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CHASSE DE LA BALÉARIQUE

La chasse des baléariques pavonines est assez difficile ; car, même dans les forêts vierges, là où les autres oiseaux ont presque contracté amitié avec Thomme, on ne les voit jamais se départir de leur prudence habituelle. Fuyant le cavalier comme le bateîîer, elles flairent un danger dans toute apparition inaccoutumée.

« Afin de pouvoir les approcher, dit Brehm, nous dûmes construire des huttes en terre, et encore nous ne pûmes nous en servir que quelques jours ; dès qu'un ou deux individus d'une bande étaient tués , celle-ci quittait Tile pour n'y plus revenir. »

La chasse est sans nul doute plus fructueuse à l'affût près de leurs lieux de repos; mais l'affût en Afrique a des inconvénients dont on ne se rend compte qu'après les avoir éprouvés soi-même. Laissant de côté les lions et les léopards qui errent alors dans la forêt, celle-ci seule présente la nuit au chasseur des obstacles presque insurmontables. Chaque buisson est hérissé de milliers d'épines qui l'arrêtent, mettent ses vêlements en pièces et lui déchirent le corps d'une façon très grave. Une chasse de nuit est donc par suite impossible, même pour le plus intrépide des naturalistes et même pour le veneur le plus endiablé.

De vingt à trente-cinq mètres, avec du plomb numéro 4 on roule très bien ce splendide oiseau... quand on l'a au bout de son fusil !...

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LE CARIAMA HUPPÉ

Appelé encore sertmia saria, cet oiseau a environ f^SI de long, l'aile O-SS, la queue (r33.

* Il est gris, chaque plume étant marquée de lignes ondulées en zigzag, très tines, alternativement claires et roncées; à la partie antérieure de la poitrine, ces lignes n'existent qiie sur les barbes et point sur la tige ; les plumes du bas-ventre n'ont aucun dessin. Il a les longues plumes du cou et de la tête d'un brun-noir; les rémiges brunes, avec les barbes internes rayées de blanc en travers et les primaires blanches à la pointe ; les deux Tectrices médianes d'un gris-brun uniforme ; les autres d'un bnm-noir au milieu, blanches à la pointe et à la racine. L'œil jaune-soufrc clair ; la ligne naso-ociilaire couleur do chair grisâtre; le cercle nu, qui entoure l'œil, bleuâtre ; le bec rouge de corail ; les tarses d'un brun-rouge en avant, rouge-brique sur les côtés. La femelle a les plumes <ie la nuque plus courtes, et son plumage est gris jaune.»

Ce bel oiseau est propre à l'Amérique méridionale. Répandu dans une grande partie de l'Amérique du Sud, il est remplacé dans les Etats de la Plala par une espèce voisine.

« D'après le prince de Wied, le cariama huppé habite les grandes plaines et les collines du Brésil, dont le sol est couvert d'herbes alternant avec quelques buissons. »

Il vit par paires dans la saison des amours et de la reproduction, puis par familles de trois ou quatre membres. Il n'est possible de l'apercevoir que dans les lieux où il ne trouve pas de hautes herbes pour se cacher, sa couleur contribuant du reste à Je rendre invisible, sans conipler qu'au moindre bruit il se rase, ne relève la lète que de temps à autre et court avec autant de rapidité que le dindon sauvage à travers les herbes dont pas un seul brin ne remue. Aussi dans les campos, surtout au crépuscule du matin, s*il se fait entendre tout près et si on y court, ne voit-on jamais rien ! Et son cri se répète à deux cent^ mètres de là.

Sa voix ressemble aux jappements 4*ud jeune cliiep, d'après le prince de Wied ; suivant Burraeister, elle est rauque et criarde conmie le cri d'un impace. D'ordiflaire, pour la lancer, Toiseau se tient sur le sommet d'uu buis-> sou ou d'un arbre peu élevé. Elle peut se rendre par ha^ hahahabiy hihihi, Ai7, Aï/, hi, el, suivis d*un intervalle de quatre à cinq secondes, auquel succède le cri bref hak. A la moindre apparence de danger, le chaateur se laisse choir daas les herbes et cherche son salut en eouraut, jamais en volant.

Le cariama se nourrit surtout d*iasôetes, ce qui ne rempèche pas de détruire un grand nombre de serpents, de lézards et autres reptiles. Aussi est-ce.un oiseau estioié de tous les Brésiliens et la loi défend-elle de le tuer!

