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LES CHASSIS

— Et peut*ètre , Sire » seronWls les premiers k s'en repentir.

En ce moment des cris minoncèrenl rappH>che

du gibier» Le ^Roi prit son fusil et la chasse coo' tinaa.

Le S janvier 1829, le conservateur des forêts et chasses à la résidence de Versailles, fut officiellemeat informé, que lei5 de ce mois le Roi voulait faire une bêde^chasse dans le petit parc. En même temps M. le premier Veneur lui en transmettait la marche et Titinéraire; elle devait durer de quatre à cinq heures.

U12 Les CHASSES

Aussitôt les dispositions fureat délibérées et arrêtées dans une conférence tenue à cet effet par le conservateur, l'inspecteur et le garde général.

il y eut ordre de faire faire des battues dès le lendemain ; ces battues avaient pour but de forcer les

chevreuils et les lièvres, d'aller se cantonner dans les parties du pard placées sur la ligne que devait suivît la chasse ; de tourmenter les faisans, afin qu'ils se rajfH prochassent des tir^s qui devaient être parcourus, êt dans lesquels il fallait les appeler s'i les retenir au mojcn d agrainemens.

Les terriers furent fuxetés et défoncés, les fiches destinées aul différentes tentes denuitet de jour furent posées, on régla le nombre des panneaux et celui des hommes préposés à leur garde ; enfin, tous les préparatifs mâtériels furent faits dans le délai fixé par lèd ordres supérieurs, et cela nonobstant l'excessive rigueur du temps. On était en effet au cœur de ce mémorable hiver de à iô5o, non moins remarqué par ses ij" au-dessous de zéro Réaumur, que par la splendeur de ses bals historiques, où figurait toute la

belle aristocralie de France, à la suite du Roi et de sa

famille.

Cependant la chasse ne put avoir lieu le jour qui

avait d'abord t^lé indiqué ; la neige était survenue la veille. Il y eut un contr'ordre, puis un second» puis un troisième ajournement. Enfin le ciel, sans se balayer entièrement de ses nuages bas et gris , cessa d'être aussi âpre, et le lÔ jauvier, vers onze heures du malin, dans celte partie du parc de Versailles appelée le toi$ de Satory^ il y avait un grand concours de gentilshommes réunis pour suivre la chasse.

Au milieu de ce monde se trouvaient les autorités

civiles de Versailles et les cliels de la garnison , nui déjà étaient rendus à leur poste et attendaient le Roi.

Des feux de bivouac étaient allumés çà et là; des

groupes diversement composés, semblables à des compagnies d'oiseaux de différens plumages posées ^ distance les unes des autres, s étaient établis près de I3es feux, et «mimaient pai* leur présence la moiiotp-

ai4 LES GUAââ£S

nie de cette DaLure eusevelie dans sou blaac liaceui de neige.

Aimez-vous le spectacle de la campagne pendant la dure saison de l'hiver? Pour moi je ne sais» mais j éprouve une impérieuse volupté à la contemplation des mélancoliques scènes qu'elle produit.

J'aime alors ce . silence profond des champs et des

bois; j'aime ce vol furtif de l'oiseau , allant vite d'un arbre à l'autre, et secouant en poussière , sous son poids élastique > les frimas qui cristaUisaieut la ramée; j'aime les fumées grises qui s'échappent des cheminées des toits de chaume, et qui éveillent involontairement en nous la pensée du bien-ùtreet des joies naïves du foyer rustique.

£t c'est pour cela que le modeste clocher de Guyancourt, que je découvrais blanc comme un clocher de plâtre neuf et pointillant du fond des massifs de bois dépouillés qui l'entourenl, me plaisait tant à voir.

