LES DINDONS SAUVAGES
Le genre ne compte que deux espèces : le dindon vulgaire et le dindon ocellé. Ce dernier, malgré sa splendide et curieuse coloration, ne sera pas visé dans la présente étude, ses mœurs étant fort peu connues. Nous noiis contenterons de dire qu'elles sont probablement les mêmes que celles du premier, que sa taille semble pareille et qu'enfin il habite la baie de Honduras.
Le dindon vulgaire a I^IS de long, une envergure de l"*o6 environ, l'aile de 0"S0 et la queue de 0"41. Il pèse en moyenne de huit à neuf kilogrammes, tandis que la poule n'arrive à six que bien rarement.
« Le mâie a le dos d*un brun jaunâtre à éclats métalliques, avec une large bordure d'un noir velouté sur chaque plume ; le bas du dos et les couvertures de la queue d'un brun foncé, rayés de vert et de hoir; la poitrine d'un brun jaunâtre; te ventre et lés cuisses brunâïres; le' croupion noirâtre; les parties nues de la tête et du cou d'un bleu de ciel clair, el bleu d'outre-mer ati-dessous de Tœil ; les vcrrucosités d'un rouge laque ; l'œil bleu-jaune; le bec couleiVr de corne blanchâtre ; les pattes d'un violet pâle ou rouîge laque. »
L'aire dfe dispersion de cet oiseau, d'après l'illustre naturaliste américain (1), auquel nous emprunterons près que tout ce qui suit, est assez étendue.
(1) Afldaboîï, loc^cit., pages 27 et suivantes.
c Les portions non encore défrichées des Etats d'Obio, de Kentucky, dlllinois et d'Indiana; une immense étendue de pays, au nord -ouest de ces districts, sur le Mississipi et le Missouri, et les vastes contrées dont les eaux viennent se déverser dans ces deux fleuves, depuis leur confluent jusqu'à la Louisiane, et qui renferment les parties boisées de TArkansas, du Tennessee et de TAlabama, telles sont les régions où abonde ce magnifique oiseau. Il est moins commun en Géorgie et dans les Garolines, devient encore plus rare dans la Virginie, et maintenant c*est à peine si Ton en voit à Test de ces derniers fctats. Enfin on en trouve tout le long de la chaîne des monts AUéghanys.
< Le dindon sauvage n'émigre qu'irrégulièrement et ce n'est qu'Irrégulièrement aussi qu'il va par troupes, qui se suivent les unes et les autres et finissent par inonder les districts les plus abondants en graines et fruits des riches vallées de l'Ohio et du Mississipi. Ces migrations n'ont rien de périodique, mais couvrent une vaste étendue de pays.
€ Elles s'exécutent à pied ; les ailes ne sont de mise que pour traverser une rivière ou pour échapper à un carnas* sier. S'agitil de franchir un large cours d'eau, tous ne le font pas au vol d'une seule traite ; plusieurs tombent à l'eau, mais, nageant avec vigueur, ils atteignent l'autre bord, et on peut affirmer que sur deux cents un seul au plus se noie.
« Lors de ces migrations, les mâle^, groupés à part de dix jusqu'à cent, cherchent ensemble leur nourriture, tandis que les femelles, suivies de leurs jeunes parvenus alors aux deux tiers de leur croissance, s'isolent ou bien se réunissent avec d'autres familles jusqu'au nombre de quatrevingt à quatre-vingt-dix. Dans tous les cas, elles évitent soigneusement le contact des mâles parce qu'ils tueraient tous les petits de leur sexe.
