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CHASSE DU DINDON VULGAIRE

Jour et nuit, ces oiseaux ont à se garantir des attuques des loups, des renards et même des couguars ; nombre déjeunes, qui ne peuvent pas encore se brancher, deviennent la proie de ces carnassiers auxquels les adultes ne paient qu*un faible tribut.

« Des nombreux ennemis du dindon sauvage, au dire d'Audubon, les plus formidables, après l'homme, sont le lynx, le hibou de neige et le grand-duc de Virginie.

« Le lynx suce les œufs et est très adroit à s'emparer des vieux conmie des jeunes, ce qu'il exécute de la manière suivante : Quand il a découvert une troupe, il la suit à distance pendant quelque temps, jusqu'à ce qu'il soit bien

assuré de ia direction de sa route ; alors, par un rapide circuit, il gagne les devants, se met en embuscade et, lorsque les dindons arrivent, il saute sur le plus proche et l'étrangle. '

« Quand ces oiseaux sont attaqués par les deux grandes espèces de hiboux mentionnés plus haut, ils doivent souvent leur salut à une manœuvre qui ne laisse pas que d'être remarquable : Comme ils perchent habituellement en société sur des branches nues, ils sont aisément découverts par les hiboux, qui, sur leurs ailes silencieuses, s'approchent et voltigent autour d'eux pour faire une reconnaissance. Gela, néanmoins, s'effectue rarement sans quils soient aperçus par les dindons; et, à un simple cluck de l'un d'eux, toute la troupe est avertie de la présence du meurtrier. Aussitôt ils sont debout, attentifs aux évolutions du hibou qui, après en avoir choisi un pour victime, fond dessus comme un trait, et s'en emparerait infailliblement si, à Tinstant même, le dindon, baissant la tête et restant immobile, ne renversait sa queue sur son dos. Alors l'agresseur, ne rencontrant plus qu'un plan mollement incliné, glisse le long sans faire de mal à l'oiseau ; et celui-ci, sautant aussitôt à terre, en est quitte pour la perte de quelques plumes. >

Voici venir maintenant le plus terrible ennemi des dindons sauvages, l'homme, qui, aflriandé par leur chair abondante et savoureuse, a tout naturellement mis en usage bien des moyens de s'en emparer. Les armes à feu ne lui suffisant pas, il a imaginé des pièges rendant leur capture très facile. C'est encore Audubon qui va nous renseigner sur ces diverses chasses.

« Les bons chiens, dit-il, éventent ces oiseaux, quand ils sont en grandes troupes, à des distances surprenantes, à huit ou neuf cents mètres même. Si le chien sait bien son métier, il s'élance à plein galop et à la muette jusqu'à ce qu'il aperçoive le gibier ; alors, donnant de la voix, il

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pousse le plus vite possible au beau milieu de la troupe et la force à s^envoler dans toutes les directions. C'est là un grand avantage pour le chasseur ; car, si les dindons fuyaient tous du même côté, ils quitteraient bientôt leur première retraite et se renvolcraient, tandis qu'une fois bien dispersés, pourvu que le temps soit calme et couvert, un homme au fait de cette chasse peut les retrouver à son aise et les tuer à plaisir.

« Il est parfois très difficile de les voir sur les arbres parce qu'ils y restent complètement immobiles. Si Ton peut en découvrir un accroupi sur sa branche, rien de plus aisé que de s*en approcher, et sans la moindre précaution ; mais, s"il se tient droit sur ses jambes, il faut alors prendre bien garde parce que, dès qu'il aperçoit un homme, le voilà qui part et qui vole souvent à une telle distance que ce serait peine perdue de courir après.

• En hiver, beaucoup de nos chasseurs émérites affûtent ces oiseaux, par une belle lune, sur la branche où ils resteront souvent sans s'effrayer d'une première décharge, et c'est ainsi que des troupes presque entières peuvent être abattues par des tireurs habiles.

« De grandes quantités sont encore détruites au moment, hélas I où leur chair en vaut le moins la peine, c'est-àdire au commencement de l'automne, alors que ces oiseaux cherchent à traverser les rivières, ou bien immédiatement après qu'ils ont touché le bord.

c On tue aussi plusieurs dindons d'un seul coup de feu au moment où le maïs commence à sortir du sol et où les dindons viennent à l'envi le déterrer. On ouvre une longue tranchée dans un endroit favorable et on y répand beaucoup de blé plusieurs jours de suite. Quand ces oiseaux ont pris l'habitude d'y venir manger, on charge fort un fusil ou une canardière, qu'on dispose de manière à enfiler la tranchée et que l'affûteur bien caché fait partir par le moyen d'une longue corde, en ayant soin,

juste avant de tirer sur la ficelle, de siffler très fort pour iaire lever la tête à toute la troupe. Un brave fermier m'a raconté, ajoute Audubon, qu'il en avait tué neuf ainsi en une fois et que, de tout le reste de Tannée, les visiteurs n'avaient pas reparu.