A IVpoque des amours, les mâles se li>vfenl-de viaieBts combats pour la possession des femeUes; :voicice^'eB raconte Hon«eyer 4Î^ uisu : « le cariama est^il eo amoiur, il exécute les bonds les jUus (antastiquas, il h^iûs^etes.pluntes de son course gonfle comme unfapaoe,ét^^gaâue tout en siuitant, ouvre tantôt une aile, tantôt Tautra, safis doute pour se maintenir en équilibre. C-estaioai* en courant et en sautant, qu'il attaque son adversaire. Son bec est sa véiitablo arme : d'un coup, il arrache les plumes de

son ennemi ; de ses pattes, il ne donne que des poussées, tieâ coups de pied, et ne les emploie pas comme des scri-es.

a Les combats que les cariamas se livrent entre eux ou avec d'autre» oiseaux ne sont point de longue durée et ne 86 terminent jamais fatalement. ■

Cet oiseau nictie sur un artère peu élevé; le prince de Wied a même trouvé un nid à la portée de sa main. Il était Tait de branches aëclied disposées sans ordre, en travers de la branche qui le portail, et surmontées d'une couche d'argile et de bouse de vaohe- Il renrermait deux œufs blancs, de la grandeur de ceux du paon.

I.es Jeunes sont couverts d'un duvet serré, jaune-roux, moiré de brun-noirâtre; ils demeurent assez longtemps dans le berceau, dont les parente finissent par les chasser.

Gomme les cariamas sont Taciles à élever, on en prend souvent pour les mettre dans les basses-cours. Au bout de (jiiarante-liuit heures, ils sont déjà assez privés pour venir manger il l'appel ; peu de temps après, bien qu'ils s'iîcartenl purrois plusou moins loin dans le jour, tout en revenant invariablement coucher de préférence sur les loils, on peut les considérer comme de vériinbles animaux flomosliriups. Aussitôt adultes, ils s'érigent eu dominateurs.

CHASSE DU CARIAMA

■ Bien que le cariama ait une chair aussi blanche et aussi succulente que celle de la poule domestique, dit le prince de Wied, on ne léchasse cependant pas souvent.

■ Il est très défiant, et ne se laisse par suite point approcher racitemonl. Mes chasseurs eux-mêmes, qui en cher-

oliaient les nids, ne pnront surprendre aucun sdulle. Dè$ qu*il remarque quelque chose dlnaccouUimé^ il se tait; mais, rinslant d'après, on entend de nouveau sa ?oix partir de fort loin, il se cache avec beaucoup d'adresse au milieu des herbes et des buissons.

€ I^ meilleure façon de le chasser est de le poursui\Te il cheval, au trot, sans le perdre de vue; on lui coupe la l'etraite vers les buissons et, en activant de plus en plus Tallure du coursier, on Tépuisc. Te moment arrivé, le c4iasseur se dirige vers Toiseau qui ne fait plus que de faibles crochets et lui lance le lasso autour du cou, lorsqu'il ne le tire pas sur un arbre où il a fini par se remettre en volant. D'ordinaire, le cariama, ainsi forcé à la course, se tapit contre le sol, et on peut le prendre à la main.

t Pendant longtemps, ajoute le prince de Wied, j'avais parcouru les campos avec ifnes chasseurs sans pouvoir approcher cet oiseau, lorsqu'un planteur des environs vint me rejoindre, monté sur un étalon rapide. Il tne promit aussitôt de me faire assister à une chasse de cariama. Il se dirigea vers Toiseau dont on entendait la voix et le lit partir. Nous vîmes avec grand plaisir le cavalier le poursuivre d'un trot rapide pur les collines et les vallons. Il le coupa ensuite des buissons et finit par nous l'apporter vivant. »

On ne tire le cariama qu'avec du plomb des numéros 6 ou 4.

LE PHÉNICÔPTÈRE ROSE

« Cet oiseau, connu sous le nom vulgaire de flummanU a un plumage blanc, nuancé de rose ; le dessus des ailes rouge-carmin; les rémiges noires; rœll jaune, entouré d'un cercle rouge carmin ; le bec rose h la racine, noir h la pointe; les pattes rouge-carniîn.

« Sa longueur varie de l'"32 à 1"*38 et son envergure ^st de i"^6. La femelle se montre plus petite d'un dixième environ. Les jeunes sont blancs, sans teinte rose; ils ont le cou gris, le dessus des ailes moucheté. Ce n'est qu*à trois ansqu'ils revêtent le pluniagc des adultes.

Le phéntcoplère rose est originaire des pays qui entourent la Méditerranée et la mer Noire. Le midi de TRurope forme la limite nord de son aire de dispersion ; mais le nord tie l'Afrique et le centre de TAsie sont sa véritable patrie»

Ces oiseaux préfèrent à tout autre endroit les lacs voisins de la mer, salés ou saumâlres^ Ils ne font jamais que de très courtes apparitions s^ir les étangs d'eau doiioe, tandis qu'on les voit souvent dans la mer, là où elle est peu profonde.

