*^^

En troisième lieu, à la différence de la charte précédente, celle de 1609 conféra expressément à la compagnie de Londres la personnalité civile ^^\

Enfin la nouvelle charte donnait à un conseil, que la compagnie devait choisir, tous les pouvoirs du gouvernement ^^K

L'autorité suprême ou la haute surveillance du roi était sans doute réservée au moins implicitement ^^\ Peut-être même Jacques I* entendait-il garder le droit d'accomplir tous les actes de gouvernement qui lui paraîtraient nécessaires ^**^ Attribuer, en principe, le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire, à un conseil que choisissait la compagnie, n'était pas moins une réforme de la plus grande importance. Sans doute encore le

•>) Le texte dit les chinirgiens-bar- les corps d^arts ou de métiers, 56. —

biers, barber-<:hirurgêon$ ; l cit., 11, 1 897. Voy. Hough , ^. ct(. , II , â 9 9 . — M. Hough t compte le nombre des '^ L*acte, hc, cit,, 11, 1897.

individus et des corps d*arl8 et métiers ^'^ Ibid., II, 1897-] 898.

nommés dans la charte. Son calcul, que ^*' Ibid., II, 1898, 1899 et 190a.

nous n'avons pas jugé utile de refaire, <^) ïbid., surtout. II, 1901.

donne , pour les individus , 669 , et , pour ^^^ Gomp. Murray, 1 , 1 1 5.

roi, sous la charte de 1606, associait à l'exercice de sa puissance illimitée divers corps constitués, un conseil de la Virginie résidant en Angleterre et préposé h Tadministration de toute la région du continent américain cédée aux deux compagnies, et des conseils établis en Amérique, lun pour l'administration de la première colonie, l'autre pour celle de la seconde. Mais la participation de ces conseils divers était ce qu'il la voulait faire ; d'autre part il en nommait ou en faisait nommer les membres à son gré^*^ On voit à quel point la charte de 1609 modifiait ce système singulièrement personnel et absolu.

Trois remarques moins importantes que les précédentes ne seront pas, croyons-nous, dépourvues d'intérêt. La compagnie qui fonda la colonie de la Virginie était officiellement appelée, dans la charte de 1609 , la compagnie de Londres ^'^\ Le principal dignitaire, ou le chef de cette compagnie, portait le nom de trésorier ^^\ Enfin le roi devait faire, aux termes de la charte, et faisait, dans la charte même, la première nominati<)n du nouveau conseil. Le trésorier fut Sir Thomas Smith. Les membres ordinaires du conseil, au nombre de cinquante-deux, ne comptaient dans leurs rangs que trois personnes qui n'appartinssent pas à la noblesse. Les noms do plusieurs des nobles conseillers étaient d'ailleurs fort connus déjà, ou destinés à le devenir : il faut citer particulièrement le comte de Southampton ^^\ le comte de Pembroko, Lord

t») L'acte, loc. ciL, II, 1890. On peut voir, dans la charte, que chacun de ces conseils devait avoir un sceau, dont Pacte indique, le dessin et Texergue. Il peut élre intéressant de faire connaître la nature de celle-ci : la première partie, identique pour les trois sceaux, était :

Sigillum RegtM Magnœ Britanniœ, Franciœ et lliberniœ; la seconde pour le sceau du conseil de la Virginie : /Vo concilio iun Virftiniœ, et pour les autres : Pi*o

concilio primœ colonim Virginia* y ou /Vo conciUo tecundœ coloniœ VirginitF. — L'acte, loc. cit., II, 1890.

^*) Plus exactement la charte donne à la Compagnie la désignation officielle qui suit : «Le trésorier et la compagnie des aventuriers et planteurs de la cite de Londres pour la première colonie en Virginie. 7» — L'acte, loc. cit., Il, 1897.

'^^ Ci-dessus, note a.

*' Voy. ci-dessus, p. lo.

Sheffield, Lord Slanhope, Sir Edouard Cecil ^'^ Sir Olivier Cromweliw, et Sir Thomas Gates ^^^

En dernière analyse, de cet acte de 1609 ^^ s^ura tout ce qu^l importait de retenir ici, si Ton obsene encore que rien, dans ses termes, ne modifiait la condition des colons ordinaires ^^\

Les descriptions favorables de la colonie, qui continuaient de se répandre, les nouveaux privilèges que la charte nouvelle accordait, le patronage des nouveaux membres qu'elle nommait, les uns venus de l'aristocratie nobiliaire , les autres pris dans les rangs des divers corps d'arts ou de métiers, accrurent singulièrement les forces de la compagnie : la faveur de la société élégante et celle du peuple furent également acquises à une recrudescence d'efforts. Même les titres fastueux dont la compagnie décora ses grands dignitaires purent n'être pas sans influence sur ce regain de popularité. Comme si un véritable empire eût été déjà créé dans le Nouveau Monde, on vit établir un capitaine général, homme de haute noblesse et de caractère distingué, Lord Delaware, un lieutenant général, Sir Thomas Gates, un amiral, Sir Georges Somers, un vice-amiral, le capitaine Newport, un grand maréchal, Sir Thomas Dale, et un connétable, Sir Francis Weinman. Tous pourtant habitaient l'Angleterre, et un seul, Newport, avait visité la Virginie ^^^

Quoi qu'il en soit, les efforts redoublèrent aussitôt, et une expédition considérable fut immédiatement préparée, qui se composa de cinq cents personnes partant sur neuf navires.

(*) Sans doute de la famille de Roberl ^^' Sur la charte, voy. eDcore Mar-

Cedl, le rival de Raleigb. Gomp. Ban- sball, 4o-69; Slory, I, ao; Bancroft, I,

croA, I, i36, et Laboulaye, I, 63. i35-i36; Murray, I, io5-io6; Hougfa,

^*^ Apparemment de la famille du pro- II, 699. — Plus spécialement sur la

tecteur. Ce dernier, comme on sait, na- condition des coIods, comp. Slory, 1,

quiten 1699. 90.

(') Ci-dessus, p. 16, et ci-après, (^) Sparks, II, 335-336; Bancroft,

p. 96-97. ^^^ '® conseil, voy. Tacte, I, 137; comp. Marshall, â 9. loc.cit,, II, 189^1 et 1898.

±k NOTICES HISTORIQUES.

Quelques-uns dos émigrants emmenaient leurs femmes et leurs enfants; derechef pourtant un nombre trop considérable étaient de triste engeance, impatients de toute autorité, et plus propres à tout détruire qu'à rien fonder ^^l Smith gouvernait, lorsque la nouvelle expédition atteignit la Virginie, après un ouragan où plusieurs de ceux qui avaient voulu la suivre paraissent avoir péri. A force d'énergie, il fit accepter aux colons nouveaux son utile autorité, et sut tourner à bien des éléments médiocres. Mais, au début de l'automne, une blessure qu'il avait reçue d'une explosion de poudre, l'obligea à regagner l'Angleterre. Il laissait la colonie dans une prospérité relative : on y voyait quatre cent quatrevingt-dix colons, dont cent étaient des soldats instruits, trois navires, sept bateaux, vingt-quatre pièces de canon, trois cents mousquets et armes diverses, des munitions, des outils, des vêtements en abondance, une grande quantité d'animaux et de provisions.

Tant de soins furent mal récompensés. Smith revint sans honneurs, peut-être sans remerctments. La compagnie lui sut moins gré d'avoir sauvé la colonie de la ruine, qu'elle ne lui garda rancune de n'en avoir pas fait un Etat riche et puissant. Le développement des possessions espagnoles de l'Amérique du Sud la froissait. Puis elle n'avait pas perdu tout espoir de découvrir les fameuses mines d'or de la Virginie ^*^^ A la croire, les Indiens les connaissaient à merveille, et, si Smith, plus crédule, avait toujours usé envers eux d'une politique plus douce et plus persuasive, ils les eussent montrées. C'était donc une offense irrémissible de n'avoir ni découvert ces mines ni même tenu leur existence pour certaine. Ainsi la compagnie, qui plus d'une fois avait rendu dilTicile l'administration de son utile serviteur, ne vit pas sans un certain plaisir qu'un accident l'eût contraint de déposer le pouvoir, jusqu'à ce

^'> Voy. ci-deMU8, p. 7-8, 18-19. — (*^ Voy.ci-dessiw, p. /i-8, 18-19.

