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RECHERCHES SUR GUILLAUME, VLAIX ET JEAN CUARTIEK

ordres , an moins il n'était pas linmtno laij , et il semble avoir pris an sérienx sa qualité de clerc (1).

Nous avons rapporté plus haut la fameuse anecdote du baiser donné à Alain par la jeune daupliine. Les uns (2) ont cité celte anecdote d'après Pasquier, d'autres (3) d'après Gilles Corrozet, quelques-uns [h) enfin d'après Jean Boncliet, auquel l'honneur de la paternité doit en être attribué. C'est, en effet, dans les Annales d' Aquitaine, publiées en 1524, qu'elle apparaît pour la première fois (5) ; elle est reproduite par Bouchet dans ses Epistres familières du Traversear (G). Gilles Corrozet la cite dans ses Divers propos mémorables des nobles et illustres hommes de la Chrestieiitê (7), et l'"îienne Pasquier dans ses Recherclies de la France (8). Est-elle bien authentique ? In érudit distingué, M. Tamizey de Larroque, a émis à ce sujet des doutes sérieux, auxquels il est difficile de répondre d'une façon péremptoire (9). Combien de fois la légende s'est introduite dans l'histoire ! Le XYI^ siècle, en général, et Bouchet , en particulier, ont encouru à cet égard une lourde responsabilité. Pour ne citer qu'un exemple de ces récits légendaires , nous rappellerons la fable d'Agnès Sorel et de son influence politique , si longtemps regardée comme un article de foi, et dont peut-être on a taxé la réfutation de blasphème

(1) Si les Cliarder ou Le Charlier qui, (le nos jours, prétendent descendre d'Alnin Cliartier, le poète, veulent à toute force maintenir la tiadition qui les rattache à un Alain Ciiartier, pourquoi ne descendraient-ils pas d'Alain Charlier, secrétaire du roi en 1476 (voir Tessereau, Hisl. chronologique de la grande cliancetlcric , t. I , p. 54) ? Cet Alain parait avoir été fièrc du Simon cité plus liant. Voir une Généalogie des Charlier, ins. fr. 5481, f. 749.

(2) La ISiogiaphie uiiirerselle, le Dictivnnai)\' île la ionvcrsalion , ctc, etc.

(3) Du Verdier, Moréri, Mermant, etc.

(4) Ménage dit à ce sujet : • Du Chesne el Besli , qui ont fait des recherches exactes touchanl Alain Chartier, ne citent point d'auteur plus ancien qui ait rapporté ce fait que Jean Bouchet, en ses Annales d'Aqiiilainc et dans sa 13" épistre familière. 11 le savoit apparenimenl par tradition, étant né en 1475, trente ans après la mort de Marguerite. » Menagiana, l. III, p. 205. Goujel écrit : « Si l'on en croit Jean Bouchet en ses Annales iT Aquitaine , qui pouvoil tenir ce fait de quelque historien plus ancieu. . Bibliolh. française, l. IX, p. 157. — Si les biographes avaient, comme ces auteurs, consulté les sources, et remonté à Du Chesne el à Daniel Chartier , ils auraient rendu justice ù qui de droit , comme l'a fait de nos jours la Nouvelle biographie générale,

(5J Bibl. imp. , réserve L l K, f' 33 v°.

(6) 1545, in-fol., P> 16 v°.

(7J Paris , 1556 , petit in-8 '.

8) 1596, liv. VI, cil. XVI.

(9) Voir Vlnlermédiaiie îles cliercheun, t. II, col. 139 ;10 nais U65; il col. 106-307, 462, 495.

