‹ Les chasses de François Ier racontéesChapitre 50 sur 52 · I. V. Canel, Etats de Normandie · texte numérisé non relu

I. V. Canel, Etats de Normandie

DE LOUIS DE BRÉZÉ. iSg

sois par eux receu et recueilly suivant l'autorité et pouvoir qu'il luy a pieu me donner, sans mettre les choses en longueur de faire aultre assemblée de la dite court suivant le nombre qu'ilz sont pour ceste heure. Davantage, Monseigneur, vous scavez comme entre nous gouverneurs des pays devons sur toutes choses garder les autorités et privilèges^ de noz gouvernements et porter l'un l'aultre, en façon que on ne nous y puisse riens retrancher et pour ce que les gouverneurs pour l'ung des plus grands honneurs de leur entrée ont accoustuméde délivrer les prisonniers et aussi en usa feu monseigneur d'Aïlençon à sa venue au dit Rouen, comme j'ay entendu pouvoir à part de ce faire et jevousprye, affin que je ne fasse la mienne en moindre autorité, mais ainsy qu'il appartient au dit seigneur me donner le dit gouvernement, que luy en veuillez parler, affin que son plaisir soit escripre à monseigneur le chancelier une bonne lettre signée de sa main, qu'il ayt à me dépescher incontinent ung exprès pour ce cas et me le envoyer en dilligence, affin que ma dite entrée n'en puisse retarder, et aussy il vous plaira me faire dépescher ung autre patente adressant à la dicte court derogant aux ordonnances qu'elle a jurés pour me interiner mon dict pouvoir entièrement ainsy qu'il a pieu au dit seigneur me le donner; vous me esterez hors de grosse poyne et estant seur, Monsei

gneur, que n'aurez mon affaire en moindre recommandation que la vostre propre , ne vous en feray plus long propos. Je vous escripvis hier une lettre avecques une aultre que j'ay escripte au roy qui ne parle que de chiens et d'oyseaulx ; si vous ne l'avez avant celle-cy, vous l'aurez tost après, qui me gardera de vous faire cette cy plus longue, et partant prye Dieu, Monseigneur mon grant maistre, vous donner tout ce que désirez. Escript de Evreux le XVII de septembre i526.

« Vostre plus obéyssant amy,

« Brézé. n

A MONSIEUR LE MARESCHAL DE MONTMORENCY

« Monseigneur mon grant maistre,

« Suivant le commandement qu'il a pieu au roy me faire, je m'en suis venu en ceste ville avec les autres commissaires tenir les Estats de ce pays là où selon le contenu en ma commission j ay fait la demande pour le dict seigneur, laquelle par les délégués des dits Estats a été très-libéralement entièrement accordée, mais quant nous sommes venus sur la ratiffication du traité de la paix après leur avoir débatu et fait toutes les remontrances qu'il a esté possible et la mauvaise conséquence qui pourroit redonder au dit seigneur et à son royaulme, là où le dict traité ne seroit tenu et entretenu (quelque chose que nous leur avons sceu alléguer), ne avons jamais sceu mener ni convertir à ce point qu'ils se soient voullu consentir pour deux points qui y sont, lesquels ilz nous mettent en avant : l'un, qu'il a

obligation de prise de corps, et l'autre submission de censures ecclésiastiques. Ils disent bien que de leurs biens et de leurs corps ils sont au roy, mais d'obliger leurs amis, ils le trouvent merveilleusement estrange et encore sont-ils fermes en ung aultre propos, c'est qu'ilz veullent voir l'accord et rattiffication qu'en ont faite ceulx de Paris. Je vous asseure, Monseigneur, qu'il n'a tenu à y faire nostrc plain pouvoir qu'ilz n'aient esté menez à la raison, touttefois il n'y a eu ordre, et quant je les ay veus en ceste voullonté, je les aytousmis en arrest jusqu'à ce que j'aye eu response du roy de ce qu'il luy plaira que je y face, laquelle je vous prie me faire despescher et m 'envoyer en dilligence, affin que je vous aille achever les autres affaires du dict seigneur qu'il luy a pieu m'ordonner. Si avant mon départ de la court le faictde ladite rattiffication m'eust été communiqué, nous eussions si bien débatu les difficultez qu'ils me font à ceste heure, et toutes les aultres choses, qu'il y eust esté pourveu en sorte ou façon que je croy que les choses se fussent entièrement passées, mais je n'en ay jamais riens sceu jusques à ce quel'on m'ait icy baillé la despesche. S'il est possible de recouvrer la rattiffication de ceulx de Paris et qu'on mêla puisse envoyer pour la leur monstrer, je croy qu'ilz ne feront plus les difficultez. Je ne vous scauroys escripre aultre chose, sinon que je fais chercher par

tout le pays s'il y a point esté prins quelque beau faulcon pour le vous envoyer et feray fin suppliant le Créateur vous donner tout ce que désirez. Escript à Rouen, le xix octobre (i526).