£t puis aussi, à la porte d'entrée du bois lloLert, à gauche, quand on fait face aux filets du tiré, c'est encore pour cela que j aimais la vue de cette petite

DK CHARLES ai5

maison de garde» d'un aspect si solUaire et perdiud $om

la neige: toit, chaume, vitres, tout cela blaucel parfois ëtincelantau soleil gazé de cette matinée de laaTÎer,'

Mais rimpressîon toute sentimentale que prodursai( SMf moi L'aspect triste et na du petit tableau db

genre que j'avais sous les yeux, ne devait point lardei: à s*eflOioer par Tarrlyée bruyante des voilures de la cour, par 1 éclat de U suite, par la présence du Roi.

Encore quelques minutes, ht ce- rendex^vous de châsse, cette place isolée où quelques individus grelottaient de froid, de siJence et d'attente, allait s'animer d We yifi agitée.

Déjà voyez-vous ces longues traînées de curi^eux qui aiUuent de tous côtés ; c est le signal de L'arrivée du Roi. Ils auront aperçu les équipages dans la plaine>. et les voilà qui surgissent Ton ne sait d'où ; on lesi

dirait sortie des terriers, de dessous les neiges.

La marche du Roi n'a pas été uu seul instant re-. lardée, malgré les obstacles qui devaient la ralentir. 11 oppose à la rigueur du lemrps une résisl,ance qui

Oigitized

ai 6 LB8 CHASSES

appariient à sou lempérameot vigoureux^ aussi bleu

à l'épreuve du iroid de Russie que de la chaleur de Gibraltar^

Le Danphiû Tient après, puis le capHaîne des gardes, puis M» le premier Yeneur, puis enàa les dem^

dieux de la cour , gentilshommes , ducs , bai ous eÇ comtes^ que la faveur de S. M. appelle à prea* dre part au tiré l Tous sont revêtus de ruaiforme officiel des chasses : chapeau rond nofa*, babil bleu à coi et paremeu de velours de même couleur, gâet blanc, culotte longue et guêtres de peau à boutous. montant sur. les genoux*

On entoure le Rot» on s'empresse, on se hausse^ on voudrait entendre, ne fut-ce que pour se donner le mérite de les répéter le soir, les moindres paroles qu il adressera au baron Giipelie et à U. le lieutenant-général, en répondant à leurs complimens administratîfs.

Cette audience était ordinairement fort courte, car l'usage voulait qu'on abordât le Roi seulement au inoment de la halte. C 'était pendant ces stations que

DE GHARLB9 X. Sl«

Sa Majesté accaeiiJaît indistioGlemeDt tous ceux qui venaient à elle* Cependant au moment où Charles \ allait prendre sa place dans les layons où la ueîge avait été soigneusement balayée depuis plusieurs jours» il « découvrit se détachant dans les massifs de la foule, lo visage vénérable du curé de Guyancourt. 11 s'arrèlaji et d'un signe aux gens de service, ordonna de faire passage au digne ecclésiastique.

r— Vous avez à nae parler des pauvres de votre paroisse, n'est-ce pas. Monsieur le curé? £h bien! hatez-vous, peut-être en est-il parmi eux qui souffrent,

— Cela est vrai , Sire , et je crains bien qu'ils Il aient pas le temps d'attendre.

-n-J'y pensais» Monsieur le curé» sant*ils nombreux vos pauvres en ce moment?

i~r Non» Sire» votre demiènQ visite dans ces lieux ne date que d'un mois.

« — Quels sont les plus nécessiteux?

— Quelques vieillards et de tout pelits enfaus ox^ phelins.

— Us seront soulagés.

ai8 IJSS CUASSE8

Ët le Koi donne l'ordre aussitôt de remetUre an

rouleau de louis eutrc les inaiiis du curé de Guyaucourt.

Que le ciel et le Koi soient bénis l dit celui-ci vil se retirant après avoir salué protondémeol S. M. A ia brebis tondue Dieu tempère le vent , et â mes pauvres il accorde ]^our seconde providence un (ils de Saint- Louis!