VIHGINIK. 2.'.

que les événements eussent montre^ tout le prix des services dont la colonie venait d'être privée.

A peine Smith était-il parti que les Indiens reprirent les hostilités, les colons désertèrent le travail, la famine prévalut, et en six mois les habitants d'origine européenne se trouvèrent réduits de quatre cent quatre-vingt-dix à soixante. L'arrivée d'un convoi de provisions et de nouveaux colons empêcha seule le départ de ceux des anciens qui survivaient. Le capitaine général, lord Delaware ^'^ chef du convoi, rétablit l'ordre et quelque confiance; mais son administration fut courte; la maladie le fit partir avant la fin de l'année 1610. Le grand maréchal, qui le remplaça, Sir Thomas Dale'-^ militaire d'une expérience consommée et d'une grande énergie, laissait en Angleterre la compagnie inquiète des lenteurs de la colonisation. S'il trouva la colonie encore faible et languissante, d'une part les ressources naturelles du pays l'émerveillèrent, et de l'autre il pensait sans doute avoir la puissance d'obliger les colons à les utiliser: le trésorier de la compagnie. Sir Thomas Smith, avait composé, de sa seule autorité, toute une série d'instructions où le nouveau gouverneur pouvait trouver les moyens de gouvernement les plus violents, et la charte de 160.9 elle-même paraissait autoriser l'usage immédiat de la loi martiale ^''^ Aussi Dale adressa-t-il à la conjpagnie les encouragements les plus vifs : c^ Laissez-moi, écrivait-il notamment, recommander à votre sollicitude la continuation et la grandeur de cette affaire. Vos bourses ne sauraient s'ouvrir, ni vos efforts être employés à une entreprise plus méritoire. Prenez quatre des meilleurs royaumes delà chrétienté, et mettez-les ensemble, ils ne pourront en aucune façon être comparés à ce pays pour la bonté et les avantages du sol^*^.» Ce ne furent point des paroles perdues. Immédiatement la

•) Voy. ci-dessus, p. 98. Baocroft, I, i49-i43; Murray, I,

'*^ Jhid, 109.

^' Voy. l'acle, /or. cit.. Il, 1901; ^*^ ;\W Life 0/ Virginia; Mauacku-

compagnie prépara un nouveau convoi, que devait conduire Gates, le premier lieutenant général établi sous la charte de 1609, le premier personnage nommé dans celle de 1606, et l'un des membres du conseil désigné dans celle de 1609 ^^K Six navires, trois cents émigrants , et cent tètes de bétail composaient le convoi.

Gates n avait pas fait voile qu'une nouvelle charte était accordée par le roi à la compagnie , le 9 3 mars 1 6 1 1 ^^^ Les raisons , qui déterminèrent Jacques V' à la donner, paraissent avoir été les suivantes. Au delà de deux cents milles des côtes, entre le 4 1* et le 3 o* degré de latitude nord, quelques tles avaient été découvertes, et d'autres semblaient devoir l'être, dont la possession et la colonisation importaient pour la sécurité de la Virginie et le développement de son commerce ^^^ En second lieu, des membres de la compagnie négligeaient ou refusaient de fournir leur apport ^^l En troisième lieu , des colons engagés s'obstinaient à ne vouloir pas quitter l'Angleterre, ou désertaient la colonie sans autorisation ^^l D'autre part, ces colons, et quelques-uns que les autorités coloniales avaient chassés, manquaient de respect au conseil de la compagnie, quand celui-ci les citait h comparoir devant lui, ou commençaient à ré-

iêtti hiêlwicnl coUection, VIH, 901 ; cité par Bancroft, l, i/i;î; voy. d'ailleurs BaDcrofl, I, i/i«-i'i3, et Miirray, I,

^'> L'acte de 1606, loc. cit., Il, 1889, el celui de 1609, ibid.y II, 189/î et 1898; aussi ci-dessus, p. 16 et a 3.

(') Cette charte est dite de 1611- 161a dans Touvrage de M. Poore, et dans celui de M. Hough. Marshall la dit faite en mars 1619, et Story simplement en 1613. M. Bancrofl la lient pour octroyée le la mars de cette dernière année. Yoy. Poore, II, 190a; Hough, II, 6a a; Marshall, 67; Story, I, ao; Bancroll, I, i/î5. Cependant, le millé-

sime est détei*miné par les dernières lifrnes du texte même de la charte, où Ton voil que Jacques l" Toctroya , la neuvième année de son règne sur F Angleterre, la France et rirlandc,et la quarante-cinquième année de son règne sur rÉcosse. L'acte dans Poore, II, 1908.

Comp. les actes de 1606 et de 1609, loc.cit,,\l, 1888-1893, et 1893-1909, et voy. ci-dessus, p. 1 6 et 19.

W L'acte, loc. cit., II, 190a. Il s'agissait particulièrement des Bermudes.

Marshall, 67; Bancrofl,!, i65; Murray, I, 109; Hough, II, 6aa.

(*) L'acte, loc. cit., II, 1905.

'>' Jhid., H, 1906.

VIHGINIE. 27

pandre dés bruits calomnieux et fâcheux sur la colonie et son {[ouvernement ^^K La compagnie se plaignait encore de n'être associée à l'administration de ses établissements que par l'intermédiaire d'un conseil dont la nomination seule dépendait de la majorité des associés ^"^K Enfin, les deniers de ces derniers ne suffisaient pas aux dépenses nécessaires ^^l

Afin de réprimer la violation de contrats formels et la propagation de fausses nouvelles, la charte de 1611 édicta des mesures qui seront exposées ailleurs. Tout ce qu'il importe de retenir ici de ses dispositions, c'est qu'elle ne modifia point la condition politique des colons ordinaires ^^' ; qu'elle donna à la compagnie la propriété du sol de toutes les îles sises entre le 4i*et le 3 o* degré de latitude nord, en deçà de trois cents lieues des parties du continent déjà concédées aux associés ^^^ ; qu elle confia le gouvernement de la colonie à la compagnie entière, désormais requise de tenir des réunions de ses membres, quatre fois l'an, à jours fixes, pour régler les affaires les plus importantes, et au moins une fois par semaine, pour expédier les affaires courantes ^®^; enfin, qu'elle autorisa la compagnie à ouvrir des loteries ^'^K

Gates arriva dans la colonie le 3 1 août 161t. Il prit aussitôt le gouvernement en main, et inaugurait son administration par rétablissement du régime de la propriété privée. La compagnie allait demander à l'intérêt personnel une somme de travail que les efforts inouïs de quelques hommes de haute valeur n'avaient pu obtenir, si ce n'est par moments, de la persuasion ou de la force, ce La sainteté de la propriété privée était reconnue dès lors la plus sûre garantie de l'ordre et de l'abondance ^^^ »

^') L*acte, he.ciL, If, 1907-1908. ^•^ L'acte, loc. cit., U, 190^-1905.

^*) /6û/., 1903- 1904 ;MmTay,1, 117. ^'^ Ihid,, II, 1907-1908. — Voy.

■^) L'acte, loc, cit. , II , 1 907-1 908. d'ailleurs sur l'acte : Marshall , ^7 ; Ban-

^^) Ibid., 1909-1908, pauim; Story, croit, I, i65-i66; Murray, 1, 109,

I, 90; Bancrofl, I, i/j5. 110-117; Hough, II, 699. *' L'acte, /oc. «(.,11, 1903-190/1. •^ Bancrofl, 1, 1 A 5.

28 iNOTICES HISTORIQUES.

