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— Je le crois, dît M. leeomte Bocquart
— Mais, Messieurs, que vouHez-vous donc qu'on fit daDS le désordre oà nous marchions? Vous ou* bliez qu'il n'est rien moins question que de refuser l'impôt, que dès «nociations menaçantes se sont formées à ce sujet, que la presse souffle et attise partout le feu? , *
— • Je ne sais pas précisément ce qu'il fallait faire » sépondit le comte Hocquart avec une modestie trop pleine de réserve, je ne me mêle pas de traiter à fond des questions de haute politique. Il y avait certainement quelque chose à faire , je n'en disconviens pas ; mais f alla conviction que ce qu'on a fait n'est pas bon.
-^La fin couronnera l'œuvre.
— Moi je dis, continua M. Hocquart, ce sera une fin comme une autre '; c'est un duel qui se joue. Franchement je n'ai pas confiance en nous.
— Monrieur, dit le général Boogard, vous êtes
jeunes, Vous autres , vous pouvez courir les ohaoces d'une nouvelle révolution ; les révolutions eu France finissent toujours , je le sais, par la résurrection de l'ordre; mais moi qui ai essuyé* la bourrasque de Ôg, je ne puis envisager sans terreur les mesures que le Roi vient d'adopter. 11 me semble que je m'ai plus qu'à prendre une besace de pèlerin, et >à.me mettre en route comme un pauvre émigré. •
. -^Et mou Dieu I rassures-voi^, Messieurs , l^sxhoses n'iront pas là, dit M. Ounhesoe en S0 frqltiaiil lea mains 4a nouFeap.
Monsieur le premier veneur parut au indue instant
au bout de la i^alerie. Le groupe des causeurs se rompit, et plusieurs d entre eux allèrent à sa ren«contre.
C'est surtout dans les conjonctures diiUciles qu'on ,épr6uye le besoin de trouver auprès de soi des bommes énergiques et sDipérieurs. jLeur présence semble alors quelque chose de provide aliel, une protection dans le danger, un conseil pour le prévenir. Toutes les espérance^ se concentrent .en eux ;
on «spire à lire sur lear visage ce qu'on doit attendre des événemeos qui nous arrivent.
M. de Girardin» à qui tous ^ ou à peu près» rendaient la justice que méritaient son oomrage, son
iutclligeace et son caractère « venait à propos pour donner une impulsion décidée à tous ces esprits incertains et floltans.
— Eh bien 9 générai» lui demanda-t-pn avec em-
pressement» que dites-vous de ce qui se passe?
M. deGirardin» qui jugeait» d'après rheure avancée,
qu'il n'aurait point le temps d'entrer dans do longs détails, formula sa pensée en quelques mots, et la jeta ainsi aux oreilles consternées des gentilsiiommes qui l'entouraient.
— Je pense» Messieurs» que » grâces aux ministres du Roi» Sa Majesté est arrivée à ce point de reconnaître qu'il n'y a que deux manières pour elle de sortir du royaume : l'une, ignominieusement chassée; l'antre, à ooups de fusil, et que le Roi» en vrai gentilhomme » a choisi les coups de fusil.
le général Bongaril, à ces mots, resta immobile el comme pélriOé. Il ne parla plus.
M. dç Pradeilo leva la tète et ouvrit ses yeux avec uu étoiiaeaieiit ioterrogateur.
Le Roi sortait au même instant de la chapelle. Sa Majesté passa au milieu de la double haie des geulilshommes et des courtisans. Son air satisfait frapj)a tous les regards, et telle était sa confiance dans sa cause qu'il ne s aperçut même .pas de la consteraanation qui se lisait au front de ceux qui étaient devant lui; s'en fut-il aperçu, il en aurait certainement cherché le motif là où il a'ctait pas.
Il annonça à M. de Giiardin et aux personnes qui devaient le suivre à la cbaase, qu'il allait monter en
voiture.
Déjà, en effet, les gardes-du-corps étaient rangea
en bataille devant la salle des généraux.
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Il montait le marche-pied.
lise sent retenu familièrement par le bras» et en môme temps madame la duchesse de Berry, qui venait le complioienter» lui disait d*ua ton de douce
i'amiliarité.
' — Passivité, Sire, donnez au moins le temps de vous adresser des félicitations, et permettez-nous de vous dire quà partir <)e ce matin vous êtes vraiment Hoi de France.
Charles X sourit légèrement. — Je vous remercie, dit-il , et j espère que vos félicitations sont le premier mot de ]a FrafAce et de TËurope.
Quelques personnes de lassistaDce ne purent retenir un mouvâment de tête significatif.
OnestparU.
L*équipage est sorti de rencointe du château de 8aînt-Cloud. il a monte h côte qui mène à ville d'A-»
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vray, et roule avec uu bruit mat sur les herbes de la
grande avenue.