36 LliS CHARTIER.

historique (1). Parviendra-t-oii à chasser la légende de l'iiisloire ? Ce serait uue tentative impossible. Faut-il lui donner droit de cité, et, en l'acceptant sans contrôle , lui accorder , coninie on l'a fait trop souvent, une place d'honneur ? Ce serait manquer à tous les dcN-oirs de l'historien. Quand il rencontre la légende, l'historien est bien obligé de ne pas la repousser impitoyablement ; mais il est tenu de lui laisser le rang quelle mérite et de ne la livrer que pour ce qu'elle vaut. La tradition , en l'absence de témoignages positifs, ne peut faire loi, et ne saurait oCTrir qu'une donnée qui, pour agréable et piquante qu'elle soit, est le plus souvent altérée et sans valeur historique. C'est , si l'on veut , une curiosité à placer en marge de récits sérieux et authentiques. — Il en est de l'anecdote du baiser de Marguerite comme de bien d'autres : le dernier mot n'en sera jamais dit, et l'on s'efTorcera en vain de remonter à l'origine du fait. Que l'on plaide maintenant les circonstances atténuantes en faveur du piquant récit qui , au bout de soixante-quinze ans , est venu illustrer l'histoire d'Alain Cliartier ; que l'on invoque les usages du temps , l'imagination poétique et exaltée de Marguerite (2) ; que Ion insiste , si l'on veut, non sur les soixante ans d'Alain (3) , mais sur l'extrême jeunesse de la dauphine qui, dès l'âge de onze ans, ne cessa de voir à la cour de France le poète négociateur (on s'en souvient) de son mariage, et était âgée seulement de vingt-un ans quand elle mourut en 1445 : rien de mieux. Mais ou n'aboutira qu'à ceci : à prouver que les impossibilités qu'on peut imposer à certains faits légendaires n'existent pas ici, et que l'anecdote « n'offense pas plus le bon sens que la pudeur »..., en se plaçant au point de vue du XV' siècle.

Avant d'en finir avec ce qui est relatif à Alain (4) , nous devons dire

(I) Charles VU et Agnès Sore!, dans la fif duc des questions liistoriques , t. I, p. 20i-224. — Un des auteurs des obsenations émises àans Y Intermcdinire , sur la question du baiser, dit en propres termes qu' . il est des traditions qui forment comme le patrimoine moral des peuples et qui, si elles n'existaient pas, devraient être inventées. Qu'csI-ce donc , ajoule-t-il, si, quand elles exiitent, la critique historique entreprend de les reléguer parmi les fables ? n (Col. i95.)

J2) Voir les observations de M. Vallet de Viriville dans Vltilermédiaire, col. 306-307, t. II. (La signature T. E. a été corrigée par celle de V. de V. dans Venata de la couverture du numéro du 10 juin 1865.) (3) L'auteur raisonne dans l'hypothèse, que nous n'avons point admise, où Alain serait né vers 1385.

(II) Nous ne nous arrêterons point ici à une singulière assertion de Guillaume Colletet qui , dans son Histoire des poêles français iBibl. du Louvre, F. 2398 manuscrit original^, et F. 2398' ^copie faite par

RECBEliCHES SllU GUILLAUMi:, ALAIN ET JEAN CHARTIER. 37

un mot delà date de son décès. Est-il bien mort en 1449 ou en 1450, nouveau style, comme l'indique l'épitaplie d'Avignon, et un 17 mars, comme le prétend Pluquet ? En présence des doutes très-légitimes qu'inspire l'épitaplie , il n'est possible de rien affirmer à cet égard. Du Chesne a donné une pièce de vers datée de 1452 (1) ; mais rien ne prouve que cette complainte soit d'Alain Chartier. On lit à la fin d'un manuscrit des Œiwrc'^: « Explicit le Ct/rùd fait par maistre Halein Charretier cccc l vu (2). » C'est là une date de transcription du manuscrit, donnée par le scribe ; mais on n'y trouve pas, comme dans d'autres manuscrits postérieurs, les mentions de deff'imct on en son vivant (3). Pourtant, Alain était certainement mort à cette époque. Nous en avons la preuve dans \e Borna ti du cœur d'amour espris , ouvrage daté de 1457, où on lit :

L'ens verrez maint épitacle

Uiig y a , de fresche mémoire , Qui fut homme digne de gloire.