L'ordre et la prospérité ne tardèrent pas en effet à prévaloir. Mais, si rien ne contribua plus à les créer que là suppression de la communauté des biens, cependant d'autres causes ne furent pas étrangères à cette œuvre. L'accroissement des possessions et des pouvoirs des associés, et le renom de fertilité qu'avaient les tles. dont l'acte de 1611 rendait la compagnie maîtresse, donnèrent à celle-ci une popularité nouvelle, qui touchait à l'enthousiasme. Les poètes les plus goûtés prédisaient le succès. Il parut certain. Les offrandes volontaires ne firent donc pas défaut. Puis, les loteries, jusqu'à ce temps presque inconnues des Anglais, vinrent encore augmenter les subsides. L'usage en devint fréquent. Après quelques années, sans doute, il perdit faveur. Un grand corps de l'État, la Chambre des communes, sinon la masse même du peuple, en vit les inconvénients et les abus, et en demanda l'interdiction, que le roi prononça au cours de l'an i6q 1. Mais ce genre de jeu avait déjà procuré à la compagnie 99,000 livres, singulièrement utiles, si bien que l'on crut pouvoir appeler les loteries ^le véritable aliment dont la colonie s'était nourrie ^^^w D'autre part, le développement de la culture du tabac attira l'immigration, et fut pour tous les colons une source permanente de richesse.

La compagnie s'était vainement efforcée de trouver l'or et le fer, de planter la vigne, de produire la soie, de lutter avec les populations riveraines de la Baltique pour la production du savon, du verre, du goudron, lorsque l'Angleterre se mit à réclamer des envois considérables de tabac. Les aventuriers envoyés en Amérique par Raleigh avaient vu les Indiens fumer; ils les imitèrent; Raleigh fit de même; de nombreux personnages de la cour suivirent son exemple; et de la cour l'usage passa au peuple. Vainement Jacques 1"^ écrivit un pamphlet contre la plante ce vile et nauséabonde qui tendait à corrompre le corps et l'esprit de Thomme ^^K » Vainement

^'^ Marshall, 67; Murray, 1, 110. — ^*) Marshall, 5a; Mnrray, I, 1 1 /i ; Laboulaye , 1,76.

elle fut attaquée devant le Parlement. Vainement la compagnie elle-même interdisait, par une clause des concessions de terre, d'en faire le principal objet de la culture. Rien n en put empêcher la vogue. Peu à peu la consommation devint grande, la demande pressante, Tardeur des colons h la satisfaire très vive. Le tabac était planté jusque dans les rues de Jamestown, cl plus d'une fois les colons pensèrent mourir de faim te faute d'avoir cultivé le grain nécessaire à leur subsistance ^'^.w Ce fut surtout à compter de 1 6 1 5 que la production se développa : dans la seule année 1619, 30,000 livres de feuilles furent exportées, dont la vente rendait à la colonie 3,ooo livres sterling.

Dans la même année, 1619, l*âdiT)i<)islration de la compagnie et la condition des colons ordinaires subirent de grands changements, qui furent à coup sûr fort utiles à la colonisation. De- |)uis 1613, des réunions générales des associés étaient tenues chaque semaine. Souvent on y voyait jusqu'à deux ou (rois cents personnes. La surveillance devint plus active, et l'investigation plus minutieuse ne laissait plus échapper les occasions de plainte. Peu à peu un parti d'opposition se forma, réclamant des réformes radicales pour redresser des griefs qu'il jugeait désastreux. Tandis que l'amitié la plus solide ne présidait pas toujours aux relations entre les Indiens et les colons, la compagnie avait déjà dépensé 80,000 livres sterling, peu de constructions s'étaient élevées, un vingtième à peine des colons transportés survivait, et la colonie ne comptait guère plus de six cents habitants de race blanche. Les progrès de l'entreprise, dès lors certains, qiioi(|ue récents, ne satisfaisaient point l'opposition. Par- dessus tout elh^ se préoccupait de la difficulté du recrutement des colons ordinaires qu'elle attribuait à la rigueur de leur condition. Gomme on sait, les chartes de 1606, de 1609 et de 1611, les avaient laissés à la merci de

*' Laboulaye, I. 7O.

30 iNOTICES HISTORIQUES.

ia compagnie, cl le trésorier Smith s'était avisé, en 161 1, de les soumettre aux règlements les plus despotiques ^*l Deux gouverneurs, Dale et Gates, le premier en 1611 et de i6i& à 1616, le second de 1611 à 161/I, paraissent avoir négligé les instructions de Smith pour gouverner avec une douceur relative. Il n'en fut pas de même du capitaine Argall appelé au gouvernement en 1617, marin audacieux, habitué à exercer sur mer une autorité absolue, qui devint bientôt, peut-être malgré de bonnes intentions, le tyran et l'effroi des colons, dont les doléances furent vives. Or, à ce moment, en 1619, les opposants parvenaient à être la majorité dans la compagnie. Des décisions immédiates et importantes suivirent ce revirement. Smith dut céder sa place à Sir Edwin Sandys, personnage bien différent, nommé comme lui dans la charte de 1609 ^'^\ et Argall la sienne au doux et populaire Sir Georges Yeardley, déjà connu favorablement des colons par un exercice intermédiaire et court des fonctions de gouverneur. Des descriptions favorables de la colonie furent faites, des offres séduisantes publiées. La remarquable fertilité du sol fut hautement vantée. Quiconque possédait des actions de la compagnie pour une valeur de la livres et 10 shillings, devait pouvoir réclamer 100 acres en Virginie, et par l'occupation de ce premier lot de terres acquérir droit à un second lot de même étendue, tandis que toute personne émigrant à ses propices frais recevrait 5o acres soumis, après sept ans de possession seulement, à une redevance insignifiante. Surtout Yeardley put, à son arrivée dans la colonie, annoncer que «les lois cruelles qui avaient si longtemps régi les anciens planteurs étaient désormais abrogées, et que les colons seraient gouvernés désormais selon les lois de liberté sous lesquelles les sujets de Sa Majesté vivaient en Angleterre ^'l » Il put même, sans être désavoué par la compagnie, ordonner

^'> Ci-dessus, p. aTi. — ^^) L'acUs loc. cil,, ii, i8i)4. — ^-^^ Bancrolt, 1» i5;i-i5/i.

ctqu^adn d'associer les planteurs à leur propre gouvernement, une assemblée générale serait tenue une fois l'an, à laquelle assisteraient le gouverneur et son conseil, avec deux bourgeois ^^^ de chaque plantation ^^\ librement élus par les habitants, et que cette assemblée serait habile à faire et à établir pour le bien des planteurs toutes les lois et les ordonnances qu'elle estimerait bonnes et utiles ^^^.w Le vendredi, 3o juillet 1619, la première réunion eut lieu ^^\ C'est ainsi que la puissance législative fut communiquée aux colons de la Virginie, qui ne voulurent plus se la laisser enlever. Exaspérés par les violences d'Argall , ils l'avaient apparemment demandée à la compagnie. Celle-ci sans doute autorisa Yeardley à la concéder au besoin. Au moins est-il certain que la compagnie en toléra l'exercice, et que cette association des colons à leur propre gouvernement, si pleine pour eux de garanties et de promesses, dut contribuer singulièrement à l'augmentation rapide et toujours croissante du nombre des immigrants.

Dans la seule année 1619, 011 les réformes qui viennent d'élrc indiquées furent accomplies, douze navires, variant de 70 à 3 5o tonneaux, amenaient i,q6o colons nouveaux, le double du nombre des anciens qui survivaient. En i6âo, 800 immigrants arrivaient, et tout ensemble, de 1619a iGai, i,5oo têtes de bétail et 3,670 colons débarquaient dans la colonie. Ceux-ci n'étaient plus les aventuriers de la première heure, insubordonnés, dissolus, pares-

(*' Les représentants du peuple onl eu dès Torigine, et ont retenu, en Virginie, le nom de bourgeois (rburgesses.?) Bancroft, 1, i5/i;conip. Washington Irving, Life ofWaihingUm, édition de i863, I, a56-a8a.

(*) La plantation parait avoir été une petite aggloniération d^élablissemenls agricoles, une sorte de village.

