LEH CUA6SES
sur la place le même garde c[ui venait de loiidre sur Jui à toutes jambes ( i ).
Une lutte désespérée s'engagea entre les deux autres garde-chasses et les braconniers. Quoique blessé lui-même y Simon restait toujours un terrible et redoutable adversaire, et son Fils, presque enfant encore, combattait comme s'il avait eu ving-cinq ans.
Les gardes , après une longue résistance , finirent par céder le terrain ; mais le seul but des deux Si-
(1) Ces ïuiieè entre les bracoDDÎers et les agens forestiers des domaines royaux étaieoibeaiieoop plus fréqaenles qu'oa ne serait tenté de le croire.
£d iim, M. gafde de la forêt de Marly, raistol partie d*OQe patrooiUe de nuit, reçut des coups de ftasil et se sentit blessé à la poitrine. Il rentra chms lai, étonné de vivre encore. Le lendemain il yislla carleosement son babit : Il était eriblé^Joste à la place ào cœnr. Il pensa à sa tabatière, qni était dans la poche du c^é gauche, elon y trouva cinq chevrotines 1
Un autre garde de la même forêt, un jour s'étant eoaebé sur on terrier pour appeler son fTlret qui s'y était endormi, des braconniers vinrent à passer, et profitant de ce qu'il ne pouvait se défendre, se saisirent de lui et le pendirent, avec le cordon de sa poire à poudre, au bout d'une branche qu'ils croyaient asseï forte pour cela. Hcureusernenl ils s'élaienl trompés, el le poids de l'homme fU ployer l'arbre peu à peu. Le pendu , sentant la terre sous ses pieds, s'y appuya, tira son couteau de sa poche, coupa la corde et fut sauvé.
DE CHAnLEs X. ao5 UMm éUnt de s'échupper, ils s'abslinrenl de les poursuivre, el firent de leur mieux pour gagner l'issue de la forêL Alors les gardes revinrent à la charge. Simon se retourna malheureusement, et mit de nouveau son fusil en joue ; cëtoit sa perte : il venait de faire ce mouvement , quand l'un de leurs adversaires lit feu sur lui; la charge tout entière lui arriva.
— Je suis blessé , fils l dit-il ; sauve-toi ! laisse-moi ici ! sauve-loi , te dis-je.
Parvenus à la porte de la Bretèdie , ils se fêtèrent dans les champs de blé, et parvinrent, à la faveur des nombreux bosquets qui couvrent ét masquent la campagne de ce côté , à mettre les gardes en défaut, puis ils prirent des chemins détournés pour se rendre à leur chaumière.
Ils apercevaient déjà la faible lumière de leur foyer brillant à travers les carreaux, quand Simon sentit que ses forces l'abandonnaient : il chancela et tomba. Alors le malheureux , dont la seule crainte était d'expirer loin de sa femme , fit des efforts sur-
1I06 us CHASSES
humains poar se tratoer, avec 1 aide de son fils,
jusqu'à sa porle , où il eut le dernier et triste bonheur de parvenir. Mais y à pardr de ce moment, il ne lui avait pas été possible de proférer une seule parole*
On le porta sur son lit « et une demi-heure avant
4e lever du soleil il avait rendu le dernier soupir L.,
Or, trois mois apits cet événement, c'était au tiré de Fromainville 9 le Roi n'était pas content de la chasse.
Cette fois il ne dit pas son mot habituel de satisfaction : « Ça été fort gentil ! » Un léger nuage d'humeur voilait même ses traits, sans altérer toutefois leur expression de bonté ordinaire. Je ne sais si l'insuccès de la journée reporta l'esprit de Sa Majesté vers le joyeux hourailler de Marly, et la fit souvenir de Simon Larcher, l'habile batteur de gibier ; mais te Roi s approchant tout à coup de moi, me dit :
DE CHARLES X. 20'j
— Comte, il nous aurait fallu ici votre protégé. A propos, qu 'est-il donc devenu, ce paavre Siaion? £st-ce qu'il lit toujours le Constitutionnel?
^Hélas! Siie, Toilà trois mois que le malheoreuz a payé de sa vie son goût incorrigible pour le bra* connage.
Et je racontai succinctement au Roi la scène nocturne dans laquelle avait péri Simon.
— Cela ne m'étonne pas , comte , nie dit le Roi en portant doucement sa main sur mon bras ; cet homme
laisait du libéralisme à sa manière. Il voyait mettre tant de droits en question , il lisait de si beaux discours où l'on prêchait le vol du nom héréditaire, le vol de la puissance consacrée par des siècles, que lui, pauvre diable et obscur, qui n'avait rieu à démêler dans la haute' sphère des intérêts politiques, faisait descendre Tapplication de ces grands principes à un ordre de choses^qui le touchait de plus près. Il s'adressait au gibier du Aoi, comme d'autres s'adressent à sa couronne. Ahi comte, nos faiseurs de phrases font bien du mal !