« Si le roy déclaroit que cet article de censures ne s'entend seulement que pour le traité de mariage et pour la seureté du douaire de la royne, je croy qu'ilz n'y feroient plus de difficultez.

« Vostre plus obéyssant amy, « Brézé. »

A MONSIEUR LE MARESCHAL DE MONTMORENCY

« Monseigneur,

« Depuis le parlement du roy et de vous, nous avons toujours fait bonne chère, Dieu mercy, réserve le regret que nous avons eu d'éloigner une si bonne compagnie. Je m'en pars aujourd'hui pour aller coucher à Nogent et n'y a riens qui m'y mène que pour faire voiler deux ou trois hairons à vostre gerfault et au bout de cela luy nouer la bouche pour ceste année. Monsieur de Fresne arriva à ce soir céans que j'ay entretenu une grosse heure ung matin et de la sorte que je l'ay fait pleurer; ma femme lui a dict aussy ce que le roy lui avoit donné charge de lui dire pour s'en aller devers luy. Après toutes choses débatues, il ne sera desdit de ce qu'il m'a dict. Nous viendrons au bout de nostre entreprinse. Il m'a dict qu'il me supplie que je vous dise qu'elle soyt mariée en argent si raisonnable que

chascun dira qu'il s'est mis à la raison et encore que s'il n'a voulu tout prendre en argent qu'il lui baillera une terre qu'il a acquise en Normandie qui vaut bien huit cents livres de rente; mais sur toutes choses il n'a voulu entendre qu'elle vienne à partager pour laisser la maison entière, comme elle a esté de tout temps. Je ne trouve pas les choses fort loin delà raison en luy baillant mariage suffisant et de quoy on se doive contenter.

« Monseigneur, jevousprye, s'il est possible, de me recouvrer ung duc. Je n'en ay point pour mettre en train quelques sacres. — La chasse du roy nous a faict manger d'ung cerf qui vint hier mourir aux estangs de Préval qui estoit ung jeune cerf qui n'avoit que les meulles. — Quant il vous plaira nous faire scavoir de voz nouvelles, vous estes aussi prest de Nogent comme d'icy, je n'y seray que quatre ou cinq jours. — Le roy m'a laissé dix-huit chiens qui se trouveront bien de la mort de ce cerf, car je leur en fis bonne curée, pryant Dieu, Monseigneur, vous donner bonne vye et longue. Escript à Ennet, le ni® demay(i527).

(( Vostre très-obéyssant amy, (( Brézé »

A MONSIEUR LE MARESCHAL DE MONTMORENCY

« Monseigneur mon grant maistre,

(( J'ay voulu lire au roy la lettre que vous a esté escripte de Gompiègne, qui ne l'a pas souffert, mais l'a prinse et voulu lire lui-mesme, là oti je vous asseure qu'il n'a trouvé chose qui luy ait desplu, ne de quoy il ait faict maulvais visage. ^Je luy ky aussy compté ce que vous m'avez escript, touchant les routes du dit Gompiègne et des cerfs de Ghantilly et des environs qui luy seront mieulx gardez que vos chevaux en vostre estable ; à quoy il m'a faict response que des dites routes, il vous les avoit commandées trois ou quatre fois, premier que les voulussiez jamais faire faire, et ne sommes pas d'opinion luy et moy qu'elles soient cause de desranger les cerfs. Je luy ay aussi dict que m'aviez escript que si vous le pensiez vous les feriez plustost replanter, de quoyje vous asseure qu'il s'est prins à rire, ety estoit monsieur l'admyral présent, quant je luy ay faict ce

compte ; si affaire que vous avez en main prenoit bientost fin, j'aurois espérance que nous vous voyronsde bref, mais à ce que je voy les ambassadeursdel'Empereur qui sont icy cherchent cinq pieds à ung mouton, là où il n'y en a que quatre, de quoy je vous advise, je n'ay failly de leur direaujourd'huy en plein conseil. Je croy, Monseigneur, que vous avez receu cinq paquets de lettres que je vous ay dernièrement escriptes qui me gardera de vous faire la présente plus longue. Après mes recommandations à vostre bonne grâce, je supplye le Créateur vous donner ce que désirez. Escript à Angoulesme ; le xxvni may