D £spî^ W «cpace de petits plafonds de sable et de gravier folit grincer les roues, puis elles, retombent lia^s lQur roulement sourd et épais.
Le Roi n'avait pas encore engagé la conversation ;
on cheminait dans un profond silence.
Général, dit-il, tout à coup en s'adressant à
M. de Girardin, avez-vous lu les ordonnances?
£t sans attendre de réponse, il continua :
— Quelle est votre opinion?
Le Roi connaissait iort bien sou premier veneur. 11 savait, que jaoïais pensée ne sortait de ses lèvres que comme ^on cerveau la produisait, c'esUà-dire . armée de piçd en cap et la tête haute. Cependant Sa Majesté ne comptait peut-être pas tout-à-fait sur la précision et la promptitude avec laquelle on allait satisfaire à sa question. * . .
— Sire, c'est un coup d'Étal.
oc CHARLES X.
Le j^oi a(>ivpit.
sembie eo rien à un coup d'Élat.
' — ' C'ést noii-^seu(ement un coup d'État contre un pa^ti» mais c'iesfe un boup d'Âtat contre ta Finance entière, et je pense qu'aûn d'en prévenir l'e£fet, le Roi a 60,000 hommes dans Parid?
— A quoi bon? mais tout se passera sans confusion.
— Les conseillers de la couronne devront compte au Roi et au payâ de bien grands malheurs!
— Que ▼oùle;c-vous dire? ...
— Les eanemîs du trftne feront croire au pays que \e Vio\ a manqué à ses engagemens.
— Le pays ne le croira pas. Je n*ai jamais voulu
â88 us CHASSES
que le bonheor de mon peuple; la preove de ma sollicitude pour lui est dans les actes de ma Tie et dans tous mes discours. Le pays aurait-il déjà oublié les paroles que j'ai naguère adressées au président du tribunal de Paris? « C'est par la justice <|ue règûenl les rois, et la partie la plus importante de mon autorité vous est déléguée» U6e2«èn avec ooc religieuse fidélité, et soyez persuadés que vous vous concilierez des droits à ma bienveillance à mesure que vous apporterez dans vos jugemens de Texactilude et de l'impartialité 1 •
Après quelques secondes, le Koi continua.
— Ne voyez-vous pas, monsieur de Girardiu, que j'ai fait jusqu'ici tout ce qu'on a voulu, la France est heureuse et florissante; mais il existe quelques milliers d'individus qui jettent le désordre partout, convoitent le pouvoir et nous poussent pour nous faire tomber dans un guet«>apens^ Lorsque la Chambre des Députés a voulu enlever des mains de Viilole l'administration des affaires, je me suis empressé de complaire aux vœux qui m'étaient exprimés, quoique
mon opinion personnelle fût favorable à mon ministre. J'ai composé un cabinet de fàsion, en prenant ses élémens parmi les hommes les plus honorables et les plus capableâ de cette chambre. J'avais droit d'espérer qu'une aussi loyale concession de ma part serait favorablement accueillie : eh bien ! qu'en est-U résulté? Ils ont pris ma bonté pour un acte de &iblesse ou de pusillanimité. Le député Sébastiani s'est écrié en faisant allusion à celte petite victoire : la brèche est faite ^ il faut y entrer. Hartignac ne parvint point à se concilier la majorité , sa position devînt intenable ; il lui fallut battre en retraite devant cette fraction révolutionnaire du pays, qui évidemment se souvenait de 89, et prenait l'exemple de l'Assemblée nationale pour guide, de même qu'elle paraissait se flatter que j'allais imiter la conduite de mon frère.
— Sans doute ^ dit le duc de Luxembourg, il fallait se décider à opposer l'énergie et la force à une malveillance bien notoire.
— > En admettant cela> continua le comte de Girar-
dÎQv je dirai qae le déploiement de cette énergie exige certaÎDes conditions qui n'ont pas été remplies, et la France me paraît peu préparée aux mesures que le Roi vient de prendre.
— C'est là votre erreur. J'ai donné à l'article i4 de la
Charte sa juste interprétation. « £n cas d urgence , ditwl, au Roi appartient de faire les ordonnances nécessaires au salut de l'Etat? > Cela est fort clair... Et
cependant, à vous entendre , le trône est en péril.
— A la place du Roi je ne m'éloignerais point de Saint-Gloud.
— Heureusement pour la Frauceetpour moi, Général, mes ministres,, qui voient les choses de plus près, ne les jugent pas comme vous laites. Hier encore j'ai demandé au conseil assemble , s'il pensait que ma présence aujourd'hui serait nécessaire à Saint-Cloud; s'il le faut. Messieurs, leur ai-je dit, je n'irai point à Rambouillet
— Et leur réponse, Sire?. y*
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' ' — A été unaaime, ils m'ont dit qii'il n y avait aucun inoonyéiiieiil à m'abseoler. .