(') Citation faite par Baucron^ I , i36.

Comp. Marshall , 5& ; Story, I , a 1 ; Hough , II, /îas.

<*) Cette date est donnée par Bancroft.

Marshall fixe la réunion au 19 juin 1619; Hough, an 3o juin de la même année; M. Laboulaye, comme Story, ne mentionne que Tannée 1619. Voy. Bancrofl, 1, ibh; Marshal, 56; Hough, 11, 43 3; Story> I, ai( Laboulaye, K 85-86.

seux, désireux avant tout de trouver aisément des monceaux de métaux précieux, et aussi pressés de quitter la colonie, quand la recherche des trésors n'aboutissait pas assez vite, qu'ils avaient été facilement prêts à s'y rendre. Désormais de nombreux cultivateurs se rendaient en Virginie, quelques-uns suivis de leurs familles, la plupart disposés à tenir ce pays pour le leur, à s'y établir sans esprit de retour, et à y faire souche. On vit même des femmes c^ d'éducation vertueuse, jeunes, belles, et bien recommandées ^'\ y^ venir, en véritables convois, s'associer aux dangers et aux labeurs de la colonisation : un premier convoi de 90 femmes atteignit la colonie en i()i9> et un autre de 60, en i6qi. .

Dès iGso, le succès dépassait les espérances de la compagnie; de nouvelles réformes le firent bientôt plus grand encore et plus durable. A en croire l'historien Marshall, dans l'année iGso même, la compagnie, qui avait eu jusqu'alors le monopole du commerce colonial, y aurait renoncé ^'^^ Surtout, le a 4 juillet i6q 1 ^^\ elle donnait à la colonie une véritable constitution écrite, où, validant les actes de Yeardley, elle attribuait aux colons, dans un titre solennel et exprès, une part importante du gouvernement ^*l Les dispositions de cette constitution seront exposées ailleurs avec soin. Il suffira de dire ici que les pouvoirs étaient confiés à un gouverneur, assisté d'un conseil d'Etat, et à une assemblée législative; que la compagnie nommait le gouverneur et le conseil; que l'assemblée législative se composait du gouverneur, du conseil et des représentants électifs des colons; que les lois faites par cette assemblée n'étaient pas valides sans Tassenti-

(') Baocrofl, 1, 157. Pinjuslice, les (rriefs el Puppresiiioii. *i ^') Marsbali, 56. Voy. Pacle daos Uazard, I, 1 3 1-1 33. '^^ BancroU, I, i58. L.e lexte porte i*) Mar9htll,56-57;$lorY,1, 31; Banque la coostilulion avail pour objel de croit, I, j58; Hoiigh, H, 'i^n\ Labouprocurer trie confort el le bénéfice le laye,l,86. plus ijrand du peuple, el de prévenir

ment de la compagnie» ni les ordonnances de la compagnie sans l'adhésion de l'assemblée ^^K Ce nouvel acte accélérant les progrès de la colonisation, dès i6â3 les établissements s'étendaient jusqu'au Rappahannock et au Potomac, et, tandis que le gouverneur avait suffi précédemment à rendre la justice avec l'assistance de quelques hauts fonctionnaires siégeant à cet effet à Jamestown , des cours de justice durent être établies en divers autres lieux.

Ce fut vers 16352 que le succès parut, à bon droit» définitif. De nombreux colons avaient acquis des terres plus ou moins considérables. L'établissement du régime de la propriété privée les intéressait à cette culture du tabac, éminemment facile, lucrative, et sans rivale, dont ils avaient fait une heureuse expérience. Leur participation à l'œuvre législative les défendait des lois despotiques et arbitraires. Leur nombre était tel dès lors, que ce n'eût pas été, en ce temps, h une pareille distance de la métropole, une entreprise très facile de les dépouiller de leurs privilèges. Personne, d'ailleurs, n'avait grand intérêt à la tenter. La colonie pouvait donc souffrir des événements inséparables de l'existence de tout État, inégalité occasionnelle des récoltes, contagions, hostilités de voisins, luttes départis; mais, dans son existence même, elle ne devait plus être sérieusement menacée: elle avait assez d'attraits pour retenir les gens qui l'habitaient, et pour attirer sans cesse de nouveaux immigrants.

La compagnie de Londres ne dura pas autant que son œuvre. Le roi, qui ne donnait d'abord, sous les chartes de 1609 et de 1611, qu'une attention distraite à la colonie, quand celle-ci ne prospérait point, se prit à vouloir la gouverner sans l'intermédiaire des associés, lorsque la prospérité en fut certaine. Ce n'était pas seulement qu'il eût une satisfaction de vanité à prendre l'administration directe d'un pays dont la tournure devenait celle d'un

^'^ Marshall, 56-07; Slory,I,a:î; Banci-olt, I, 108-159; Nfurray, I, iiG-117; Hoiigh, Il , /i2â: Laboulaye, I, 86-87.

véritable Élat; il voulait encore, dans le gouvernement même de la métropole, détruire Tinfluence des associés que leur prospérité récente paraissait avoir enflés. Les convocations du parlement étaient rares, les réunions de la compagnie fréquentes ^^^. Le nombre des associés ne s'élevait pas à moins de mille , et Ton en voyait souvent deux cents au moins réunis. Parmi eux plusieurs membres influents du Paiiement siégeaient, et l'opposition retrouvait une tribune où elle discutait, avec les actes de la compagnie, la politique générale. Gomme ils se divisaient le Parlement lui-même, les amis et les ennemis de la prérogative royale se divisèrent bientôt les assemblées des associés. Le parti libéral finit par l'emporter. La majorité n'hésitait guère à condamner les actes de la couronne les plus indifférents à la compagnie; à plus forte raison voulut-elle défendre contre tout empiétement ce qu'elle tenait pour ses droits et ses privilèges; même elle vint presque à ne supporter patiemment aucune ingérence du roi dans les affaires de l'association. En trois occurrences surtout, Jacques I*^ la trouva particulièrement indocile. En i6âo d'abord, et de nouveau en i6ââ, les suffrages se détournèrent des candidats qu'il présentait pour le haut emploi de trésorier. Vers le même temps, sans doute sous le coup de besoins pressants, il essaya vainement de se faire payer, au prix de q 0,000 livres sterling, l'achat du monopole, et peut-être la suppression des taxes qui grevaient la vente du tabac. A leur tour, ces querelles, en quelque sorte intimes, et cette force de résistance ne présageaient pas une grande souplesse des sessions futures des chambres. Le roi ne tarda donc pas à ne voir dans la compagnie que (de séminaire d'un parlement séditieux ^^\ n et il conçut le dessein de la supprimer.

(^) La charte de 161 1, dans Poore, II, deur espagnol à la cour de Londres, Goo-

1906-1905; comp. Laboulaye, I, 9a. àemhv,Newde$cnpûon,Ma»»achu$eii9hi9-

''^ Murray, I, i a a. Celle appréciation lorical collection, cite par Bancroft, I,

fui, «lil-on, donnée au roi par Tainhassa- 1 8(>; comp. Laboulaye, I, 92.

VIRGINIE. :i5

Sur ces entrefaites, une catastrophe atteignit les colons, qui servit le dessein royal. En exécution d'un complot habilement préparé, les Indiens, dans la journée du nâ mai iGsâ, attaquèrent la colonie, et, avant que la défense pût être tentée, firent Sfiy victimes. Une heure suffit au massacre. Les colons survivants effrayés, se resserrant pour se mieux défendre, réduisirent leurs établissements de quatre-vingts à huit. La culture fut négligée. Dans les ag^omérations trop denses, la famine et la contagion prévalurent. Peu à peu, plusieurs, découragés ou consternés, reprirent la route de l'Angleterre. En une année, la colonie vit le nombre de ses habitants décroître, par la maladie et la fuite, de Â,ooo à â,5oo.

