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CHASSE DU LOPHOPHORE

Moiintaineer, qui nous a fait connaître les habitudes de cet oiseau en liberté, s'est vu rappeler à l'ordre par quelques-uns de ses confrères regrettant que chez lui le chasseur ait primé le naturaliste. Ce reproche est fondé, mais les disciples de Saint-Hubert se garderont bien défaire chorus avec les fervents amateurs d'histoire naturelle.

• Grâce à ce chasseur- naturaliste, nous savons que ce n'est pas en été qu'il faut, le fusil au poing, poursuivre le monaul dans les forêts feuillues où il se tient, parce qu'il échappe aux regards et qu'alors il ne se montre que bien rarement dans les champs de neige, matin et soir tout au plus, ce qui ne permet qu'un coup de feu par hasard, tan* dis que l'hiver, les lianes et les plantes perdant leurs feuilles ou se desséchant, on voit clair dans la forêt, qui parait remplie de ces oiseaux (t).

■ C'est à ce moment que les monauls se réunissent en grosses bandes et qu'en plusieurs endroits il est facile en un seul jour d'en faire lever une centaine au moins. On 1rs lue alors courant sous twis ou perchés. Dans ce dernier cas, si la plupart des oiseaux d'une troupe se sont branchés sur le même arbre, ce qui arrive souvent, et si le chasseur s'approche doucement, il peut faire feu sur un, puis sur un second, et ainsi de suite assez longtemps,

il) Au milieu doctolire déjà, le monaul se montre plus sonïoiit dans les eodroils dégarnis de buissons el ne cherctie plrs nuiant à se dérober aux regards.

parce qu'alors ces oiseaux, suivant Mountaincer, semblent ne pas s'effrayer du bruit de la détonation.

« Quand on chasse le monaul en forêt, il s'envole silencieusement, sans courir auparavant, mais, dans les prairies et les clairières, il piette toujours vile avant de prendre l'essor, s'il n'est pas poursuivi de trop près. Se lèvet-il alors, c'est bruyamment et en lançant un sifflement perçant qu'il répète jusqu'à lassitude et qu'il fait suivre souvent de son cri plaintif ordinaire. Lorsqu'on a fait partir de terre un ou deux monauls, tous les autres deviennent attentifs à leurs cris; s'ils appartiennent à leur bande, ils se lèvent aussi tous à la fois ; autrement, ils ne s'envolent que successivement et un à un. En hiver, ces oiseaux se montrent d'habitude plus indépendants; chacun se garde bien, mais ne part que s'il a été effrayé luimême par le chasseur. »

Voici les seuls renseignements certains que nous puissions donner aux amateurs qui seraient tentés par la séduisante perspective d'aller peloter les lophophores resplendissants sur les monts Himalayens. Â quoi cependant nous ajouterons que de près le plomb numéro 6 peut suffire pour abattre cet oiseau, mais qu'à vingt-cinq mètres il faut déjà du numéro 4.

LE

TRAGOPAN MÉLANQCÉPHALE

Cet oiseau, nommé vulgairement jeuw, rutpaul et faisan cornu, a de0"74 à 0"77 de long et presque un mètre d'envergure; l'aile est de 0"29, la queue de 0*27.

Caractérisé surtout par son ventre noir, le faisan cornu a les plumes de la tête noires, à pointe rouge; la nuque, le devant du cou et le pli de Taile d'un rouge écarlate ; les plumes du manteau d'un brun foncé, parcourues de raies noires très fines, irrégulières et parsemées de petites taches en forme d'œil, blanches, entourées de noir; les plumes de la poitrine et du ventre noires, comme hachées de rouge sombre, et pointillées de blanc; les rémiges noirâtres, rayées et tachetées de brun ; les rectrioes rayées de brunâtre et de noir jusque vers la pointe, qui est d'un noir uniforme ; l'œil brun ; le cercle circumoculaire d'un pougevif; les cornes d'un bleu clair; la gorge pourpre en son- milieu, aveo des taches latérales d'un bleu clair, et bordée d'un liseré couleur de chair ; le bec couleur de corne foncée ; les pattes reuge&tres. La femelle, à couleurs moins vives-, est d'\m dixième environ plus petite que le nràte.