« Quand ces émigrants sont parvenus aux lieux où la
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nourriture abonde, ils se fractionnent en plus petites troupes composées d*individus de tout âge et de tout sexe confusément mêlés, et dévorent tout devant eux. Cela arrive vers le milieu denoven»bre. Parfois ils deviennent si familiers après ces longs voyages qu*on en a vus s'approcher des fermes, se réunir aux volailles domestiques et entrer dans les étables et dans les granges pour y chercher à manger. Rôdant ainsi à travers des forêts et vivant de leurs produits, ils passent Tautomne et une partie de l'hiver. »
Ce qui rend possible une émigration si lointaine, c'est la rapidité soutenue de la marche des dindons. Bien que leur manière de courir, en se jetant de çà et de là et en se dandinant, paraisse fort gauche, elle ne leur en permet pas moins de devancer tout autre animal. « Souvent, dit en effet Audubon, quoique monté sur un bon cheval, il m'a fallu renoncer à les atteindre après une poursuite de plusieurs heures. »
Ces oiseaux se nourrissent d'herbe, de blé, de fruits et baies de toute sorte. On trouve encore souvent dans leur jabot des hannetons, des grenouillettes et de petits lézards. Bien qu'assez voraces, ils peuvent supporter une abstinence de trois à quatre jours et même plus; car, lorsqu'après une grande chute de neige la gelée survient et forme une croûte dure à la surface, on les voit rester tout ce temps immobiles sur leurs branches.
€ Dès le milieu de février, l'instinct de la reproduction commence à exercer sur eux son empire. Les femelles se séparent et s'éloignent des mâles. Ceux-ci les poursuivent hardiment et se mettent à glouglouter ou à marquer sur d*autrcs tons leur enivrement. Puis viennent les combats qui parfois se terminent par la mort d'un des deux rivaux. Le vainqueur s'apparie alors avec la femelle, et cette union est formée pour toute la saison, ce qui n'empêche pas ledit vainqueur de courir les aventures autre part. Après ce
rapprochement plus ou moins multiple, les poules suivent leur coq favori et se perchent dans son voisinage immédiat, sinon sur le même arbre, jusqu'à ce qu'elles commencent à pondre.
€ A ce moment, d'elles-mêmes, elles s'éloignent pour sauver leurs œufs des atteintes du mâle, qui les briserait infailliblement, et ne lui accordent plus que quelques instants chaque jour, ce qui le rend fort maussade.
< C'est alors que les coqs tombent dans une grande maigreur, se séparent des femelles pour se refaire et reprendre des forces en se purgeant avec certaines herbes et en se livrant à moins d'exercice. Après quoi ils se réunissent de nouveau et recommencent à parcourir les bois.
c Vers le milieu d'avril, quand la saison est sèche, les poules s'occupent à chercher une place pour déposer leurs œufs.
« I^ nid, formé seulement de quelques feuilles sèches, est à terre dans un trou que la femelle creuse au pied d'une souche, ou bien dans la cime tombée de quelque arbre à feuilles mortes; quelquefois il se trouve sous un buisson de sumac et de ronces ou au bord d'un champ de cannes, mais toujours en place sèche. Il renferme ordinairement de dix à quinze œufs et très rarement jusqu'à vingt.
c Quand la poule va pondre, elle s'approche toujours de son nid avec une extrême précaution, presque jamais deux fois de suite par le môme chemin, et, avant de quitter ses œufs, elle n'oublie pas de les recouvrir de feuilles, de sorte qu'on peut bien voir l'animal, mais qu'il est très difficile de mettre la main sur le nid.
« Nous ne connaissons point la durée exacte de l'incubation; seulement il est certain que la première quinzaine d'existence est fatale aux jeunes si la bonne et dévouée mère n'a pu complètement les préserver des effets désastreux de la pluie.
« Cette période critique passée, ils peuvent, sous les ailes de la poule, passer la nuit sur quelques basses branches très grosses et échapper ainsi à la dent des carnassiers qui rôdent par les ténèbres.
€ Le dindon sauvage pris jeune s'apprivoise très vite et devient même si familier qu'il suit à la voix tout le monde de la maison et qu'on peut le laisser libre dans la bassecour ; seulement alors il aime mieux pour la nuit le faite du bâtiment que le poulailler.
« Les doubles plumer longues et tombantes, qui, chez cet oi$ea,u, recouvrent les cuisses et le bas des flancs, sont souvent employées p^r tes femmes de nos colons et de nos fermiers pour faire des palalines ; bien établies, elles produisent un bel effet et sont en outre très conforttables. »