L'émotion fut grande dans la métropole, l'opinion prompte è Imputer le massacre à la négligence ou à l'imprudence de la compagnie, et le roi d'encourager, loin de la combattre, cette disposition des esprits. Soudain, le 9 mai 1622 3, il charge sept personnages de distinction , dont quelques-uns sont choisis parmi les membres du corps judiciaire, de faire une enquête sur tous les actes des associés. Les registres et les papiers sont saisis et examinés. Parmi les principaux témoins à charge comparait le capitaine Smith, qui n'hésite pas à soutenir que le succès de la colonisation eût été plus complet, si les gouverneurs avaient été moins souvent changés, les hauts emplois de l'association moins nombreux et moins lucratifs, l'administration confiée en Angleterre à un nombre d'individus moins considérable, le sentiment de l'intérêt personnel chez les associés moins développé. Smith pourtant n'incrimine guère que les actes dont lui-même a été jadis le témoin. Mais c'est l'intention intéressée du souverain que les époques soient confondues: et, au moment où la critique est due tout au plus à l'imprudence des autorités locales de la Virginie, la nouvelle majorité des associés, après avoir travaillé avec ardeur el sans relâche à la prospérité de la colonie, va payer le»

36 iNOTICES HISTORIQUES.

fautes de la majorité précédente. Sur les conclusions conformes de la commission d'enquête, le roi propose à la compagnie de rendre la charte de 1 6 1 1 , h laquelle il offre de substituer une charte nouvelle oii il se réserve la nomination des principaux fonctionnaires, et, en réalité, l'exercice effectif du pouvoir. Une première assemblée rejette la proposition par 1 1 q suffrages contre 8; une seconde, moins nombreuse, tenue peu de jours plus tard, réitère le rejet par 70 voix contre 9. Aussitôt une ordonnance de quo warranto est émise, et une commission d'enquête envoyée jusqu'en Virginie ^^\ Les enquêteurs semblent avoir refusé de montrer leurs commissions, et n'avoir pu, en cet état, obtenir que les registres de la colonie leur fussent communiqués. A coup sûr ils essayèrent vainement de faire que ses habitants demandassent eux-mêmes la révocation de la charte. Les colons ne voulaient se plaindre ni des actes récents des associés ni de la charte elle-même. Spécialement, si cette dernière ne leur conférait aucun privilège, elle n'avait pas empêché la compagnie de leur octroyer de grandes libertés ^^^. Ce qui importait par-dessus tout à l'assemblée coloniale, c'était simplement que ces libertés fussent maintenues. j\fais aucun signe ne faisait pressentir que la compagnie se proposât de les retirer. Les députés se bornèrent donc à prier que les gouverneurs n'eussent pas une puissance absolue, et que l'usage fât conservé des assemblées représentatives, «tcar rien ne pouvait contribuer davantage au bonheur et à la prospérité publique ^^^ ?» Puis, ù la faveur de la querelle qui divisait le roi et les gens de Londres, ils développèrent leurs privilèges par plusieurs lois importantes, dont la principale défendait au pouvoir exécutif de lever

^'' On sait que Tordonnance de guo sonnes pour exercer une fonclioD ou ac-

wairanto esl celle par laquelle une juri- complir un acte dclemiinë. diction compétente, en vue de faire ces- ^^' Voy. ci-dessus, p. 3â-33.

ser une condition irrégulière ou illégale, ^^^ Comp. Banc;ofl, I, 189; Labou-

enjoint de produire les litres ou raisons lâye, I, 93-93. qu^a une personne ou un corps de per-

des impôts dans la colonie, ou de faire emploi des deniers publics, sans Tassentiment des représentants du peuple ^^K Cependant la compagnie implorait vainement le secours de la chambre anglaise des Communes. Bientôt les enquêteurs, rentrés en Angleterre, adressaient leur rapport au roi. A les croire, la compagnie n'avait pas assez encouragé le commerce et la production coloniale; la colonie était-elle objet d'importance nationale , la prospérité n'en pouvait être assurée que par le retour aux dispositions de la charte de 1606 ; la réforme qui avait mis, sous une règle si démocratique, le pouvoir aux mains de tant de gens, ne serait jamais propre qu'à créer la lutte et le désordre. La cause était dès lors jugée : à la session de la Trinité, en juin 162/1, les juges nommés parle roi, et amovibles à son gré, annulant la charte de 1611, avec toutes les lettres patentes octroyées à la compagnie, prononcèrent la dissolution de celle-ci.

Ainsi tomba la compagnie de Londres : elle avait dépensé i5o,ooo livres sterling, et transporté en Amérique, sans le secours du gouvernement de la métropole, plus de 9,000 colons; mais les exportations de la colonie ne dépassaient pas s 0,000 livres par an, et la population venait d'être réduite à 1,800 personnes environ. En dépit des efforts énergiques tentés, des progrès réalisés depuis quelques années, et du caractère tout accidentel de la catastrophe récente, qui, pour un temps seulement, enrayait le succès, l'Angleterre parut estimer que la compagnie, déchirée par les discordes intestines, et gênée par l'opposition du roi, n'aurait pas eu, si elle avait subsisté, la force de maintenir et de développer son œuvre. L'espoir que l'on avait de voir une action , qui semblait désormais incertaine ou impuissante, utilement remplacée par le haut patronage de l'autorité royale, fit oublier à quel point les juges avaient méconnu la justice et le droit. La

') Marshall, 69-63;Bancroft, 1,190.

chute de la compagnie n'inspira donc à la métropole ni regreU ni sympathie. Dans la colonie même , elle fut considérée d'un regard presque indifférent : peu importait le changement du maître, pourvu que les droits des colons subsistassent , dont rien ne faisait craindre la violation. Plus tard, et de nos jours encore» elle a été envisagée d'une autre manière, et l'iniquité intrinsèque de la décision judiciaire, sous laquelle la compagnie de Londres succomba, sévèrement condamnée ^^^ Si d'ailleurs aucun écrivain moderne, à notre connaissance du moins, n'a souhaité que la compagnie eAt été éternelle ^^\ l'historien M urray, lui, n'hésite pas à conjecturer que le roi aurait bien servi l'intérêt de la colonie en laissant les associés continuer, pendant quelques années, leurs énergiques efforts ^^^. L'association dissoute , la colonie passait sous la haute direction du roi. Dès le mois de juillet 1 6 â & , une proclamation royale interdisant les réunions des associés, ordonnait qu'une commission composée, pour partie, de membres du conseil privé, s'assemblât chaque semaine, afin de délibérer sur les affaires de la colonie. Puis le roi confiait le pouvoir exécutif, dans la colonie, à un gouverneur assisté de douze conseillers, et se réservait le choix de tous. L'acte de nomination, ou, pour l'appeler de son nom technique, la commission royale ^^\ qui instituait ce gouverneur et ce conseil, n'indiquait pas que l'usage des assemblées de représentants dût être conservé. De cette omission quelques auteurs ont trop promptement conclu que le roi le voulait abolir, pour investir le gouverneur et le conseil eux-mêmes d'une puissance générale

'*) Slory, 1, 29. -*^ Tout acte émané du roi, qui cun- ^') Murray, I, i34. Voy. les dévelop- liait une mission à une personne ou à pements donnés par M. Labouiaye à celte des personnes déterminées , portait le nom idée qu'une compagnie de colonisation de commission. Plus particulièrement on «est le pire des souverains; car elle ne nommait ainsi les actes du roi qui donsonge qu'à exploiter ses sujets. ** Labou- naient aux gouverneurs le pouvoir, on laye, I, 98. des instructions pour IVxercice du pou- ^^) Murray, I, ia6. voir.

