CHASSE DU GUÉPARD A CRINIÈRE
Les instincts du guépard ne pouvaient échapper à Tobservation des hommes vivant dans les contrées qu'habite cfe carnassier; aussi ont-ils essayé d'en tirer parti pour la chasse^ et ils ont admirablement réussi dans leurs tenta* tives. Cet animal en effet est devenu pour les veneurs asiatiques un auxiliaire des plus utiles.
Pour ces chasses, on chaperonne le guépard et on le met, soit en croupe d'un cavalier, soit sur un petit chariot àrdeux roues propre au pays. Lorsqu'on a découvert une troupe de gibier, on cherche à l'approcher autant que possible à deux ou trois cents mètres, et là, déchaperonnanl le carnassier, on lui montre là proie.
Dès qu'il la aperçue, toute son ardeur s'éveille, toute sa
ruse et sa souplesse se manirestenl. Sans bruit, il saute à terre, rampe vers le troupeau, bondit sur sa victime et la renverse. On court alors pour lui faire lâcher prise, on le chaperonne et, coupant la gorge de ranimai, on recueille le sang dans un vase qui est mis de suite sous le nez du guépard, auquel, si la ration parait faible, on octroie une des pattes comme supplément.
La course de cet animal est très rapide, mais il ne peut point la maintenir longtemps. Si, après une poursuite vertigineuse de quatre à cinq cents mètres, il n*a pas atteint sa proie, force lui est de renoncer. Il semble alors tout honteux, marche lentement et se laisse approcher par ses gardiens, qui lui mettent le chaperon et le réintègrent dans sa cage. Ceux-ci opèrent à pied, parce qu*on a remarqué que, tant que le chaperon n*estpas mis, les cavaliers sont bien plus exposés que les piétons à la mauvaise humeur du guépard dépité de son insuccès.
L'emploi à la chasse de cet animal est très répandu dans toutes les Indes orientales, en Perse, en Aj»ménie.
On a dit que les Abyssiniens se servaient aussi du guépard d'Afrique, et von der Decken affirme en avoir vu plusieurs dressés et apprivoisés chez les Arabes du nord du Sahara. Malgré tout, le fait en question ne nous semble pas suffisamment établi.
■Ji"«f["
L'AGUARACHAY
ou RENARD DU BRÉSIL
Cet animal, nommé encore aguaratschai du Gtiarana, ressemble aux renards de l'Europe et de TAmérique du nord ; il est plus petit, mais plus vigoureux en proportion ; le corps mesure 0"70 à 0"80 de long et la queue 0"38. Il "a la pupille ronde.
Son pelage, comme coloration, varie beaucoup. D'ordinaire, il a le dos et la nuque noirs, la tête grise, les flancs d'un gris foncé, la poitrine et le ventre Isabelle sale, la face antérieure des pattes brune, la face postérieure noire, les pieds bruns, la face de la tête blanche, le tour des yeux jaune clair, les oreilles et la gorge jaune-ocre, les moustaches et la pointe du museau noires.
Le renard du Brésil habite toute rÂmérique du Sud, des côtes de l'Océan Pacifique jusqu'à celles de l'Océan Atlantique, depuis l'équateur jusqu'au sud de la Patagonie.
On le trouve dans les plaines et dans les montagnes. En général cependant ses préférences sont pour les régions tempérées, bien qu'on l'ait vu dans les Andes à 4 où 5,000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Très répandu au Paraguay, il vit au milieu des broussailles, évitant les lieux découverts comme les grandes forêts.
Cet animal se choisit un canton assez limité, où il
demeure solitaire en été et en automne^ et ne se montre par couples qu'on hiver et au printemps. Dormant tout le jour, il rôde la nuit pour chasser les agoutis, les lapins, les faons, les oiseaux domestiques ou sauvage^ dont il fait sa nourriture. En cherchant ou poursuivant sa proie, il met le nez à terre pour mieux sentir la piste, relève la tête par moments et évente, mais il ne donne jamais'der la voix. Au besoin, il se régale des restes du jaguar, mange des grenouilles, des lézards, descrabes et des écrevisses. Lorsque les cannes à sucre sont mûres,' comme il n'en déguste qu'une faible partie au-dessus des racines^ il fait mourir ôhaque fois quinze à vingt pieds. En somme sa voracité et ses instincts de rapines en font, pour les lieux qu'il habite, un fléau d'auXant plus grand qu'il .est très n^ultjplié.
« En.hiver, au moment des amours, d'après Rengger, les mâles et les femelles se cherchent, et on entend, le soir ou la nuit« leur cri a-gua-a^ qu'en toute autre saison on ne perçoit que lors des changements de temps. Le couple se loge dans les buissons, entre des racines d'arbres, dans un terrier abandonné par les tatous ; jamais il ne se creuse lui-même un abri. »
Au printemps, c'est-à-dire en octobre, la femelle met bas de trois à cinq petits, qu'elle ne quitte pas les premières semaines ; le mflle la nourrit. Dès que les jeunes peuvent manger, le couple chasse pour eux. A la fin de décembre, ils font des expéditions avec leur mère, et alors le méie les quitte; un mois ou deux après, la femelle les abandonne aussi.
Souvent au Paraguay, on s'empare des jeunes et on les élève. Ils se domestiquent très bien, mais, comme les renards d'Europe, rien ne peut les empêcher de poursuivre les volailles des basse-cours.
La chair de l'aguarachay n'est pas mangeable.
CHASSE DE L'AGUARACHAY
Ce renard n'a guère à redouter d autre ennemi que l'homme, sa vue perçante et son odorat subtil, ainsi que la rapidité de sa course, lui permettant d'échapper aux surprises ou aux poursuites de tous les carnassiers.
Les dégâts qu'il cause motivent suffisamment les chasses qu'on lui fait avec ardeur ; car sa fourrure est très rarement employée et sa chair, à odeur repoussante, ne se mange point.
Les Paraguayens le chassent pour le détruire, tandis qu'au Pérou les fermiers tiennent de plus à honneur d'orner leurs habitations du plus grand nombre possible de ses dépouilles; et, pour cela, ils donnent aux Indiens un mouton par chaque renard tué.
On tire l'aguarachay k l'affût, matin et soir ; on le prend aussi au collet et dans des trappes.
Aux chiens courants, le plus difficile est de faire sortir l'animal des buissons serrés des bromélies épineuses, la meute se refusant presque toujours à y pénétrer. Une fois debout, il prend une avance et les chasseurs à cheval le perdent de vue; mais, après vingt ou vingt-cinq minutes de menée, sa vitesse diminue; il est fatigué et ne tarde pas à être pris ; il se défend alors courageusement contre les chiens, qui le mettent bientôt en pièces.