Il est très rare de rencontrer des flammants isolés. En général, ils forment toujours des troupes de plusieurs centaines et même de milliers d'individus, qui évitent soigneusement les etidroits favorables aux surprises. Ils pèchent dans les eaux découvertes d'où s'étend devant

en\ un vasle lionz<»n.Un canot sedirige-t-ilsuruncbamle, f|!ielqije S4iienl les iiigénieu>*'s rubriques employées, elle s'enfuit de très loin, et on voit alors toutes ces roses vivantes se grouper en une longue masse triangulaire flaintenante qui glisse sur l'azur de ciel, comme dit le poète, et va s'abattre à une grande distance. Cest là un spectacle enchanteur!...

Pour observer à Taise les habitudes de ces oiseaux, il faut être muni d'une bonne longue-vue. D'ordinaire, ils se tiennent dans Tonde jusqu'au dessus des tarses, s'aventurant parfois sur les bancs de sable couverts de végétaux. 1^, on les voit prendre les poses les plus singulières ; ils raccourcissent leur long cou, le nouent et l'appliquent contre leur poitrine, tenant alors la tête renversée sur le dos et cachée sous les plumes de l'épaule, pendant que le corps ne repose que sur une patte. C'est ainsi qu'ils dorment. D'autres fois, et c'est un signe certain du réveil, ilsrecourl)ent leur cou en S comme les hérons, leur tête paraissant IK)rtée par la nuque; mais, aussitôt qu'ils éprouvent le moindre effroi, ils relèvent la tête le plus haut possible.

Le flammant, lorsqu'il vaque à sa nourriture, n'a pas une tenue moins singulière. 11 barbote, lui aussi, mais (Tune façon différante des autres lamellirostres. Marchant dans Teau, il courbe son long cou de manière à ce que son bec soit, comme ses pieds, plongé dans la vase. Il explore de la sorte tout le fond de Tonde, allant et recu> lant à petits pas, ouvrant et fermant alternativement son bec en agitant sa langue. Il tàte ainsi toutes les substances qui y sont entrées, et sépare, tamise celles qui sont alimentaires de celles qui ne le sont pas. Ajoutons qu'avec ses pattes il remue le fond constamment, ce qui fait sortir de leurs retraites les petits animaux qu'il aime à manger.

Sa démarche est plus lente, plus vacillante et partant plus irrégulière que celle des grands échassiers ; cela provient sans doute delà longueur de ses pattes, qui ne Teni-

pèche point d'ailleurs de courir rapidemeDt. Il nage aussi fort bien et longtemps au besoin.

Lorsqu'il est couché à terre et qu*il se relève, son bec lui sert toujours de point d*appui. Veut- il prendre son essor, il court, les ailes enlr*ouvertes> sur le sol comme dans Teau, et s*enlève tout aussi bien qu*un canard.

Son vol est facile. Avec ses pattes et son cou étendus, il semble très long et mince; ses ailes étroites insérées vers le milieu lui donnent alors Tapparence d'une croix. Volant en compagnie, ces oiseaux observent invariablement Tordre triangulaire, descendent en spirale et planent un peu avant de se poser.

« Chez ces singuliers oiseaux, dit Rrehm, le goût doit être aussi bien développé que la vue ; mais leur langue si nerveuse est en même temps un organe de tact, et son action est encore aidée par celle de la membrane molle qui revêt le bec; aussi peut-on croire que ces oiseaux doivent avoir le toucher très développé. L'odorat intervient peut-être encore pour compléter ces sens; toutefois ce n'est là qu'une hypothèse de notre part. Quant à l'ouïe, elle pourrait bien avoir une certaine finesse. »

Mal doué sous le rapport de la voix, le phénicoptère rose ne fait entendre qu'un cri simple, rauque, dur, krnk^ et qu'un ricanement dépourvu de toute harmonie, lancé avec effort et alternant avec un cri plus élevé, qui ressemble à celui de l'oie.

Il mange des petits animaux aquatiques, surtout des mollusques univalves, des vers, des crustacés, des pois* sons menus, et ne semble point dédaigner toute nourri* ture végétale.