et absolue ^*^. Les termes de Tacle repoussent cette interprétation : le seul droit conféré sur la colonie était celui de gouverner avec toutes les attributions et les prérogatives que le gouverneur et le conseil avaient pu avoir dans les cinq dernières années, la période même pendant laquelle le régime représentatif avait prévalu ^^^ Les intentions conciliantes du souverain se révélèrent d'ailleurs très nettement par le choix bientôt fait des principaux fonctionnaires. Le dernier gouverneur qu'avait nommé la compagnie, ami ardent de celle-ci» Sir Francis Wyatt, conserva sa charge» et ses conseillers furent choisis sans esprit de parti. Le roi cependant entendit se réserver le droit qui appartenait à la compagnie» sous la constitution de i6âi, de légiférer pour la colonie» è l'égal des représentants des colons. Eût-il soumis au Parlement, ou, comme la compagnie aurait été tenue de le faire» h l'adhésion de l'assemblée coloniale, les lois composées en Angleterre ^^^î C'est une question insoluble. Il se hâta de conmiencer, mais une mort rapide l'empêcha d'achever toute une législation nouvelle qu'il destinait è la Virginie, et de laquelle on a pu dire que» si la vanité et l'imagination de l'auteur devaient en être satisfaites, les colons, eux, en auraient tiré peu de réels avantages ^*l

La Virginie fut dès lors soumise k une forme de gouvernement dont la nature sera mieux définie plus loin ^^\ Il suffira de dire ici que les principaux attributs de la puissance executive appartenaient au roi ou à des fonctionnaires qui recevaient de lui leur mandat, et qu'une assemblée législative, dans laquelle le peuple avait des représentants, participait à l'administration de la colonie. C'était la condition de province royale. La Virginie la conserva presque sans interruption jusqu'à l'affranchissement des États-Unis. Elle eut

>) Marehail, 63-66; Story, I, a3; '-^^ Voy. d-dcMu», p. 39-33.

Sparks, II, 38? ; Hough, II, 423. t*^ Slory, I, a3.

**) Bancrofl, I, i93;Murray, I, ia4. '*- Voy. ci-aprèfl, partie III du livre I, Voy. Tacte dans Haxard , I , i gti .

hO NOTICES HISTORIQl ES.

pourtant, pendant une courte période, une condition différente qu elle n'avait pas désirée, et elle en demanda une également différente, qu'elle ne put jamais obtenir.

Les circonstances où se produisirent ces péripéties méritent d'être rapportées. Charles II ne refusait rien à ses courtisans. Une caricature de l'époque, faite en Hollande, les représentait vidant les poches de leur raattre. En vérité, il les gratifiait non seulement d'argent, mais encore de pays entiers. S'il en avait eu le temps et le pouvoir, il leur aurait, dit-on, donné l'univers ^^^ Or, vers 166 3, Sir Guillaume Berkeley, alors gouverneur de la Virginie, Glarendon et six autres des principaux favoris et hommes d'État du^jour, se faisaient octroyer un territoire immense dont une partie au moins était située dans les limites de la province, et dont la division aurait attribué à chacun des associés une région aussi étendue que la France. Cette donation paraît n'avoir pas eu d'effet, mais il n'en fut pas de même d'une concession de terres qu'obtinrent bientôt lord Gulpepper, membre du conseil anglais des colonies, l'un des plus rusés et des plus avides parmi les courtisans, et le comte d'Ârlington, seigneur élégant, prodigue, perdu de dettes, beau-père d'un bâtard de sang royal. Immédiatement après l'exécution de Charles I*', le Nprthen-neck ou le pays situé entre le Rappahannock et le Potomac avait été donné à une compagnie de Cavaliers, qui se proposaient d'y créer un refuge de leurs partisans; le titre était demeuré un titre nu; le pays donné, sans occupation des donataires; et déjà Culpepper avait acheté, en 1669, les parts de tous. Le a5 février 1678 , le Roi abandonnait, pour une durée de vingt et un ans, à Culpepper et h Ârlington c(tout le domaine de la terre et des eaux que l'on appelle Virginie ^^\ v C'était de fait la restauration d'une forme de gouvernement que la Virginie elle-même avait connue,

^^^ Bancrofl, II, 69-70. — ^*^ Marshall, iSg; Bancroll, II, aog-aio; Murray, ï, 139; Hough, II, 693; Laboulaye, I, 106.

VIRGINIE. /il

au tem|is des chartes de 1609 et de 161 1, et que subirent, à diverses époques, plusieurs des colonies anglaises du Nouveau Monde, le gouvernement de la colonie par quelques individus, propriétaires de tout le sol. Pouvait-on hésiter à penser que les deux donataires exerceraient sur l'administration une influence immédiate et prépondérante? Même ne devait-on pas prévoir que, le droit succédant au fait, ils seraient bientôt, entre les colons et le roi, les intermédiaires ofiîciels, officiellement investis des principaux attributs de la puissance executive, et éventuellement associés à la puissance législative. Déjà les colons jugeaient intolérable que la donation comprit, comme il arrivait çà et là, la pleine propriété de terres depuis longtemps possédées et défrichées par eux. Mais surtout quel usage serait fait de cette propriété du sol, si le gouvernement passait, avec elle, à deux hommes dont le caractère et les habitudes n'inspiraient aucune confiance? Les réclamations de la colonie ne se firent pas attendre. Une véritable ambassade les porta. Les colons voyaient leur liberté naturelle compromise; ils estimaient des garanties nécessaires pour les protéger contre la levée d'impôts arbitraires et leur assurer la jouissance de ce droit héréditaire des gens de race anglaise, de se donner leurs lois ; ils payaient au roi plus qu'ils ne gardaient du produit de leur travail; ils voudraient être plus utiles encore au souverain et à la métropole; mais ils ne pouvaient supporter la domination de simples sujets comme eux; en vérité, l'heure était venue de les délivrer à jamais de la crainte de tout esclavage ^'l La conclusion fut la demande d'une charte, qui donnât aux colons, organisés en association ou corporation revêtue de la personnalité civile, et le droit d'acheter de Culpepper et d'Arlington la propriété du sol, et sans doute une participation plus grande au gouvernement de la colonie, peut-être, sur la foi de la charte, l'indépendance presque complète du peuple dans l'administration locale, ^■' Marshall, lôg; Bancroft, II, a 10; Murray, I, iSg; Latwulaye, I, 107-108.

fx^ NOTICES HISTORIQUES.

cette forme même d'organisation, que, sous le nom de gouvernement de charte, quelques colonies conservèrent, comme on le verra, jusqu'à la déclaration d'indépendance ^^\ Une année durant, les envoyés furent retenus en Angleterre et bercés de belles promesses, tandis qu'une puissante influence s'exerçait secrètement avec succès à rendre vaines toutes les démarches de l'ambassade. Au bout d'un an, des troubles fomentés dans la colonie offrirent un bon prétexte de refuser la charte promise ^^^ Puis loutes les craintes des colons se trouvèrent justifiées : dès 1676, Gulpepper était nommé gouverneur à vie; en 1677. il prenait l'administration ; la colonie subissait donc le gouvernement des propriétaires. Cette forme fut de courte durée. Gulpepper gouverna avec rigueur, avidité et avarice. Les colons tourmentés, appauvris et exaspérés, réclamèrent de nouveau, en \ 683 , l'annulation du don. Arlington céda bientôt tous ses droits à son associé. Enfin , dans l'année 1 685. quoique ce fût moins sans doute pour protéger les libertés des colons que pour procurer à la royauté tous les avantages d'un exercice plus direct et plus habile de la puissance executive, le roi découvrit quelque moyen judiciaire d'annuler le titre de Gulpepper lui-même. La Virginie redevenait une province royale. Elle ne devait plus cesser de l'être avant 1776.

