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LE TIGRE ROYAL

L'espèce tigre n'a que deux repi-éscntants : le ligre royal elle tigre longibande. Nous ne nous occuperons ici que du premier, qui est plus grand, plus fort et très cruel, tandis que le second se montre singulièrement doux pour un animal de la taille et de la force du léopard.

Le ligre royal est un énorme et magnifique chat, au pelage richement orné et coloré. Le mâle atteint régulièrement de â'^S à 2"55 de longueur totale, y compris la queue mesurant 0"73; mais on en a tué de très âgés qui allaient jusqu'à S'°90. Sa hauteur au garotest de 0°80.

La distribution géographique de cet animal ne se borne pas, comme on l'admet généralement, aux chaudes contrées de l'Asie, aux Indes orientales; elle comprend en réalité une région plus vaste que l'Europe, car on le rencontre du 8° de latitude sud au 53° de latitude nord. Le tigre ne vit donc pas seulement dans la zone torride puisqu'il supporte facilement le climat si rude de la Sibérie.

Aucun des féliens de l'Asie n'est de force à lutter contre le tigre ; le lion de l'Atlas seul le pourrait ; parviendrait-il à le vaincre ? c'est assez probable, mais enfin nul n'oserait l'affirmer. Quant au fameux parallèle si élégamment écrit par Bulfon, il convient de n'y voir qu'un magnifique exercice de style.

On pourrait être tenté de croire qu'un animal, dont les

couleurs sont aussi remarquables, doit frapper de loin les yeux de ses victimes ; il n'en est rien cependant^ parce que Tensemble de ces couleurs s*liarmonise tellement avec celle du milieu où il se tient que parfois des chasseurs très habiles ne découvrent pas ranimai couché tout à côté d'eux.

II a les mœurs et les habitudes des chats. Ses mouvementSy malgré sa taille, sont aussi gracieux que chez les plus petites espèces; en outre, sa course est rapide et il supporte bien la fatigue, sans compter qu'il glisse silen* cieusement dans le couvert, fait des bonds énormes, grimpe avec assez d'aisance sur les arbres et nage admirablement.

Le tigre n'est pas un vrai nocturne ; il rôde, comme la plupart des féliens, à toute heure de la journée, de préférence le soir, avant et après le coucher du soleil. Il affûte bien autour des sources, sur les routes, les chemins de desserte et les sentiers de la forêt ; mais, à toutes ces embuscades, il préfère les roseaux sur les bords des fleuves, parce qu'il peut y surprendre les animaux, qui viennent boire, ou les hommes pieux allant faire leurs ablutions sacrées.

Qu'il soit blotti à terre ou tapi sur une grosse branche, il fond sur sa proie d'un bond de huit à neuf mètres avec une vitesse incroyable. S'il manque son coup, ce qui est rare, au lieu de poursuivre il gagne en grognant un nouveau poste d'affût. Presque tous les mammifères tombent sous ses griffes ; il se jette aussi sur les jeunes éléphants et rhinocéros, mais il respecte les vieux.

c Le tigre est d'une audace si grande que Forbes n'hésite point à affirmer que toutes les communications seraient impossibles aux Indes sans la grande peur que le feu inspire à ce terrible carnassier. Il ajoute même que dans ce pays, à cause des chaleurs, on ne voyage que la nuit en nombreuse compagnie et que malgré cela et en dépit des

torches et des tambours, il n'est pas rare de voir le tigre tenter une attaque audacieuse, souvent avec plein succès. Les troupes elles-mêmes ne sont pas à Tabri, et Forbes eut occasion de voir dans une seule nuit trois sentinelles dévorées par ces animaux. Les traînards qui suivent les armées deviennent généralement leur proie. »

Ce triste tableau est tant soit peu exagéré, mais exact au fond; il est prouvé de plus qu*en maints endroits les tigres pénètrent de jour au sein des villages, même des villes, pour y chercher une proie humaine ou autre, et qu'on ne parvient à se protéger qu'à l'aide de feu constamment entretenus et de grandes haies d'épines.

Les attaques de cette terrible bête sont si promptes et si imprévues qu'il n'est guère possible de s'y soustraire, et les compagnons de la victime n'aperçoivent ordinairement le tigre que lorsqu'il emporte sa proie.

Sa force est prodigieuse. II entraine facilement sous le couvert un cheval ou un buffle dont, pour ne pas être dérangé, il ne se rassasie que la nuit, mangeant autant qu'il peut, tout en allant boire de temps à autre. Une fois bien repu, il tombe dans un profond sommeil, qui dure au moins douze heures.

Le rut d'ordinaire a lieu trois mois environ avant la venue du printemps; il amène entre les mâles des combats assez peu meurtriers, et un concert continu de rugissements qu'on peut traduire presque exactement par les deux syllabes ha-oube.

Cent jours après l'accouplement, la femelle met bas deux ou trois petits qu'elle cache dans un endroit inaccessible, au milieu des bambous et des joncs, choisissant de préférence le berceau touffu, ombrageux et frais que forme la corinthe avec ses rameaux qui retombent jusqu'à terre. En venant au monde, ils sont moitié gros comme un chat domestique et gracieux comme tous les jeunes féliens. Pendant les premières semaines, la mère ne les quitte que

;; lorsque la faim l'y oblige; mais dès qu'ils sont devenus

r plus grands et qu'il leur faut une nourriture plus solide

ri^ que le lait, force lui est bien de rôder au loin, et alors

y elle devient doublement dangereuse.

.' Le tigre mâle, pas plus que le lion de Barbarie, n'a cure

f, de ses enfants ; c'est à la femelle seule qu'incombe la peine

l-' de les élever et le soin de les défendre.

t Les chasseurs parviennent assez souvent à découvrir et

l à enlever une portée de jeunes tigres ; c'est une opération

r qui devient périlleuse si la mère découvre promptement

• les traces des ravisseurs ; car elle les suit, et alors on doit

se tenir sur ses gardes, la bête furieuse ne connaissant plus de danger et se précipitant avec une audace folle sur : ceux qui emportent ses petits.

Le chiffre des jeunes carnassiers ainsi enlevés doit être assez grand, si l'on en juge par ceux que l'on voit nonseulement dans tous les jardins zoologiques, mais encore dans presque toutes les ménageries ambulantes, et si Ton tient compte de tous les sujets qui meurent lors de l'élevage en captivité.

Pris en bas âge et traités d'une manière intelligente, ces animaux s'apprivoisent parfaitement, mais il est rare qu'ils montrent alors la même confiance et la même franchise que les lions. Une fois domptés, on peut entrer dans la cage et parvenir à leur faire exécuter toute sorte de tours ; c'est là, malgré tout, un jeu bien dangereux. Nous ajouterons même que, vis-à-vis des tigres qui semblent les plus obéissants et les plus doux, les gardiens et les visiteurs doivent constamment se tenir sur leurs gardes.

Parfois, le tigre s'est reproduit en captivité. On sait aussi qu'il s'accouple avec le lion, et qu'il en résulte des métis tenant le milieu entre les deux parents.

Le profit qu'un chasseur habile retire de la mort de ce carnassier est encore assez important. Abstraction faite de la prime de cinquante francs, il peut vendre la peau à un

prix élevé, ou bien utiliser les griffes et les dents, sans préjudice de la graisse qui se débile à un bon pn\. Quant à la chair, elle ne se mange jamais avec plaisir, malgré l'opinion accréditée généralement que tous les chats sauvages fournissent une excellente venaison.

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