Ce fut maistre Alain Charretier Qui tant sceust d'amours le mestier Qu'il en fist les très plus beaux ditz Qu'oncques puis son temps furent ditz (4).

Il n'est pas besoin d'ajouter à ce témoignage celui de Jean Régnier , bailli d'Auxerre, qui était mort eu 1463 , et qui parle quelque part de

Maistre Alain, duquel Dieu ait l'âme Lequel cy gisl soubz une lame (5) ;

son Ois)], veut absolument qu'Alain ait été secrétaire du duc Louis d'Anjou, lequel aurait été régent, tandis que le dauphin Ciiarlcs n'aurait jamais porté ce titre.

{') Complainte faite à Paris et présentée â sa dame l'an mil (\uatrc cents cinquante dctix (p. 779).

(2) Ms. franc., 2665, f- 133 v«.

(3) Ms. St-VIclor, 394, en tête du Qiiadrilogue invectif cilé ci-dessus; ms. fr. , 5339, f» 11 V (ce nis. est daté du 27 avril 1476).

(4) Voir les OEuvres du roi René, publiées par le comte de Quatrebarbes , t. III, p. 92, 102 el 132. Ce document a été cité par M. Vallet de Viriville dans la Nouvelle biographie générale.

(5) Les fortunes et adversitez de feu noble homme Jelian Régnier, escuyer , en son vivant seigneur de Garcliy cl bailli d'Auxerre, 1526, in-S" (Bibl. imp. ; réserve). Ce passage a été cité par l'abbé Goujet, dans sa liibliolliéque française , t. IX, p. 159. Cf. p. 344.

38 LES ClIARTIEU.

ni celui de XHi'ipiiaJ d'amours , souvent altribiié à Alain . et où on lit :

Assez près au bout d'ung sentier Gisoit le corps d'ung très parfait , Saige et loyal , Alain Chartier , Qui en amours fist maint beau fait , Et par qui fut sceu le méfiait De celle qui l'amant occy .

Qu'il appella, quand il eut fait La Belle Dame sans niercy (1).

Il est donc constant qu'Alain vivait encore en mai 1/|49, et qu'il était mort, au plus fard , en 4/|57.

Malgré les erreurs que présentaient les biographies de Guillaume et d'Alain Chartier , les traits généraux de leur vie étaient connus. H était facile, en y regardant d'un peu près, de s'assurer de leur commune origine, de leur naissance à Bayeux, de leur qualité de frères, etc. Que savait-on de ce moine de St-Denis , de ce Jean Chartier qu'on s'est unanimement accordé à présenter comme frère des deux autres , et en particulier d'Alain ? On a dit qu'Alain l'introduisit près de Charles VII, et que c'est ainsi qu'il obtint son titre d'historiographe ; il suffisait d'ouvrir sa Chronique pour apprendre qu'il avait été chantre de St-Denis ; on a prétendu qu'il était l'auteur des Chnmiques de St-Denis , lesquelles, s'il faut en croire certains biographes (2) , « sont réimprimées dans la collection des historiens de France. » D'autres ont dit que , « aux Grandes Chroniques , Jean Chartier ajouta l'histoire de Charles VII, composée par son frère Alain, le tout imprimé deux fois dans le XY' siècle, et qu'on trouve aujourd'hui dans la collection de Doni Bouquet (3). » Nous ne nous arrêterons pas à ces erreurs bibliographiques : les citer, c'est en faire justice. Nous renvoyons, du reste, sur ce point, à l'excellente notice bibliographique qu'a placée M. Vallet de Viriville en tête de la Chronique de Charles VIL

(1) Titre d'un des ouvrages attribués à Alain. Voir TédiU de Du Cliesne, p. 733.

(2) M. Weiss, dans la Biographie universelle , suivi par le Dleiioniiaire de lu eouvcrsaiion , et par Lebas, daus son Diclionnnaire encijclopédieiuc.

(3; Encyclopédie des Gens du monde.

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