CHAPITRE V
Catherine de Médicis réforme les haras royaux. — Lettre d'elle à M. de Boisy,au sujet des haras supprimés. — Rareté des chevaux en France. — Catherine de Médicis envoie des haquenées à Philippe II. — Plusieurs fois elle fait de graves chutes de cheval. — Raconte au connétable de Montmorency l'une de ces chutes. — Marguerite de Valois renonce à la chasse. — Elisabeth de Valois hérite du goût de sa mère pour la chasse. — " Chasses de Philippe II. — Ferdinand, roi des Romains, passionné pour la chasse. — Ce qu'écrit l'empereur Maximilien au sujet de son fils.
ious avons un second et dernier chapitre à consacrer à Catherine de Médicis. Si grands que fussent ses besoins d'argent, elle ne perdait pas de vue le soin et l'entretien des haras royaux. Si elle ne put les conserver tous , elle chercha du moins à atténuer les mauvais effets de réformes devenues néces-
saires. « Mon cousin, écrivait-elle à M. de Boisv, « ayant esté advertye que l'escuyer Moret, qui « avoit charge du haras de Meun, est allé de vie « à trépas, j'ay advisé de vous depescher Marc- « Anthoine avec ce mot de lettre, pour vous prier « que, venant par deçà, vous passiez par ledict « Meun pour y donner l'crrdre qui s'ensuit, qui est « qu'ayant le Roy monsieur mon filz advisé de n'en- « tretenir plus que ung seul haras et de l'avoir au a dict Meun pour estre le lieu le plus propre et « commode, il fault que vous regardiez s'il sera suf- « lisant pour porter jusques à deux cens jumens « portières, qui est le nombre à quoy il entend « le dict haras estre réduit, et elles se prendront, « tant de celles qui sont au présent au dict Meun, « que des autres que l'on tirera de Montfort, des « meilleures et des plus propres pour le dict haras, « et vous ferez vendre toutes les autres affin de nous « servir de l'argent qui en proviendra à la despense « du dict haras et relever le Roy monsieur mon filz « le plus que l'on pourra de despense, comme vous « sçavez qu'il en*a bien besoing. Vous priant, mon « cousin, que suivant ce que je vous mande de sa « résolution en ceste affaire, vous regardiez d'y si « bien dresser le mesnaige qu'il y soit servy aux « moindres fraiz qu'il sera possible et sans aucune « confusion de personnes, et à vostre arrivée par
sous LES VALOIS. 6ï
« deçà, j'adviseray avec vous ce que l'on pourra
« faire pour les autres personnes dont l'on n'aura
« plus à se servir par le moyen de la dicte reduc-
« tion. Priant Dieu, mon cousin, qu'il vous ayt en
« sa saincte garde. Escript à Saint-Germain-en-
« Laye le xxvf octobre * .
« La bien vostre,
' « Gâter iNE. »
Les chevaux, en France, étaient devenus d'une extrême rareté. Nous n'en voulons pour preuve que la lettre suivante du connétable de Montmorency à M. d'Humières^ : « J'ay parlé au Roy (Henri II) « pour vous donner ung cheval ; il m'a dict qu'il « vous donnera bien un poulain , mais de cheval « fait il n'en a pas ; mesmes des turcs que lui a « amenés dernièrement Moranges, il ne s'en est pas « trouvé ung seul de service . »
Néanmoins^ nous voyons Gatherine de Médicis, pour complaire à Philippe II, lui offrir par l'intermédiaire de M . de Fourquevaux six haquenées (de Bretagne, sans doute, car c'est le lieu d'où on les
1. (i56i) Biblioth. imp. Fonds Gaignières., 3 3 7, 338, f» 55.
2. Le II février 1557. Biblioth. imp. Fonds Clerambault, vol. 61.
tirait), et elle y joint pour les deux infantes ses petites-filles, deux petits chiens de Lyon *.
Avec l'âge, Catherine devint pesante, et si elle persista à monter à cheval, ce fut, nous dit Brantôme, « au grand dommage de son corps, car elle « fust blessée plusieurs fois, jusqu'à rompure de « jambe et blessure à la teste, dont il l'en fallut « trépaner 2. »
Elle nous raconte elle-même fort plaisamment un de ces accidents qui ne la décourageaient pas. Sa lettre est adressée au connétable ^ :
« Mon compère, j'ay esté bien ayse d'avoyr eu « par ce pourteur de vos nouvelles et que vous por- « tés si bien que ayés délibéré de nous venir trover « bien tost, ce que je vous prie bien fort; car de- « puis vostre partement, nous est aveneu tout « playn d'inconvénient, comme vous dira ce pour- « teur, et aurés veu par ce que vous escrivis hier ; « mais volant savoyr de ma cheute, je vous diray « qu'elle a esté grande et lourde, mais, Dieu mercy, « je n'ay esté guières blessée et ne suys que mar- « quée sur la nuque comme les moutons de Berry,