LA GRENOUILLE A VENIN
Cette Ptiyllobat^ que les indiens de Clioco nomtm Neaara et qui ne se trouve, sous bois toujours, que da les régions les plus chaudes de rAmériqiie, est un pc animal grêle, d'un jaunecitron vif à la partie inrériei du corps, avec les pattes et l'abdomen noirâtres.
« Ce batracien, en apparence inofiensir, dit Ed. André ( porte un des venins les plus terribles que l'on connaisi Il sert à empoisonner les flèches et remplace d^s lo pour le^ indiens qui habitent tes immenses forêts Ghoco, le fameux curare des sauvages de l'Orénoque du Brésil.
a Depuis nombre de siècles, la chasse chez eux se pra que avec la sarbacane (bodequera), long tube de 3 mètr fait de deux moitiés de lige de palmier, fendues, vidé ajustées au moyen de fibres enroulées autour comme ruban et recouvertes d'une gomme noire qui se durcit séchant.
(1) Chargé d'une mission suieiitifii^uc dtin^ l'Ain<5ni]ue Sud, en ]8T5 et I87H, Ed. André raconte, dans un article t curieux, qu'il a vu préparer le poison des flëchcH indieni avec le venin de cette gi'cnouillc. Le» passages les plus sailla. i cité l'essei'o lit sans doute le lecteur, et nous pmtileroHS l'occasiun pour dire (|ueli|ue^ mots sur le Tanioux curare.
« De pi'tilos baguett4^ de bambou, tines el deux fois longues comme une aiguille à tricoter, constituent les fl(»clies. Elles sont aiguisées par une extrémité, entourées de l'autre d*un peu de coton sauvage pour les ajuster à la grosseur du truc et poussées violemment par une forte expiration du chasseur. Ces flèches, contenues dans un pelilcarquois placé à la ceinture et taillé dans un entrenœud de bambou, sont rainées à Textrémité pointue et irempi^s dans le poison subtil de la neaara.
« Pour préparer ce terrible rival du curare, les Cliocoès cherchent d'habitude ces iMtracicns dans le district de Rio-Tatamâ, affluent du San Juan, où ils alx)ndent à terre, pareils à des citrons tombés des arbres.
« Voulant s'emparer de Taninutl sans le mettre en contact avec leur peau, ils se garnissent les mains de larges feuilles, et après Tavoir pris (ce qui n'est pas comnK>de à cause de son extrénie vivacité), ils renferment dans un morceau de bambou.
« Arrivés au campement, ils allument du feu. Lorsque les tisons sont bien enflammés, la grenouille est saisie avec précaution au n»oyen d*une fine l)aguette de bois pointue, qui lui est passée dans la bouche et'à travers les pattes postérieures ; puis, on tourne et on retourne œtte baguette au dessus des cbartwns ardents. La peau se boursoufle, éclate bientôt sous Tinfluence de la chaleur et exsude un liquide jaunâtre, acre, dans lequel on trempe immédiatement les flèches à empoisonner.
« Les effets du venin de la grenouille neaara se naontrent semblables a ceux du curare. Pique-t-on un oiseau avec un de ces dards, même préparé depuis quelques années, il est pris de halètement et de tremblement, une bave épaisse sort de son bec, et il meurt au bout de 3 à 4 minutes. Une seule flèche lancée contre un chevreuil le met bas en moins de 10 minutes, et le double de ce temps suffit pour tuer un jaguar adulte.
« On ne connaît p^ns de contre-poison «an venin de celle grenouille. Les pauvres indiens le savent lellement bien que. si l'un d*eux a le malheur de se blesser avec une de ces flèclies, il se couche immédialement et attend la n)ort sans rien tenter pour sa guérison » (1).
(1) II est à supposer que le traitement parTnlcool à riiitérieur pourrait Ijieii ivussir avec ce poison, avec les divers cuioire et même avec les [>oisons végétaux qu'emploient certaines tribus sauvages.