‹ Les chasses du globeChapitre 16 sur 206 · DES MERS POLAIRES · texte numérisé non relu

DES MERS POLAIRES

Le renard bleu ressemble beaucoup à celui d*Europe par ses formes, mais il n'en a point les mœurs; c'est le plus bête et le plus importun, le plus sot et en même temps le plus rusé de la famille. !

Il est petit; son corps ne mesure que 0"'66 et sa queue h

0"33. Son pelage presque feutré varie de couleur avec les saisons, ce qui lui permet de se confondre avec l'aspect général des lieux qu'il habite ; l'été, sa teinte est celle de la terre et des roches ; l'hiver, elle est par sa blancheur en rapport avec la neige et les banquises.

Cet animal habite les contrées polaires de l'ancien et du Nouveau-Monde, et les iles aussi bien que le continent. Il y est très multiplié et connu sous un grand nombre de noms, une vingtaine au moins.

Ce n'est que par les mauvais temps, ou dans des lieux qui ne lui offrent pas de sûreté, que le renard bleu se retire soit dans une crevasse de rocher, soit dans un terrier qu'il a creusé, et, en pareil cas, il ne sort que la nuit ; toutefois, là où il n'a rien à craindre de l'homme, il se cache parmi les pierres, les buissons, et guette sa proie.

Il mange de tout, mais la nourriture animale est celle qu'il aime le mieux. Il chasse avec acharnement les petits

mammifères, principalement les bandes de lermnings, dévore les oiseaux de mer et de rivage ainsi que leurs couvées, et enfin se repaît de tous les animaux que les flots amènent sur la plage. Lorsque tout cela lui manque, la faim le presse, et il pénètre dans les maisons ou sous les tentes pour enlever tous les cuirs, et même des objets qu'il ne saurait dévorer.

Ces animaux sont sociables, mais il est avéré que Tliarmonie ne règne pas toujours dans leurs bandes parfois nombreuses et que maînls confbâts sanglants y ont lieu. Lors de ces batailles, ils grondent comtnc les chats, et la colère les fait hurler haut et fort. On n'entend guère leur voix qu'à ces moments-là.

Ils ne sont pas trop mal partagés sous le rapport de l'intelligence, mais ils présentent dans leurs habitudes des contradictions si frappantes qu'on ne sait souvent à quelle opinion s'arrêter sur leur compte. Tous ceux qu'on a observés faisaient preuve de ruse, de jugement, de finesse, et, d'un autre côté, ils montraient une stupidité incroyable. Quand nous parlerons de leur chasse un peu plus loin, on verra des faits instructifs à cet égard.

Le rut a lieu en avril-mai et amène de vives batailles entre les mâles. Au milieu ou à la fin de juin, la femelle met bas dans une caverne ou une crevasse de rocher um*. dizaine de petits. Elle les aime si tendrement qu'elle se met à aboyer dès qu'on les approche et dénonce ainsi son liteau ; si alors on ne prend pas les renardeaux de suite, elle se hâte de les transporter dans une autre cachette.

Pris jeunes, ces animaux peuvent s'apprivoiser, mais ils grondent toujours quand on les touche. Il convient de ne pas trop s'y fier, car leurs yeux verts brillent de méchanceté.

Leur chair, suivant le capitaine Parry, ressemble assez à celle du chevreau, et, au dire de madame Léonie d'Aunet, leur peau, bien qu'elle donne lieu à un grand commerce, ^rait tout au plus bonne à faire des tapis.

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