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CHASSE DU JAGUAR

Cet animal causant partout des dégâts considérables et étant même dangereux pour l'homme qu'il attaque parfois sans provocation, il est naturel qu'on emploie pour le détruire tous les moyens possibles.

Le jaguar se tue bien à l'affût solitaire ; l'appât consiste alors en un animal vivant ou en une de ses victimes fraîchement égorgées. Si, grâce à un épais buisson, naturel ou artificiel, le tireur se rend invisible et opère dans le plus grand silence, la bête blessée fuira toujours du côté opposé au feu quand elle ne sera point foudroyée.

Se poster sur des arbres est un procédé détestable, d'abord parce que le tir de haut en bas demeure fort incertain et qu'ensuite rien n'empêcherait le jaguar d'aller saisir l'affûteur branché.

Nous avons ouï dire qu'on prenait facilement cet animal dans des trappes amorcées ; mais il nous a été impossible de recueillir des renseignements précis sur ce mode de capture, auquel du reste il ne faut guère ajouter foi.

Quelques Indiens sont assez téméraires pour attaquer seuls le jaguar avec deux ou trois chiens. Le chasseur alors, le bras gauche enveloppé d'une peau de mouton, qui dépasse le coude, et la main droite armée d'un poignard à deux tranchants, long de 0"66, part à la recherche de la bête. Celle-ci résiste ordinairement à l'assaut d'ennemis peu nombreux et tient tête alors sans hésitation, ce qui permet de l'approcher et de la provoquer de la voix et du geste. Tout-à-coup, le jaguar furieux s'élance, se dresse comme l'ours sur ses pattes de derrière pour attaquer et

ouvre la gueule en rugissant ; le chasseur offre le bras emmailloté à ses deux pattes de devant, s*efface un peu à droite et lui enfonce son poignard dans le flanc gauche. L'animal blessé tombe d*au tant plus facilement qu'il ne peut qu'avec peine se maintenir debout, et aussitôt les chiens se Jettent sur lui ; mais, si la blessure n'est pas mortelle, il se relève, rapide comme l'éclair, se débarrasse des chiens et se précipite une seconde fois sur son adversaire, qui l'attend de pied ferme et lui donne un nouveau coup.

a Rengger a connu un Indien de la ville de Bajada qui avait tué de cette façon plus de cent jaguars. On lui a même affirmé que dans de pareilles circonstances certains indigènes poussaient la témérité jusqu'à remplacer le poignard par une simple massue avec laquelle ils frappaient sur les reins l'animal dressé, lui brisant ainsi la colonne vertébrale. »

D'après le même observateur, on chasse au Paraguay le jaguar de la manière suivante: Un bon tireur, accompagné de doux hommes armés, l'un d'une lance et l'autre d'une fourche en fer à dents, longue de l^ôT environ, se met avec huit ou dix chiens à la recherche de cet animal. Lorsque le carnassier a déjà été souvent chassé, il prend la fuite aux premiers aboiements.

S'il grimpe sur un arbre, on le fusille à l'aise, mais on doit le viser avec soin aux bons endroits, car si on ne fait que le blesser, il saute à terre et se précipite avec rage sur le chasseur, à droite et à gauche duquel se tiennent les porteurs de la lance et de la fourche. Ce dernier la présente alors à l'animal debout pendant que le premier lui enfonce son arme dans la poitrine et la retire aussitôt pour être prêt à porter un second coup, au cas où l'animal se relevant viendrait à attaquer de nouveau.

Si le jaguar, au lieu de grimper sur un arbre, se défend à torre^ les chiens l'entourent à distance en donnant de Ja

voix, et alors le chasseur, flanqué de ses deux satellites, agit comme précédemment.

Dans tous les cas, on ne s'approche jamais qu avec prudence de ranimai expirant, et du reste il est toujours bien rare que les chiens les plus hardis ne soient pas victimes de leur témérité.

