‹ Les chasses de François Ier racontéesChapitre 5 sur 52 · Deville, Tombeaux de la cathédrale de Rouen, p · texte numérisé non relu

Deville, Tombeaux de la cathédrale de Rouen, p

2. Documents inédits, Relations diplomatiques avec la Toscane, t. III, p. i4o.

sous LES VALOIS.

cornes de cerf envoyées d'Allemagne au roi Louis comme une admirable rareté.

« Près de Blois, une grande forêt qui a plus de onze lieues en longueur et quatre en largeur, contient plusieurs maisons de plaisance, construites par différents rois ; toutes les espèces de bêtes fauves y abondent ; il y a entre autres une biche dont les cornes ne sont pas moins admirables que celles dont j'ai * parlé plus haut ; c'est pourquoi il est défendu de lui courir sus, et l'on a pour elle toutes sortes d'égards comme pour une merveille*. »

Navagero,qui n'a fait que traverser la France, est un de ces voyageurs tout disposés à admirer. Mais les ambassadeurs vénitiens obligés à la résidence se montrent plus sévères ; ils en avaient un peu le droit : « Notre ambassade dura 45 mois, s'écrie MarinoGiustiniano; durant ce temps jamais la cour ne s'arrêta quinze jours à la même place. » Et il se plaint de la cherté des vivres rendue excessive par les guerres, de la perte de ses chevaux morts en suivant la cour, et ne cesse de crier misère. Il n'exagère pas; l'ambassadeur de Toscane, dans une lettre à Cosme I^% nous dit la même chose : « Cette cour n'est pas faite comme les autres; on ne pense ici

I. Ambassadeurs vénitieus, traduction de Tommaseo, t. I, p. 29.

l8 LA CHASSE

qu'à la chasse, aux dames, aux festins et à changer de lieux. Lorsque la cour s'abat sur quelque contrée, elle y reste tant que durent les hérons, et ils durent peu, car entre le roi et les grands de sa suite, ils ont plus de cinq cents faucons. On court deux fois le cerf, une autre fois on va aux toiles, puis l'on change de logement *. »

Marino Cavalli, qui remplaça Marino Giustiniano comme ambassadeur, évalue les dépenses de la chasse de François I" à i5o,ooo écus, y compris les provisions, chars, filets, chiens, faucons et autres bagatelles ^, et il ajoute :

« Si vous voyiez la cour de France, vous ne vous en étonneriez pas. »

Alexis Monteil, notre maître à tous, un peu oublié aujourd'hui, est le premier qui ait eu l'heureuse idée de se servir des livres de dépenses de nos rois pour rendre à chaque époque son caractère, sa physionomie. Voici une page de lui qui mérite d'être citée en entier :

« Quels sont, ai-je demandé à l'huissier du cabinet, les bâtiments que nous voyons au delà de l'étang? — Ce sont les écuries, le chenil, la fauconne-

1. Documents inédits. — Négociations diplomatiques avec la Toscane, t. III, p. 17.

2. Documents inédits. — Ambassadeurs vénitiens, t. I, p. 285.

sous LES VALOIS. I9

rie, les héronnières. Ces bâtiments ne vous paraissent que grands : ils sont immenses, et cependant je ne puis comprendre comment ils suffisent à loger tant de chevaux, tant de piqueurs, tant de chiens qui, aux chasses du roi, couvrent la terre; tant de faucons, tant de hérons qui remplissent le ciel. Quelquefois le roi, outre ses cent pages, ses deux cents écuyers, piqueurs ou chevaucheurs, mène avec lui quatre ou cinq cents gentilshommes; quelquefois il est accompagné de la reine ou des reines, suivies de leurs nombreuses dames d'honneur, filles d'honneur ; alors tous les appartements d'en haut, toutes les salles d'en bas, tous les étages, tout le château, toute la cour, toute à cheval, toute en habits rouges, semble au milieu de la campagne trotter, galoper à la suite du roi aussi en habit rouge, courant le cerf, le sanglier ^ >■>

I . Alexis Monteil, Histoire des Français des divers États, t. VI, p. 245,

Page 1