— Ce n'est pourtant pas ee que disent Messieurs nos libéraux, Qt observer Cbarles X, en se tournant avec un sourire vers le duc de Maillé (i). Puis Sa Majesté continua sa marche un instant interrompue

et alla se placer. ^

Le Dauphin et les autres tireurs imitèrent le Roi..

Monsieur de Yinfrais, le porte-arquebuse, s'est approché de Sa Majesté, il s'est découvert et lui a présenté sou fusil. Etienne, son valet de chambre, est là tout près à sa droite, et à quelque distance est. le

(1) Oo ttilribaail au duc de Maillé uo esprit d'epposilion Irès marquée.

DE CUÀKLES X. 2I1<>

porte-ai'quebuse achevai. CesoullesdcuxexUémitcs d une chaîne, doot les anaeaux $e composeot de dôaze soldats suisses, occupés à se faire passer de

main en main les armes dont se sert le Roi.

Le lieutenaat des gardes de service était placé iiumédiatement derrière ; il marque sur une. carte à compartimens avec une ëpinglie» les pièces qui tombent. De chaque coté du Roi est uii ramasseur de gibier tenant en laisse un chien de rapport, qu'il lâche et reprend suivant le besoin. Ce jour là c'étaient Lecomte père et Chevalier.

Le Dauphin a aussi près de lui un valet de chambre qui lui remet ses fusils» un aide-porte-arquebuseadjoint 9 assisté comme le porte-arquebuse du Roi, et pour ramasseur de gibier Bfaillot , son garde favori.

La voiture destinée à recevoir le gibier tué vient à la suite , puis la foule confuse des curieux et des spectateurs sans caractère officiel : il n'en manquait jamais.

U'JO L£S CUASS£S

Les tireurs sont rangés en froni de bandière : les batteurs des filets commandés par M. de Saint-Paul, Taile droite de la chasse conduite par le garde général Boutard, l'aile gauche par le garde général Yaleratit, et les batteurs-volans dirigés par Yillero)'. Tout ce monde est à son poste et attend le signal.

Le Toilâ; le Roi a dit ; « Allons. »

Ce mot c'est le début de lâchasse ; lâchasse u'exist mit pas tout à rheure, et maintenant la voilà avec ses clameurs, sa vie, soq mouvement, ses bruits 4e voii^ èt d*arme8. *

L'ail* se peuple, les faisans au vol lourd et pesant, les perdrix qnelquefois séparées, plus souvent réunies en bandes nombreuses, se lèvent et partent avec le bruit de leurs ailes crépitantes; elles cherchent une issue dans les airs ; elles volent d'un vol oblique, horizontal, perpendiculaire; elles s'ascensionnent en tourbillonnant, et le vent qui souffle sur leurs plumes mouchetées , les soulève en éventail et les fait cha-r toyer au soleil, en confondant leurs reflets douteui^

DE CUAULKS X. Util

et cliangeans. Çà el là aussi une bécasse voyageuse qui dans sa course passagère ayait fait halte daus les

bois de Satoi y comme ea une holellerio, part flèche rapide, fend l'air de son corps aigu ; mais elle aussi, malgré la sauvage énergie de son vol^ tombe atteinte par le plomb qtii tUe tout en haut sans miséricorde et sans distinclion*

Tàndiift que le ciel se sillonne des évolutions mul«tiples du gibier, qui monte, tournoie et tombe, plus prompt peut-être encoi^é, le chevi*euil aux reins dV cier, aux jambes sèches et déliées, le lièvre qui semble rouler dans sa course, chercher l pùle-mcle à éviter le danger qu'ils comprennent à mesuré qu'ils entendent approcher la chasseé

A la route l

•^A la route ! crie>t-on à Chaque nouveau coup de fusilt

— A la route, car la pièce abattue est jetée dans le chemin dérrîère le Roi* Un homme la ramasse aussitôt et la place dans la voiture ^ cette gigantesque gibecière à quatre roues qui suit toujours les tireurs.