Les Paraguayens, qui à cheval attaquent aussi le jaguar avec la lance, ont encore une autre manière de le chasser. Lorsque ranimai a gagné un arbre, comme il se tient toujours sur les basses branches, ils prennent le lacet (lasso) qui ne les quitte jamais et cherchent à le lui jeter adroitement autour du cou ; au besoin parfois ils le lui passent à l'aide d'une perche entaillée à sa partie supérieure. Le jaguar ne cherche guère à s'en débarrasser ; aussi ne tardet-il pas à être victime de sa négligence ; car, dès que le nœud coulant entoure bien le cou, le cavalier lance au galop son cheval, à la selle duquel est fixé l'autre bout de la corde, arrache l'animal de l'arbre et l'entraîne en rase campagne. Si, après ce premier acte, la bête féroce vit encore et résiste, un second cavalier jette son lasso autour des jambes de derrière, et, les deux chasseurs alors galopant en sens opposé, la strangulation est bientôt obtenue complètement.

On lace et on vient à bout bien plus facilement du jaguar quand il est surpris en rase campagne; éloigné de tout bois et de tout taillis, il n'essaie même pas de se défendre et ne songe alors qu'à se sauver en faisant bonds sur bonds.

Dans toutes les chasses que nous venons de décrire, il va de soi que chasseurs et chiens sont exposés à de sérieuses blessures, rarement mortelles à la vérité. Il existe cependant une ancienne manière d'agir qui, avec un peu de prudence, écarte les périls et mène à une réussite certaine ; c'est par elle que nous terminerons cet article cynégétique.

« Les Indiens, raconte Brehm, abattent les jaguars sans danger avec les armes inventées par leurs ancêtres. Une grande espèce de bambou leur fournit une sarbacane, et avec certaines épines ils se fabriquent de toutes petites flèches, qui portent plus sûrement et pénètrent plus profondément que la balle de la meilleure carabine; en tout cas, trempées dans le terrible poison de Yurari ou curare^ elles ne pardonnent jamais. Poursuivi par les chiens, ranimai se réfugie sur un arbre, et rindien peut alors tout à son aise lui envoyer successivement un certain nombre de flèches (1). Bientôt, les membres du jaguar se roidissent, ses forces diminuent et les mouvements convulsifs se produisent; il tombe à terre, se relève une ou deux fois et cherche à fuir; mais, tout- à-coup, il s'abat en râlant et meurt...

(1) 11 ne s'en inquiète pas plus que de la piqûre d'une mouche.

L'OCELOT

L'ocelot, sensiblement plus petit que le jaguar, atteint la taille du lynx d'Europe, sinon en hauteur du moins en longueur; il a un peu plus de 1"30 du museau à l'extrémité de la queue, mais sa hauteur au garot n'est à peine que de 0"50.

Le corps semble svelte ; les jambes sont dégagées, la queue affilée vers la pointe, les oreilles larges et courtes, la pupille ronde. La robe épaisse, brillante, moelleuse, est colorée avec autant de goût que de profusion ; toujours très riche, elle varie beaucoup d'un sujet à un autre.

Cet animal est très répandu dans toute l'Amérique centrale, dans l'Amérique du Sud jusque dans le nord du Brésil et, d'autre part, jusqu'à Mexico. On le trouve enfin au Texas et dans la partie sud des Etats-Unis.

Il fréquente plutôt les forêts épaisses et les marécages boisés que le voisinage des villes, où néanmoins on le rencontre parfois. Il erre un peu partout en effet, parce qu'il n'a pas de gîte fixe; mais les lieux solitaires sont généralement l'objet de ses préférences bien marquées.

De jour, dormant au plus épais du couvert, quelquefois dans le creux d'un arbre, il est invisible. Ce n'est que matin et soir, ou la nuit, qu'on peut le voir vaquer à sa nourriture ; oiseaux et couvées, jeunes chevreuils et porcs, agoutis, pacas, tout lui est bon.

L'ocelot ne grimpe pas très bien, mais quand on le poursuit de près, quoiqu'il soit moins agile que le couguar, il saute avec facilité d'un arbre à l'autre, si la distance n'est pas trop grande. Il ne se lance à l'eau qu'en cas d'absolue nécessité, et cependant il est excellent nageur.

Cet animal vit par couples dans un domaine déterminé ; aussi, quand on en voit un, l'autre n'est-il pas loin. Malgré cela, ils ne s'aident ni pour chasser ni pour se défendre.