Sous l'administration directe du roi , instituée pour la première fois, comme on l'a vu, dès 1630, la colonie eut, pendant de longues années, peu de raisons de se plaindre des chefs du gouvernement anglais. Jacques I" et Charles V\ son fils, songèrent plus à tirer profit, en Angleterre, de la vente du tabac produit par elle , qu'à diminuer ses libertés locales. Par la négligence ou l'in-

'^ Voy. ci-après les notices sur les co- 1 09. — Des lettres patentes, accordées le

lonies du Connecticut, du Massachusetts, 1 o octobre 1676 , n^étaient guère qu'une

et du Rhode-Idand; comp. partie III afiirmation de la puissance immédiate de

du livre i. la couronne sur la colonie , et n'octroyaieni

^) Marshall, 169; Bancroft, II, 911 expi'essément aucune franchise politique,

et 933; Hough, II, ^i93; Lahoulaye, I, — Story , I, «3; Bancroa, II, 933.

différence de la Couronne, elles subsistèrent, et les colons furent à ce point reconnaissants qu*à la mort tragique de Charles V' ils n'hésitèrent pas à reconnaître l'autorité de l'héritier légitime du trône. Bien que l'emploi de mesures de rigueur contre le commerce colonial et l'envoi d'un certain nombre de vaisseaux sur les côtes de la Virginie eussent été nécessaires pour faire accepter leur suprématie, le Long Pariement et Cromwell se montrèrent bientôt singulièrement indulgents. On les vit même loiérer que les représentants du peuple nonmiassent le gouverneur, de telle sorte qu un lien de suzeraineté était seul maintenu , où une dépendance autrement étroite eût pu être revendiquée ^\ A Charles II, malgré les bons offices du Long Parlement et du Protecteur, le souvenir de son père et l'influence de nombreux réfugiés du parti des Cavaliers rallièrent les colons, aussitôt que sa restauration fut connue. C'est alors que, mal récompensés de leur fidélité» ils conunencèrent à souffrir vivement des exactions conunerciales de la métropole, et, en particulier, de l'application, sans cesse aggravée et combattue, du célèbre acte de navigation. Sous Jacques II et ses successeurs, la querelle alla toujours s'envenimant. Mais elle n'atteignit pas avant l'avènement de la maison de Hanovre, cet état d'acuité extraordinaire où, de part et d'autre, des violences furent commises, et toutes les règles du gouvernement mises en question, jusqu'à ce que la domination anglaise vînt à y périr. Le rôle que la Virginie joua dans la lutte sera mieux exposé ailleurs ^^K 11 suffit de dire ici que rarement, avant cette dernière période, les privilèges auxquels les colons attachaient le plus de prix subirent des violations ouvertes. Le démembrement fait, en i63â, pour constituer la nouvelle colonie du Maryland, ne paraît pas avoir soulevé une bien longue opposition. L'administration de Culpepper ne fut qu'un accident de courte durée. Auprès de gouverneurs à

t*J Baocroft, I, 995-397; Murray, I, ^*^ Voy. partie ï du livre lU ci-après.

i39-i33;Laboulaye,I,96.

^k NOTICES HISTORIQUES.

tort ou à raison impopulaires, comme Harvey, KiFingham, et, a la fin de leur carrière seulement, Berkeley et Nicholson,on en vit qui surent acquérir, comme Yeardley, West, Wyatl, Andros, Nott et Spotswood, une réelle popularité. Surtout les colons gardèrent leur milice et leur assemblée législative.

La milice, formée des colons eux-mêmes, donnait à ces derniers une force considérable pour résister soit aux colonies des nations rivales de l'Angleterre, soit au gouvernement de la métropole. Si la Virginie n'usa pas des armes contre celui-ci avant la guerre de l'indépendance, les troupes étaient là, organisées par la loi^^^, munies de cadros permanents, prêtes à recevoir dans leurs rangs tous les habitants valides, au besoin facilement appelées à l'activité, et admirablement renseignées sur toutes les ressources du pays. Cette organisation, puissante de bonne heure, dut mettre pendant longtemps, au moins par calcul, qu'ils se l'avouassent ou non, quelque frein aux prétentions des hommes d'Etat anglais. On a vu qu'au moment du départ de Smith, une population de /190 âmes l\ peine comptait 100 combattants armés, disciplinés et aguerris ^^^ En 1671, la milice était de 8,000. En 1680, elle se composait de 8,568, dont i,3oo composaient une troupe de cavalerie. Si, en 1681, Culpepper évaluait même à i5,ooo, par une exagération presque certaine, le nombre des colons soumis au service militaire, cependant, comme l'obligation de servir atteignait tous les hommes valides d'un âge déterminé, la milice croissait constamment avec la population elle-même qui ne cessait de croître. Les personnages les plus influents, notamment les grands propriétaires, tenaient à honneur d'y occuper les premiers emplois (^^. Les occasions de combattre ne lui faisaient pas défaut.

^'^ Voy. Hening, Statute$ of Virginia /io3; lll, 17-aa, 82-86, 99-100, it5,

al large, passim, et notamment I, 137, 119, ia6; IV, 118-136.

176, 176, 191,198,318-919, 955, /ioi- (*J Voy. ci -dessus p. 94.

i^09, 6i)i,595;n, 196,338,30/1,339, '^^ Washington, par exemple, y eut.

Elle avait toujours à surveiller les Indiens et souvent à luiter contre eux^^l Puis, plus d'une fois, elle prêta un secours important à la résistance vigoureuse que les colonies anglaises opposaient aux établissements rivaux , et particulièrement à ceux de la France ^^\ jusqu'au jour où elle prit une part active à la guerre même de l'émancipation. Longtemps la métropole en avait donc vu de bon œil les progrès et la puissance. C'était sa politique de tirer parti de l'Amérique à peu de frais de soldats et d'argent. Ses troupes étaient souvent, d'ailleurs, trop occupées en Europe, pour qu'il fût facile de les envoyer au Nouveau Monde. Rien ne lui semblait plus agréable ni plus avantageux que de laisser le colon défendre , au péril de sa vie, la domination anglaise contre les sauvages indigènes, les Espagnols, les Français, les Suédois et les Hollandais. Si cet arrangement n'était pas exempt de graves dangers, elle l'aperçut trop tard. Quand elle eut, pour le maintien de sa suprématie, à compter avec la milice, celle-ci pouvait accepter la lutte et la conduire au succès.

A coup sûr, comme elle garda sa milice, la Virginie retint ses assemblées législatives sous la domination directe des rois d'Angleterre. La proposition n'est pas contestable pour la période qui, commençant au début de l'administration de Berkeley, en 16&3,

IV, âi-io6, ]8ii-/i6a; Murray, 1, 319- 33o. Voy. encoie, sur les principales liiUes de la Fiance et de TAnj^lelerie en Amérique, Murray, I, 3 1 5-3 19.

Il esl remarquable que, dans riiostililé contre la France, Pardeur des colonies anglaises dépassa parfois celle de la métropole. Les colons allaient jusqu^à accuscr le gouvernement anglais de \oulotr maintenir la puissance du roi de France en Amérique, pour exercer sur eux une domination plus facile. Voy. Murray, 1, 318.319.

avant 177*), le grade de colonel. Voyex Washington Irving, Life 0/ Wathiiifflon, I. 9/1, 190-193.

i" Hough, ir, /ia3. Voy., à litre de simples exemples, sur les combats que la Virginie livra aux indigènes, de 167/1 à 1676, vers 1688 et en 1763 : Marshall, 109; BancroA, II, 915-217; ^y 110-133.

^'J Voy., à litre dVxempies, le récit de Texpédition de 1 6 1 3, et celui de la guerre soutenue de 175^1 à 1763, pour la possession de la vallée de TOhio : Marshall , ôo-5i, 377-350; Bancroft,!, 1/18-1 '19;

à6 NOTICES HISTORIQUES.

ne prend fin qu'à la révolution de 1776. On vil alors les représentants du peuple associés par leur initiative, leur adhésion, ou leurs protestations, à tous les événements importants de Thistoiro de la Virginie. Même pour la période qui s'étend de la mort de Jacques I* à i64a^*\ la controverse, quoi qu'en aient écrit plusieurs auteurs, d'ordinaire bien informés ^^^ ne parait pas aisément soutenable. Les commissions données par Charles I* à Yeardley en 1696, et à Harvey en 1628 et i636, ne diffèrent pas, dans leurs termes essentiels, de celle que Jacques I^ avait remise ou adressée à Wyatt en 162.5 ^^\ En 1627, le roi lui-même prescrivit de tenir une session , dans laquelle devait être discutée l'offre qu'il faisait d'acheter toute la récolte de tabac ^*^ De i63o à i64a, on ne trouve que deux années, i63i et i638, qui n'aient laissé aucun monument législatif, tandis qu'à plusieurs reprises, notamment en iG3o, i63â et i633, deux sessions furent tenues par an ^^l En i635, les colons édictaient même ou révisaient un véritable code de lois^^^, comme ils firent encore plus lard, particulièrement en i6()ù^'^\ Enfin un acte émané de la première assemblée que Berkeley convoqua, et les instructions mêmes que ce personnage apporta d'Angleterre , témoignent de la convocation usuelle d'assemblées législatives ^^^.

