‹ Les chasses du globeChapitre 12 sur 206 · CHASSE DU TIGRE ROYAL · texte numérisé non relu

CHASSE DU TIGRE ROYAL

Les indigènes^ qui n*ont guère d'armes à feu, prennent le tigre dans des pièges de tous genres; ils n'y réussissent que bien rarement ; mais ils emploient fructueusement deux moyens fort ingénieux pour venir à bout de cet animal avec la lance seule.

Le premier consiste à construire une cage en solides bambous, que Ton place sur le passage ordinaire du tigre et dans laquelle s'enferme un homme en guise d'appât. Le carnassier, arrivant à la nuit tombante, aperçoit bientôt l'homme qui, de son côté, par ses plaintes et lamentations, fait son possible pour l'attirer ; afin d'examiner mieux, il approche, voit sa prétendue victime à travers les barreaux de la cage et essaie immédiatement de les briser avec ses pattes puissantes, ce qu'il ne peut faire qu*en présentant sa poitrine au prisonnier, qui profite du moment favorable pour lui enfoncer sa lance dans le cœur.

Le deuxième moyen, fort singulier et très original, a eu plusieurs fois pour témoin le capitaine Williamson ; voici en quoi il consiste : < La trace d'un tigre étant découverte, les paysans indiens ramassent une quantité de feuilles de

proMSy qui ressemblent à celles du sycomore et qui sont communes dans beaucoup de jungles au nord de rinde. Ces feuilles, enduites d'une espèce de glu qu*on obtient en écrasant les baies d'un arbre fort commun dans le pays, sont semées près de Tendroit où ranimai se retire par la chaleur du milieu du jour. S*il vient à mettre le pied sur une de ces feuilles à surface visqueuse, c*en est fait de lui. Il commence par secouer sa patte pour la débarrasser du corps étranger qui Timportune et Tagace par son adhérence ; mais, n*en pouvant venir à bout, il frotte cette patte contre sa face. Les yeux, les oreilles et le nez s*engluent alors, et cet enduit lui cause une sensation si désagréable qu'il se roule sur d'autres feuilles poissées jusqu'à ce qu'enfin Use trouve complètement enveloppé et privé de l'usage de l'ouïe et de la vue. A ce moment, il traduit son angoisse par des hurlements affreux. C'est le signal qui fait accourir les Indiens, et ils peuvent alors tuer sans péril avec la lance cet objet de leur vive aversion. »

L'affût solitaire, improvisé sur le point où l'on vient de découvrir les restes d'une victime fraîchement immolée, se pratique souvent avec succès ; il plait beaucoup aux indigènes qui possèdent des armes à feu. Ils ont aussi l'habi • tude, en portant l'incendie dans les lieux qui servent de refuge au tigre, de le contraindre à se présenter au feu de tireurs habiles, postés sur des échafaudages, où ils sont en complète sécurité.

Le lieutenant Rice (1), qui dit avoir tué, de 1880 à 1854, soixante-huit tigres, trois panthères et vingt-cinq ours, sans compter ceux de ces animaux qu'il a seulement blésses, raconte, comme il suit, la méthode qu'il employait dans cette chasse :

c Muni d'excellents fusils à deux coups, accompagné de piqueurs bien payés et suivi d'une meute de chiens coura-

(1) Rice, Tigcr Schoiing in India,

geux, le tientenant Rice s'eatoigait dfiua# la foer^éjelierv chant lui-même le tigre dépisté. Le sehikari, ^v piqueur priiioipaU aUaitofdinaipemeBt de quelques pag en^ avant, observant avec soin les traces de la bête et indiquant la direction à suivra. X sa droite et à sa gauche, marchaient lea Anglais, le doigt sur la détente du fusil, et immédiate* ment derrière eux les plus sûrs de leurs gens avec des armes de rechange toutes chargées. Puis venait la musique, comprenant quatre ou cinq tambours, des cymbales, de» cors, et une pair^ de pistolets faisant feu sans rnterniptioa; des hommes armés de sabres et de longues lances lui servaient d'eseorte. Enfin l'arrière garde se com^posait de frondeurs , qui lançaient constamment par dessus la troupe des pierres dans les jungles et qui contribuaient plus que le tapage des instruments t faire lever le tigre. De temps en temps un homme grimpait sur un arbre pour observer les mouvements de la bête et les signaler à tout ce monde, qui avait ordre de rester en masse compacte.

« Jamais le tigre n*ose attaquer une troupe d'hommes s'annonçant d'une façon aussi bruyante... La plus grande difficulté consiste à tenir les piqueurs toujours réunis; car, entraînés par leur courage, ils se dispersent quelquefois aux premiers indices de succès.

« Cette imprudence leur coûte souvent la vie, parce que, blessé ou non, l'animal n'hésite jamais à fondre sur un homme isolé, et qu'on ne le retire de ses griffes que mort ou n'en valant guère mieux, j^

On peut, à notre avis, en restant toujours bien en troupe, chasser le tigre avec succès, lorsqu'on est prudent, et supprimer par exemple les chiens et la musique. L'expérience en a été faite, et elle a pleinement réussi. Nous conseillons néanmoins aux chasseurs de se munir, en sus du fusil double, d'un bon revolver de fort calibre qu'on porte à la reinture. Avec cela, de l'habileté dans le tir et surtout du

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sang-froid, on viendra à bout de ce terrible animal presque sans péril sérieux.

Les grands seigneurs indiens, peu soucieux de la vie de leurs sujets mal armés, font exécuter des traques par plusieurs milliers d*hommes, qui leur rabattent les tigres sur des points convenus à Favance , où montés sur des éléphants aguerris, ils les fusillent sans courir le moindre danger. Il parait même que plusieurs chefs anglais opèrent aussi de la même façon, mais seulement alors en vertu d'ordres de Tautorité supérieure, que provoque la trop grande multiplication des tigres dans une contrée. Quoiqu'il en soit, nous estimons que les chasses isolées que certains Anglais aventureux entreprennent seulSy ou avec un petit nombre de compagnons et quelques éléphants bien dressés, sont bien plus fécondes en résultats.

Il est fort rare que ces utiles animaux soient gravement blessés par les tigres les plus furieux ; ils savent adroitement soustraire leurs trompes à toute atteinte et l'épaisseur du cuir préserve leurs corps des coups de griffes.

Un tigre, blessé sérieusement, est un animal perdu, parce que, sous ce brûlant climat, les plaies deviennent de suite ulcéreuses et que la mort a lieu alors promptement.

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