Le mode de reproduction de cet oiseau n'est pas complètement connu ; bien des détails manquent; disons ce que l'on en sait :

« Le flammant dispose son nid dans des endroits où l'eau est peu profonde, et, au dire des Arabes, sur des Iles

h;\^i}s ù [)Iuiit<;$ ilHiuc l'aihlo h«utêui\Gui)struU dans ï^\^y ce nid est un anias conique de vase ramassée avec tes I>ùtte8, cauvei'l de plantes aquatiques et élabli (le Taçon à ce que les œufs soient de 0'"30 à O'^oOau^dessus de fomic. Lorsqu'il est fait à terre, ce n*est qu^une si tupte dépression creusée dans le sol et tapissée de joncs et de roseaux. ■

Il n'y a généralement que deux amfs, rai^emeol tt*uis. L*oiseau les couve en s*asseyant sur son nid, les pattes fléchies. La durée de Tincubation est de trente à trentedeux jours.

A peine éclos, les jeunes sont conduits à Teau par leurs parents; dès les premiers jours, Us se luettenl à nager; bientôt ils courent ass^2 vite, niais ce n*esl qu au bout de quelques (uois qu'ils peuvent voler.

Le flaminant captif s'attache à riiommesion s*occupe beaucoup de lui. Il se laisse volontiers caresser,, se montre doux et tranquille, et vil en bonne intelligen<^ avec les autres auiuiaux.

CHASSE DU FLAMMANT

On peut bardiuiâiit déclarer que la obéisse de jour de ces oitj^i^ux est tout à-£fiit imposait^ taat ils se gardeot kîen, soit qu'ils sonuneiUes^t, soit quDs. vaquent k tour nour* riture. Nous avons, pendant une douzaine d.'aftQées eoinsôcntiyes dQ séjour à fiougie (Àftiquc 4u riord), essayé de toutes les rubriques pour approcher des bandes qui se tenaient en hiver sur un lac saumâtre, distant de cett^ ville d'envij'on tixHs kilomètres et communiquant parfcî avec ta nier, el nous n'avons i^éussj, qu'un seul jour à leu

envoyer une balle, à deux cents pas au moins, qui nous a procuré, 'par le plus grand des hasards, la capture d'un magnifique phénicoptère frappé en plein corps (1).

« Dans la nuit, par une belle lune, avec un silence absolu, on peut, au dire de Salvador!, parvenir à les surprendre et mêOM) facilement les tirer à plomb. > Sans voûloirmettre en doute la véracité de celte assertion, force nous est pourtant. de dire que toutes les tentatives de ce geDi*e faite» paf nous ont complètement échoué. Y avait-il de notre faute f C/est fort posible.

Les Arabes ont montré à Brehm une manière bien plus simple pour (^pturei^ces oiseaux la nuit. « On étend cotre deux barques un filet de pèche ordinaire et Ton se dirij^e vers une bande de Qammants ; effrayés, ils s'en voient, se prennent dans les mailles, el les chasseurs s'en emparent. Si la bande est très nombreuse, une cinquantaine d'individus est parfois capturée ainsi. »

Les pêcheurs du lac Mensaley, en Egypte, ajoute Brehm, m'ont raconté une chasse bien plus singulière encore. « Après avoir reconnu très exactement le lieu de repos d'une bande de phénicoptères, on s'en approche la nuit avec une excessive prudence, monté sur un radeau de bois flottants, et on cherchera découvrir la sentinelle. Celle-ci se tient le cou levé, tandis que tous les autres dorment, la tête sous l'aile. Un pêcheur s'avance vers elle en nageant et en rampant, tantôt sur l'eau, tantôt dessous, masqué par un paquet d'herbes qu'il pousse devant lui. Arrivé à la sentinelle, il la saisit rapidement, lui plonge la tête dans l'eau et la tue en lui tordant le cou. Ses compagnons alors en prennent d'autres endormis, les tuent de même et les attachent à une longue corde. »

« Je n'aurais, dit Brehm, point ajouté foi à une pareille

(1) Avec un Lefauchcu.\ non rayé. Un vrai i-accruci^Note de l'auteur).

hisluire si j^ivais pu nrexpliquer autieiiicut le l'ésuIUt visible de ces chasses. C'est par douzaines en effet qu'on voit les flanmiants figurer sur les marchés des villes du nord de TEgyptc, où leur chair est fort appréciée. >

Les auteurs anciens rapportent que les Romains en étaient très friands, surtout de la langue et de la cervelle. « J*ai goûté à ces plats, dit Brchm ; j*ai trouvé la chair délicate et la langue réellement délicieuse..., et je déclare hautement qu*un pliênicoptère rôti est un des mets le^ plus exquis qu*on puisse déposer sur une table. »

Ayant mangé avec un vif plaisir le flammant que nous avions tué près de Bougie, il nous faut être de lavis de Brehm et reconnaître avec lui que c'est bien à tort qu on reproche un goût huileux à cette chair colorée en rose.

LE CHEN HYPERBORÉ

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