Il paraît que le rut commence en octobre et finit en janvier. La durée de la gestation est inconnue ; tout ce que l'on sait, c'est que le nombre des petits est presque toujours de deux et que la mère les cache dans le creux d-un arbre ou dans un fourré inextricable. Là, dès qu'ils peuvent manger, elle leur apporte des oiseaux et des petits mammifères.

Les jeunes ocelots captifs, et même les vieux, s'apprivoisent facilement et demeurent alors toujours inoffensifs et caressants. On peut les laisser courir sans danger à la niaison ; seulement il ne faut pas espérer d'eux le moindre respect pour les volailles.

La chair de l'ocelot ne peut se manger ; elle est dure, sèche et répugnante ; aussi ne le chasse-t-on avec ardeur que pour s'emparer de sa splendide fourrure !

CHASSE DE L'OCELOT

Rien n'est plus facile que de capturer les ocelots ; une trappe à bascule avec une poule vivante ou même un simple morceau de viande comme appât, c'est tout ce qu'il

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faut pour réussir. II y a mieux : Tocelol pris au piège, qui est parvenu à s'échapper, y revient sans méfiance aucune deux ou trois jours après; on a eu l'occasion de constater même, à l'aide de marques corporelles, que plusieurs de ces animaux, faits prisonniers et lâchés exprès^ se sont laissé prendre dans la même trappe cinq ou six fois de suite.

Cet animal, acculé ou blessé, se défend avec courage contre les chiens et devient même alors dangereux pour le chasseur; mais, en dehors de ces deux cas, si on le rencontre, toujours il ne songe qu'à fuir.

Ue nuit, lorsque la lune est belle, comme il évente le chasseur avant que celui-ci ait pu l'apercevoir, il détale avec la plus grande rapidité devant les chiens et va se cacher au plus épais d'un arbre, où l'on peut quelquefois le tuer, grâce à l'éclat de ses yeux qui décèle sa présence. De jour, on tire bien rarement un adulte, mais on a en revanche de temps à autre la bonne fortune de mettre la main sur des jeunes au liteau, par suite des miaulements continuels qu'ils font entendre dès qu'ils se voient seuls. La mère ne les défend jamais contre les chiens et encore moins contre les hommes ; il est donc bien facile de s'en emparer.

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LE GUEPARD A CRINIÈRE

Moins grand que le guépard moucheté et moins dangereux, le guépard à crinière, véritable transition entre le chat et le chien, est svelte, élancé, haut sur jambes. Il a {""OO de long ; sa hauteur au garot est de (y"66 ; sa queue mesure 0"67.

Sa tête est petite, plutôt allongée comme celle du chien que raccourcie dans le genre du chat; ses oreilles $ont larges, tombantes; sa pupille ronde. Ses poils longs et hérissés, surtout sur le cou, simulent une crinière. Sa fourrure, d'un gris jaunâtre pâle est marquée de taches noires et brunes, confluentes sur le dos et se continuant sur le ventre; les mêmes taches se retrouvent sur la queue et forment des anneaux vers Textrémité de cet organe.

Cet animal habite tout le sud-ouest de TAsie^ tandis que son congénère moucheté ne se trouve qu'en Afrique.

(Test un véritable hôte des steppes, où son agilité et sa souplesse lui servent bien plus que sa force pour se procurera manger. 11 se nourrit de petits et moyens ruminants; mais comme il ne court ni très vite ni très longtemps, ce n'est qu6 par la ruse et les embûches qu'il parvient à s'emparer de sa proie.

A-t-il aperçu un troupeau d'antilopes ou de cerfs, il se tapit à terre, prend toujours le bon vent, rampe silencieusement , cherchant à échapper à l'œil vigilant du

guide du troupeau ; si cette sentinelle relève la tête, il se rase et devient immobile. S*approchant ainsi jusqu*à une quinzaine de mètres, il choisit la bête la moins éloignée, rattfeint en quelques bonds, la renverse avec ses pattes et la mord à la nuque. Parfois sa victime Ten traîne à cent pas et tombe ; il en boit alors avec avidité le sang chaud et fumant.

On ne sait encore rien sur la reproduction de cet animal. Tout ce qu'on a pu apprendre des indigènes, c*est qu'ils le capturent aux lacets, et que, malgré sa férocité naturelle, ils parviennent facilement à Tapprivoiser, lors même qu'il a.été pris adulte.

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