Ainsi se perpétua, sans interruption notable, ce privilège ou ce droit de légiférer pour eux-mêmes, qui paraissait aux colons le plus important de tous les droits, et qui, plus que tout autre, contribua à la prospérité de la colonie sous la domination anglaise, avant de servir, de la manière la plus directe, à renverser celte domination.

(•^ Sur la fio du règne de Jacques i*', — Comp. d- dessus, pag. 38 -Sg.

voy. ci-dessus p. BS-dg. ^* BaDcrodt, I, 196-197.

<» Marshall, 6/1-66; Siory, I, 33; (') Baocroft, I, 199.

Sparks, II, 887. Hough parait être du («> ïbid., I, 300.

même avis que les auteurs pn^tës. Voy. ^'^ Ibid., II, aoo.

Il, âaa-Zia^. *^ Bancroft, ï, 199.

^' Bancrofl, 1, 190*19701301.

Ce n est pas à dire que l'existence des assemblées de la Virginie ne fut jamais menacée. Il arriva maintes fois qu'elles se mirent en lutte contre le gouvernement de la métropole. Si des subsides exagérés étaient réclamés, rétablissement demandé de quelque mode trop rigoureux de payer les impôts, des règlements de commerce trop durs envoyés par lui, l'application des lois faite par les gouverneurs d'une main trop lourde, un acte vexatoire quelconque accompli par eux , elles élevaient les réclamations les plus énergiques. Les gouverneurs se plaignaient souvent d'elles , et fréquemment les dissolvaient ^^^ Il n'est guère douteux que la métropole ne les ait souvent jugées importunes et n'ait eu quelque envie de les supprimer. A peine voit-on qu'à de rares sessions elles se soient montrées trop complaisantes ou trop dociles. D'ordinaire le moindre empiétement sur les droits des colons les trouvait prêtes et bientôt occupées à la résistance. Ce fut particulièrement dans cette période où la maison de Hanovre aggrava jusqu'à l'excès sa politique commerciale, que la lutte devint ardente entre elles et la métropole. Ici il faudrait trop citer. A chaque page de l'histoire de la colonie est la trace certaine de ces querelles constantes. Auparavant, sans doute, et de bonne heure, des partis avaient existé sur le sol même de la Virginie. Au moment de la mort de Charles I*', quelques personnes y présentaient déjà des tendances démocratiques ^^\ La faveur du Long Parlement et du Protecteur rendit plus puissant le parti, encore peu nombreux, qui se serait à merveille accommodé , et pour la métropole et pour la Virginie, d'un gouvernement républicain. Mais la majorité considérable que formaient les amis de la royauté recevait , au même temps, dans ses rangs les royalistes chassés d'Angleterre par la persécution. A la restauration de Charles II, cette majorité, jusqu'alors réservée et prudente, reprit la direction effective des

'') Voy., ^ titre de simples exemples, Bancrod, 11, 99-80; Washington Irvinf^i Lifo of WfuhingUmy I, 3a3.3a6. *) Voy. Bancroft, l, 226.

affaires, et la rendit oppressive. Le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif molestèrent, à l'envi, la minorité que la métropole ne soutenait plus. La domination abusive dune législature qui dura sans renouvellement près de dix-buit ans, et la révolte sanglante de Bacon furent les principaux incidents de cette ère de discorde intestine ^^L Cependant peu à peu Faccalmie se fit, et, comme ils s'étaient unis jadis, les colons s'unirent de nouveau pour imposer au gouvernement anglais le respect de leurs privilèges et de leurs droits. L'union devint de jour en jour plus étroite et plus forte. Ce furent les rigueurs de la maison de Hanovre qui y mirent le sceau. Dès lors l'beure était passée d'essayer avec succès une dinainution des libertés publiques. Les colons avaient une si longue habitude de participer à leur propre gouvernement; les théories et les délibérations politiques leur étaient si familières; si souvent ils avaient avec énergie protesté contre l'oppression, et combattu celle-ci par leurs lois; leur nombre était devenu si considérable, leurs établissements agricoles si importants, leur soumission à la métropole si peu différente de la simple déférence et du bon vouloir, et leur résolution si ferme de garder une condition voisine de l'indépendance !

C'est un sujet intéressant de suivre, dans ses progrès successifc, cet amour d'une véritable autonomie que toute nouvelle exaction de la maison de Hanovre rendait plus vif et plus énergique , en vérité, chez les habitants de tous les établissements de l'Amérique anglaise, qui s'affranchirent à la fin du xviii* siècle. Il sera traité ailleurs ^^'. Ici l'on ne trouvera qu'un petit nombre d'exemples empruntés à des périodes diverses de son histoire, qui suffiront a montrer avec quelle vigueur lo Virginie, elle, laissait éclater ce sentiment. Elle en offrit les premières manifestations presque au

^') Marehall, i3i-i33, 1 59-1 63; i38; Laboulaye, I, 96-97, 108-

Bancroft, II, 188-193, 1100-309, 109.

ai'4-*ï36, 3'i'î-aA9; Murray, 1, 136- ■--> Voy. ci-api-îrs, parlie I du )i>rc II.

temps des chartes de 1609 et de i6ti, et de la constitution de i6âi ^^K Dès i6fàùy la première assemblée convoquée par Berkeley proclamait la nécessité de la liberté commerciale, déclarant que cette liberté «est le sang et la vie de l'Etat, ?j et elle demandait le maintien de la législature coloniale, les gens qui connaissaient le pays paraissant t^plus propres à prescrire les mesures utiles que ceux qui seraient assis au gouvernail en Angleterre ^^^ v Lorsque la flotte du Long Parlement, au cours de Tannée 1 65 s, eut raison de la résistance des colons, ce ne fut pas sans une transaction expresse, où la colonie stipula que «le peuple de la Virginie aurait les libertés des sujets libres de l'Angleterre; qu'il pourrait , comme jadis, confier ses aflaires à sa propre assemblée législative ; qu'il ne verrait pas sa fidélité mise en question pour le passé; et qu'il aurait les privilèges commerciaux dont jouissait la métropole ^^^ » Au commencement du xviii* siècle, le gouverneur Nicholson représentait ses subordonnés comme imbus de canotions et de principes républicains, qui devraient être corrigés et abaissés à temps ^^^.t^ Vers 1730, les membres de l'assemblée ne craignaient pas «de parler, sans respect, du gouvernement du roi,?) et de l'aveu des royalistes eux-méme^; la foule, eistimait «l'amitié pour le gouverneur incompatible avec l'intérêt du pays^^^.w «La Virginie, jadis une province bien réglée , écrivait, vers 1768, l'évêque de Londres au conseil anglais des colonies, n'a rien tant à cœur que d'amoindrir l'influence de la couronne ^^^» On peut voir, dans l'historien Bancroft, des appréciations curieuses sur le mouvement constant, plus fort chaque jour, qui, vers 175/1, continuait d'entraîner cette province à l'indépendance locale ^''^ Enfin dans l'année 1768, à

'" Voy. ci-dessus, p. 39-3 1. *J Murray, I, làa; Laboulaye, I,

^') Bancroft, I, ao 6. 110-111.

3) Bancroft, I, aa3-9aÀ; Murray, I, ^^^ Bancroft, III, 39G.

i3i-i39; Hoogh, II, /ia3; Laboulaye, ('^ Bancroft, IV, 39.

I, 95*96. Gomp. Bancroft, 1, 300-309, ^^^ /6û2., lY, i33-i36.

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