« Vostre très-obéyssant amy,

« Brézé. »

A MONSIEUR LE MARESCHAL DE MONTMORENCY

« Monseigneur mon grant maistre,

« Je vous escripts ceste lettre pour mes propres affaires, lesquelles je vous prye avoir toujours en aussy bonne recommandation comme vous avez accoustumé et pour vous advertir de quoy il est question , c'est quant le roy partit pour s'en aller en Itallie qui me laissa en Normandie pour garder la frontière, il m'ordonna cinq cents francs tous les moys pour mon plat et combien que tous les aultres lieutenants généraulx du roy ordonnez pour la garde des aultres frontières en eussent eu moitié plus, je estoys aussy content que eulx et quant la fortune advint de la prison du roy, Madame m'escripvit expressément qu'elle voulloit que ceste somme pour mon dict plat à moy ordonnée par le roy me fust continuée, autant que serois là pour le service du dit seigneur, dont j'ay toujours esté payé par les „mains de Spifame et Jehan Carré par ma quittance;

touttefois. Messieurs des comptes n'ont vouUu jamais allouer au dict Carré ce qu'il m'en a payé et plus fort l'ont condampné à payer ceste somme au roy et à la reprendre sur moy qui me viendroit bien mal à propos en Testât en quoy je suis de mes affaires et que je suis seur que vous entendez bien que j'y ay fourny beaucoup du mien davantaige pour entretenir les gens en bonne volonté de faire service au roy et à Madame et à Messieurs ses enfants durant la détention du dict seigneur. Messieurs des comptes luy font aussy quelque difficulté à luy allouer quelques mises qu'il afaictes par mon ordonnance pour le service du roy^ que vous scavez qui n'est pas raisonnable que sois contraint de perdre ce quej'ay vaillant et comme le dict Carré vous donnera plus amplement à entendre. J'entends bien que vous donne beaucoup de poyne, mais le vouloir que j'aydevous f^ire service m'y contrainct. Ma femme se porte très-bien, Dieu mercy, et croy qu'elle soyt hors de danger. Je vous asseure qu'elle a esté en tel estât qu'on n'eut pas sceu dire si elle debvoit vivre ou mourir, et sur ce point, Monseigneur, vous diray adieu, luy pryant vous donner accomplissement de tous vos désirs.

(( Ce dernier jour de septembre (1527).

« Vostre plus obéyssant amy,

«Brézé. ))

l50 LETTRES

A MONSIEUR LE MARESGHAL DE MONTMORENCY

« Monsieur mon grant maistre,

« Il n'est pas créable la grant joye qu'avez mise parmy cette compaignie et povez dire que n'y viendra jamais homme qui soyt myeulx acueilly que vous, et à dire la véryté, vous l'avez aussy bien méryté qui l'est possible. Je vouldroys que vous eussiez ouy les prépoux que le roy en a tenus en son lict à se matin. Je ne vous puis fere plus longue lettre pour ceste heure et en remectz le surplus jusques après que je vous reveray, de quoy j'ay aussi grant envye que homme scauroit avoyr, vous dysant adieu. Monsieur mon grant maistre, auquel je prye vous donner tous vos désyrs. De Bourdeaulx ce m de juillet 1529.

« Vostre plus obéyssant et meilleur amy,

« Brézé, »

DE LOUIS DE BRÉZÉ. l5)

A MONSIEUR LE MARESCHAL DE MONTMORENCY

<« Monseigneur mon grant maistre,

« Je vous veulx bien avertir comment je m'en allois à Paris, pensant trouver le roy, Madame et toute la compagnie ou bien près de là ; touttefois il est passé par icy ung gentilhomme qui est de monseigneur de Vendosme ' qui dict qu'il n'y a que deux jours qu'il est party de Chambort et n'est nouvelles du partement du roy pour ce que la goutte a prins Madame. Pour ceste raison je vous envoyé ce porteur en dilligence pour scavoir qu'il plaira au roy que je face, et aussy si le dict seigneur vouldra point que ses chiens courent en l'attendant ; si la maladie de Madame est fort longue, que Dieu ne

Page 1