Des quatre espèces de tragopans trouvées à e^ joistr,

deux habitent la Chine; la troisième» le tragopan satyre, se tient dans Test de THimalaya, dans le Népaul et le Sikim, tandis que la quatrième, le tragopan mélanocéphale, ne se rencontre que dans l'ouest de cette même chaîne à partir du Népaul. Cette dernière est la seule dont les mœurs et habitudes soient connues, et c'est encore à Mountaineer que nous en sommes entièrement redevables.

c Ce superbe oiseau, dit-il, se tient dans les forêts les plus sombres et les plus épaisses des hautes montagnes, fort peu au-dessous de la limite des neiges. En hiver, il descend plus bas, et vient se fixer dans les endroits les plus touffus des forêts de chênes, de noyers et de morindes, où dominent les bois et où les bambous de montagne forment entre les arbres des fourrés impénétrables. CTest là qu'on le trouve par petites compagnies de deux, trois, et jusqu'à une douzaine d'individus, qui cependant ne constituent pas des réunions intimes; ils sont au contraire dispersés sur une étendue plus ou moins grande de la forêt, où invariablement ils passent la nuit sur les arbres.

c Chaque compagnie semble revenir tous les ans au même endroit et s'y fixer, bien que le sol soit couvert de neige. Si une violente tempête ou quelque autre circonstance la force à émigrer, elle se dirige vers une vallée boisée, une petite forêt, un point couvert de bois peu élevés.

« Au printemps, quand la neige commence à fondre, ces oiseaux quittent leurs quartiers d'hiver; ils se séparent alors et se répandent dans les endroits les plus retirés, les plus tranquilles des forêts, dans la zone des bouleaux et des rhododendrons blancs, montant jusqu'à la limite supérieure de la forêt. Silencieux comme en hiver, ils ne font entendre leur voix que lorsqu'on les trouble.

« Leur vol très rapide est accompagné d'un bruissement particulier qui permet de reconnaître l'oiseau, même sans le voir^

« Le tragopan mélanocéphale se nourrit de feuilles, de bourgeons, surtout ceux des chênes et des buis; il mange en outre des racines, des fleurs, des baies^ des graines^ des insectes.

« En avril, l'accouplement a lieu. C'est alors qu'on rencontre le plus de mâles parce qu'ils sont à la recherche d'une compagne, et aussi seulement qu*ils crient toute la journée. Perchés à ce moment sur une branche ou sur un tronc d'arbre renversé, ils semblent avoir moins souci d'être vus.

En temps ordinaire, cet oiseau, quand on l'effraye, pousse des cris plaintifs qui ressemblent au bêlement d'un jeune agneau et qu'on peut rendre par ivae wae wae; ces sons au début se suivent lentement, bien détachés l'un de l'autre ; peu à peu, ils se précipitent, se confondent, et à ce moment l'oiseau s'envole. Le cri d'amour, presque semblable, se distingue cependant par une bien plus grande acuité de son qui permet de l'entendre à près de deux kilomètres, et puis en ce qu'il ne se compose que d'une syllabe, wae, lancée avec force, comme le bêlement d'une chèvre égarée. »

Mountaineer ne parle pas du mode de reproduction ; il dit seulement qu'après la saison des amours chaque famille demeure en un endroit, et émigré peu à peu vers ses quartiers d'hiver, où elle n'arrive qu'en novembre lorsque les forêts des montagnes sont buissonneuses. >

Les tragopans sont très faciles à apprivoiser. Les adultes même perdent bientôt toute crainte, toute timidité, et finissent par manger dans la main de leur maitre. Si on leur donne un espace convenable, ils se reproduisent, et rélève des petits n'est pas plus difficile que celle des faisans. On peut donc espérer de faire bientôt plus ample connaissance avec ces superbes oiseaux.

CHASSE DU TRAGOPAN MÉLANOCÈPHALE

« Là où il n'est pas beaucoup chassé, dit Mountaineer, le jewar n'est pas fort craintif et ne se lève que quand on rapproche de trop près. Il préfère se sauver en glissant, en rampant dans les buissons, et ne s'envole que pour gagner un arbre. Il crie tout le temps qu'il court et jusqu'à ce qu'il se soit caché dans le feuillage.

« Plusieurs jewars sont-ils réunis, tous se mettent à crier à la fois et se sauvent dans diverses directions, les uns courant, les autres volant. À la première alerte, ils se réfugient sur l'arbre le plus voisin ; mais, s'ils ont été souvent poursuivis, ils s'enfuient plus loin et d'ordinaire en descendant la montagne. On remarque du reste que, là où on les chasse fréquemment, ils deviennent plus prudents et finissent même par surpasser en ruse tous les autres oiseaux. Dès qu'ils remarquent alors l'approche de l'homme, ils crietit une ou deux fois et vont se cacher si bien dans le feuillage touflu d'un arbre qu'on ne peut les découvrir que par hasard. »

Il résulte pour nous de ces renseignements que la chasse des jewars est moins fructueuse que celle des lophophores, qu'elle est presque semblable et que le même numéro de plomb peut suffire. Nous ajouterons qu'il est.fort à présumer qu'il n'existe point de différence bien sensible entre la chair de ces^ deux oiseaux, vu la similitude absolue de nourriture.

Les tragopans, que l'on trouve à acheter dans le pays et qui sont vivants, ont été certainement pris aux pièges. Nous ignorons comment procèdent les indigènes.

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