— Il est de moD devoir de Tindiquer aa Roi : j'ai lieu de croire que si rioterventiou de la force devient
nécessaire, les régimens de la garnison de Paris seront très froids dans leur obéissance.
— Qui vous a dit cela?
— Un des membres les plus influens de l'opposition parlementaire, le premier des 221. Il m'a été afiirmé que les régimens avaient eu quelque contact avec les députés libéraux.
— C'est une vanterie sans fondement qu'ils ont voulu m'adresser par votre intermédiaire» Général.
: Pas tout à bit. Il y a deux heures que j étais dans Paris, et je puis dire que déjà il régnait une
grande fermentation causée par la lecture du Mont' teur. Les visages étaient consternés, Sîre; les journalistes pariaient de protestation.... de résistance....
de... A mon avis l'enjea do Roi nie paraît trop gros dans cette partie que les ministres viennent d'engager. •
— Et vous pensez?...
— Que le retrait des ordonnauces pourrait seul la faire gagner au Roi.
Charles X sourit d un air d'incrédulité ironique. . .
— Alors vous voulez que je pousse la France
sous le couteau d'un second 89 et 90. Puis-je y souscrire? Non, assurément J'ai fait pour le mieux, on ne s'y trompera pas. Attendons » et Tissu nous prouvera que j'ai bien fait.
Monsieur de Girardin se tut.
— Mon cher Armand, dit le Roi en s'adressant à son vis-à-vis» le général n'est pas on grand partisan
de la politique de votre frère.
— Sire, reprit avec empressement Je premier ve-
1» CHABLK8 X. âQ^
amir^ tous deax nous voukms arriver au même but»
au bonheur de la Fraace et à l'affermissemeul de la puissance royale; mais il pariait» en effet , qne nous diÛérons esseatieliement dans nos moyens.
* C'est surtout sur la question de lalliance anglaise, je crois, que vous repoussez toute solidaritéavec les opinions du Prince» n est-ce pas Girardin?
— Sur ce point notamment, oui» Sire. Il en est beaucoup d'autres...
— Oh ! je le sais.
— Vous me communiquerez vos théories, Girar-din. Je serai bien-aise de les connaître. Si je ne puis eu iaire une application immédiate, j'y songerai, et en attendant {'aurai eu le plaisir de vous entendre.. Peut-être aujourd'hui même à Rambouillet.
Monsieur de Girardin s'inclina.
~ Le Roi fera-t-ii une longue chasse? demandlei après un silence d'un instant M. le comte de G irai -
dhkf dont la pensée ne pouvait se soustraire aux som^bres prévisions que lui suggérait l'obsédaul souvenir de ces ordpnnances. •
— Mais cela dépendra tout à fait de ce que nous ferons. La }Ournée est belle et s'annonce pour la
chatise soqs d'heureux auspices. Nous verrons.
Le carrosse du Koi s'est arrêté. On était à Co^ièreSf le second relais.
Des cbevaux irais vont remplacer lattelage que le
Roi avait pris à Saint-Cyr. Ceux ou détèle fument comme au milieu de rhiver, la sueur imbibe leur poil et la mousse blanchit leurs mors et couvre leur bar-
nais ; c'est que le soleil a été d'aplomb pendant tout le trajet qu'ils viennent de parcourir. Il n'y a pas deux
heures que le Roi est parti» et il touche à sa destination.
Un peu au-delà de Cognières, une route vient s'embrancher à celle de Rambouillet, elle mène aux régions nord-est de la forêt La maison qui
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se trouve au j>oiiimet du tiiaugle dont ces deux routes forment les côtés, se nomme la Maison Blanche.
Quand le rendez-yons de chasse se trouyait indique dans la forêt de Saint-Léger, cette annexe de Rambouîlle.t, c'était toujours par ce côté qu'arrivait le Roi. Le pays est plat comme l'Ukraine, des plaines çà et là enclavées dans des bois, des plaines étendues comme elles le sont dans la Beauee ; le regard du chasseur, en parcourant ces chemina, se plaît à plonger dansées vastes horizons; il sent son cœur battre d émotion aux idées que cette campagne éveille en lui, car il se figure assister à un débûché, il suit en idée la voie du cerf, les manœuvres de la mente qui le poursuit ; il voit les cavaliers ivres de joie, et emportés sur leur trace par la rapidité fougueuse de leurs chevaux. Il voit distinctement la bête qui ûle, file et se ibrlonge ; il se dit, elle sera là bas dans un moment, et il fixe un point éloigné sur la ligne, c'est une lieue. U n'a pas achevé de dire, que le cerf a franchi l'espace, il est rendu.
Et cependant ce n'est pas seulement par les émotions qu'il donne aux chasseurs, que ce pays est in-