Arrivé au poteau d'arrêt placé à l'extrémité du layon sur la biiltc des Mortciiiels , Je Roi s'arrêta et parut un instant oublier la chasse, à la vue du site qu'il découvrit de celte hauteur.

C/élait beau et triste, ce val dout la neige avait nivelé toutes les formes ; on eut dit un vaste lac ter nié par un cadre do coliiies que couronnait la lorel de Idarlj, et sur lesquelles se détachaient les villages de iiailly, de Saiat-iNom, de Noisy et de la Bretèche. Ces villages posés comme ils Tétaient , quelques-uns en amphithéâtre, d'autres sur la lisière du bois, ressemblaient presque, avecleurs toits blancs et inégaux, à des troupeaux paissant, disséminés dans la campagne ; le château de llocquencoin t, presque adossé à Tune de ces colines; SaiQl>-Cyr sur la gauche, Saint-Cyr avec ses souvenirs de madame de Mainteuon, et son vaste bâtiment de l'Ecole militaire ; à droite Trianon ; plus i^rès Versailles avec son palais et ses dômes, avec ses chapelles d'or et ses croix d'église. Enfin au milieu de ce vaste bassin, une route royale qui la tra-

1>K CHARLES X. '2tUi

Verse, venant do Versailles, et sur laquelle cheminaient à pas lents des charrettes avec leurs bannes de toile, de lourdes et massives voitures de roulier, et des diligences glissant sur laneigecomme des hommes affairés.

L'impression que (>roduisaît alors toute cette cam-ipagae, s'assombrissait de la teinte du ciel qui se cou- ' vrait de gros nuages ardoises. Quoique chargés de neige ou de pluie , ils roulaient avec une grande' vitesse, poussés par lèvent qui se faisait de plus en plus fort. C'était là-bas la route de Rambouillet ! Le Roi porta sa main au iront. Ktait-il endolori par quelque vague pressentiment? Je ne sais , mais h le v.oir pn^ eût pu le croire. * ^

— Sire, la chasse a cesse d'intéresser Votre Majesté, dit M. le duc de Maillé en s'approchant du Roi.

— ^on, mon cher duc, répondit le Roi en sortant de sa contenance ; mais tenez, regardez Versailles : eh bien, il ne m'est pas possible de voir ce palais, ces jardins, sans tomber dans la rêverie. J ai toujours

aimé Versai! ics, c est un si beau séjour, c'est celui de mes ancèlres ; le souvenir de Versailles m'a poursuivi constamment pendant l'émigration. Versailles, témoin de mon enfance , de ma feunesse , de ma première existence, j^t que j'ai quitté dans l'âge où l'on a encore des illusions.

—-Oui, Sire, Versailles tut voire berceau, vous êtes lië sur la pai^oissé Notre-Dame ; votre nom est inscrit sur le registre commun.

— Ajoutez à coté du plus obscur citoyen , dit le ftoi : haute leçoii que la religion peut seule donner, sans qu'elle dégénère en style d'égalité révolutionnaire.

-r- Grôiriez-vous, duc , ajouta Charles X d'un ton de douce camaraderie, que j'ai encore là présente

devant moi la ligure imposante de madame la comtesse de Marsan, lorsque je lui entendais dire ces paroles effrayantes...*

— Il y a nécessité de donner le louet à Mousoi-

gneur, n'est-ce pas, Sire?

— Précisément duc ; ce fouet et ce monseigneur

iormaienl un disparate si étrange , que je m'en

DE CHAULES X. 3^5

émeus aujourd'hui presque autant «que je m'en irritais alors (i).

La conversation contiuua ainsi sur quelques doux souvenirs de première' enfance , qui trouvaient heu* reusement.chez le duc de Maillé une juémoire sym-

pathlque.

Le Roi, avant de descendre la montagne pour aller gagner le tiré de communication , a cherché à embrasser une fois encore le site qui va progressivement 8*abolir devant lui.