< Enfin, au printemps, on appelle, ou, comme on dit, on appipe les dindons en aspirant l'air d'une certaine façon à travers l'un des os qui forment chez eux la seconde jointure de l'aiie. On produit ain:>i un son qui ressemble à la voix ()e la (em^elle. Le mâle y vient et on le tjiie ; mais c'est là qn instrum^ent dont il Eaut jouer très juste, car ces oisaaux sont bien diSiciles à tromper.

< Pour &0i finir avec la chasse au fusil, il ne nous reste plus qu'à prévenir qu'on ne tue facilement les dindons qu'en les frappant à la tête, au cou et à la partie supérieure de la gorge. Tirés par derrière, ils peuvent encore voler très loin, et on risque fort de les perdre. Ne sont-ils que désailés, bien loin de sautiller et de se débattre sur place à l'instar des auti^s oiseaux, sans perdis de temps ils détalent et d'un train tel que, si le chasseur n'est pas accompagné d'un chien ayant de bonnes jambes, il peut leur dire adieu.

c On prend p^r ci par là quelques dindons aux collets^ mais la méthode desi cages, qui les ùlH capturer vivants, est à la fois la plus commune et la plus fructueuse; elle mérite donc d'être décrite avec soin.

« La cage se plaœ dans la partie du lotoisoù on a remarqué que ces oiseaux se perchent d'habitude, et on la construit de 1^ manière suivante : On coupe de jeunes arbres de 0°*li à 0"*13 de diamètre et on les fend en pièces da 4'"Q0 à 4*^66. Deux de celles-ci sont couchées sjyir le sol parallèlement et à une dislance de 3"33 à 4'!^0; deux autres sont pareilleiuent placées en travers, à angle droit au bout des premières ; et ainsi de suite on en couche de nouvelles les imes sur les auti^es jusqu'à ce que la cons-

iruotîon ait atteint une hauteur >d*eivviron 1*33. On ht recouvre alors de semblables travei^es de bote distantes tde 0^08 outO^liUuiiade UautTe;)par deœus lelout on met (Une oudeuxigrosses'souctes pour tei charger et' le rendre plus solide.

>c Gelalfiiit, .il butt)uvrfr une^tranchéeilaqgeet pril^fonde i)?envifon.0^iSD;sousU.undeseâtésde!bieage, dans laquelle elle wiaatdébouctrar* obliquement ;et «'par une 'pente asisez ftbruptis; ipui^, on la icontinueten ^dahons^à^une 43ei;taine distance, de fiE^fon iqufelle atteigne tinsenslbiament le iitveen>duisol(aux environs; »en(in,.3ur une partie ;de)la tranchée en dedans de lacage«titoucbantàaa'paroi,^on établit Que^ques.petits ^bâtons fovmant lUne iso^te de pont qui ;peut^a^oir0^88!deilarge.

»ctla< trappe aindi terminée, le plégeur^répand aucerllre quarilité'de bté.d-hide; il-en^met aussi dans la llranëhée et a soin d'en jeter cà et là queques^pbîgni^es^au trïrvers du bois; cela se répète à chaque visite qu'il fait à sa cage, après que les oiseaux l'ont aperçue.

« Un dindon n'a pas plutôt découvert la traînée de blé qu'il pousse un glMk retentissant et donne avis de cette bonne aubaine à toute la troupe qui s'empresse d'accourir. Ils commencent d'abord par glaner les grains épars aux alentours, puis finissent par s'engager dans la tranchée qu'ils suivent l'un après l'autre en se pressant le long du passage au-dessous du pont. De cette manière, qucl« quefois toute la troupe entre, mais plus ordinairement cinq ou six seulement, car ces oiseaux sont alarmés par le moindre bruit, même par le simple craquement d'une branche lors des gelées. Ceux qui sont en dedans, après s'être gorgés de grain, redressent la tète et essaient de sortir par le haut ou les côtes de la cage. Ils passent et repassent sur le pont, ne s'imaginant jamais de regarder en bas, et sans avoir l'instinct de reprendre, pour s'échapper, le chemin par où ils sont venus. Ils restent là jus--

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qu'au retour du piégeur, qui Terroe le passage et met la luaio sur ses prisonniers.

€ On m'a parlé, dit encore ce chasseur-naturaliste, de dix-huit dindons pris ainsi en une seule fois; moi-même j'ai eu pour mon compte nombre de ces cages, mais je n y ai jamais pris plus de sept oiseaux d'un seul coup. Un biver, je fis le total de ce que Tune d*elles m*avait produit; eo deux mois seulement, le cbiffre s*élevait à soixante-seize.

c Quand ces oiseaux abondent, on est quelquefois las d*en manger, et les propriétaires des cages négligent de les visiter plusieurs jours de suite, et alors les pauvres captifs meurent de faim. •

€ Il y a trente ans au moins qu'Audubon voyait, dans le Rentucky, vendre trente centimes un dindon de cinq à six kilogrammes et 1 '' 25 ceux de douze à quinze kilogrammes. Ces oiseaux, cela va sans dire, se paient beaucoup plus cher aujourd'hui.

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