Dans cette dernière contemplation , il aperçut la voiture de madame la Dauphine qui passait sur la grande route. Madame avait coutume de venir au devant de Sa Majesté toutes les fois qu elle chassait. Elle arrivait vers le milieu de la chasse, faisait quelques promenades solitaires» plus souvent trouvait l'emploi de son temps en allant visiter de pauvres familles de paysans, quelquefois encore elle honorait de sa présence quelque château voisin , ou tout simplement la demeure d'un officier forestier ; puis elle rejoignait le Roi pour Theure du retoiu-, et revenait

(1) Soirées de Charlee X. *

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à Paris de compagnie avec Sa MafesIé. -ËUe allait

souvent à cette petite maison connue sous le nom de ta Lanterne, que tchis pouvez voir d'ici avec le petit bois de sapin qui lui est adosse, jadis la propriété du prince de Poix; elle était alors occupée par M. Jourdain, inspecteur de la conservation. Le cœur et la mémoire de M. Jourdain ont très certainement conservé le souvenir de ces visites auxquelles il attachait un si haut prix (i).

Cependant la chasse s'avançait toujours ; déjà les ailes se développaient dans les plaines de la Ménagerie , afin de rabattre sur le tiré.* Elle marchera dans cet ordre jusqu'à la tête du canal, où elle s'arrêtera pour laisser avancer Taile gauche.

Le Roi a passé le pavé de Saint-Cyr, il touche au tiré de communication; c'est le lieu de la halte.

Qui n'a pas assisté à une de ces haltes du Roi

(1) M. Jourdain doit sa place à l'inlelligence qu'il n'a cessé de déployer dans toutes les parties de ses fonctions. Le Koi el le Prince l'appréciaient pour son zèle, son dévoûment et la religiosité de ses habitodes. Le monde estime en lui l'auteur d'un ouvrage lumiDenx sur les ehassei.

Dli CUARLliS X.

Charles X, ne peut se faire une idée juste de sa per-^ sonae. C etail^ comme obacaa sait, dans la vie intime qu'il fallait le voir pour le bien juger. Personne ne résistait mieux que lui au crible ck celte via î^tîme» à cet examen privé qui vous prend à l 'improvisle, qui s'empare de tous à votre lever, qui vous accompagne partout ; ou bien qui vous saisit auJiasai'd, gui iuterr* prête sans que vous le sachiez les mouvemens de votre physionomie^ vos gestes et votre silence , qui plaue encore 6ur vous et vous épie pendant les soli-» taires heures de voire sommeil.

Loin d avoir à redouter une semblable analyse , Charles X gagnait beaucoup quand' il la subi^^itv mais c'était à la chasse surtout qu'il fallait ^ voir. Là , arraché aux soucis et aiït tracasseries des affaires publiques par lesquelles il était débordé, il était

constamment et librement lui-même. Et tenez, voyez autom* de. lui quelle foule i Le Roi retrouve tous

ceux qui l'entouraient au départ de la chasse.

Voici Monsieur le maire .de Saiut-Cyr : il attend stui tour. Le Roi raccueille avec bonté, s'iiilormc de ce qui peut intéresser sa commune ». des effets du-

LES CUASSKS

froid exc0Mif sur la germination des grains, et autres quertioDS tout aussi municipales» auxquelles ceux

qui ont suivi le Roi savent qu'il s'était fait une habitude de ne jamais manquer. Ce colloque finit comme, d'usage, par la promesse d'un secourâ, que M. le maite recevrîa' le lendemain du ch&^au , pour les pauvres d^ sa commune.

Quelques autres pauvres sé sont rapprochés; l'un

d'eux frappe rattentiou de Sa Majesté, c'était un petit homme , vieux et hossu. Paritfi les personnes qui ont assistté aux tiivs de Yersailles^il n'en est aucune qui, en «9tcueiUant ses souvenirs, ne se rappelle ce mendiant. Le Roi s avance vers lui et veut lui faire Tau^ mône de sa main; pour ces sortes d'occasions, il portait dans son gousset une bourse de peau à coulans d'acier, avec bien de la peine il en tire de ses doigts engourdis une pièce d'or et la remet au mendiant.

— Je suis bien sûr, dit le Roi un moment après en se tournant vers le duc de Maillé, que vous ne devinez pas celui à qui va cette aumône ; demandezle à Monsieur le maire de Saint-Cyr, il vous dira que

m CHAULES X.

cet homme est un aucieii membre du comité révolution oaire, qui expie son 95 toutes, les fois que nouç venons ici.

11 y avaijt dans Hi^ çompagpie <ie. Grainmouty ungarde du corps qui passait pour, avoir une ressemblance physionomîque Ipèsirappante avec le Roi. On avait parlé de lui plusieurs fois à Sa Majesté^ qui finit par manifester le désir de se trouver en face de son parélie. Le duc de Grammont le présenta; après quelques paroles inspirées par la situation et des réponses fort bien posées de ce jeune bomme 9 le Roi perdant de vue le motif qui le mettait en sa présence^ lui demande brosquement, comme cela eût été dit, fort naturellement en toute autre occasion : «Ma- * dame votre mère» Monsieur^ venait-elle à la cour ? » Le garde et le Roi, par un mouvement simultané, se pincèrent également les lèvres, et lorsque le* premier moment de surprise fut passé» le Roi ne put s'empècher de rire lui-même de Tallusion involontaire qu avait fait naître sa question.

S. M. en souriait encore lorsqu'on entendit ro-

péter ces mots qui vclataieut sui toute la li^ue de la

— Le chnpean du Roi l

—Le chapeau du Roi I

11 y avait dans la voitare distinée an* gibier ûn second chapeau» un vieux chapeau gris qui faisait partie de l'équipage de S. M., et qu'elle avait coutume d'échanger contre le sien quand il allait pleuvoir ; or, le ciel, qui s était lait gris depuis quelques heures, venait de se fondre en une pluie soudaine et battante. Le Roi ne redoutait point le mauvais temps (i) ; ainsi jamais orage n*émpècha de paradiever une chasse commencée. Il y avait des temps d'arrêt, et voilà tout; si telle n'avait été la coutume du lloi, certes la pluie qui prit ce jour-là l'aurait décidé à partir en toute bâte, mais il reste.

Monsi^r le Dauphin et lui montent à la place des cochers de la voiture de gibier. Les capitaines des gardes, les gentilshommes, les officiers de service

(1) On M Boovient qae dans ane solennilê le Roi arriva trempô à Nolra-Damc. On Ini proposa de chaugcr de vètemens. « Volontiers, répondi^l, si Ton e^i a pour- tons cens, qoi m'accom-

|)agnent

D£ €ilARL£j» X. 23 1

et la Stuile de 6a Majesté, s'abriteut de leur mieux.

Il y avail à cette voiture un aiivelit mobile et vaste en toiie cirée , qui se déployait coKàwe un toit » sous lequel venait se raser qui pouvait, et d'abord Etienne avec ses fusils. Tandis que quelques privilégiés se Irouvaieiil ià à l'abri de la pluie dout les fiues liachuM otthraient lé ciel, on voyait fuir au loin • comme des bandes en déroute , les volontaires de l$i chasse.

Le Roi, impatient du retour du beau temps, demandait à tout moment s'il y avait aipparence dW mélioration, et si çà se barrait. J'entendis lorl distinctement à plusieurs reprises, ces derniers mots qui paraissaient être l'une des locutions favorites du Roi.

— Puisque le temps menace de nous teniir ici long-temps, Messieuis, dit le Roi en s'adressaiil au ' groupe des principaux personnages placés près de S. M., quel est celui de vous qui se chargt^ra de raconter quelques souvenirs de sa jeunesse» quelques souvenirs de chasse , par exemple ; ce serait tout-à- ' fait à propos* ^

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