LE CURARE
c Goiidot, qui est resté 10 ans au Brésil, raconte que ce poison est préparé par quelques unes des tribus les phis reculées, qui habitent les forets bordant le haut Orénoque, le Rio-Negro et TAniazone et qui, presque toutes, sont anthropophages.
t On le fabrique, ilit-il, de bien des manières, mais celui qui passe pour le plus actif et qui est le seul à peu près connu provient des indiens de Mesaya, habitant à une vingtaine de journées de la frontière de la Nouvelle- Grenade. On ne le connaît du reste que très imparfaitement, parce que ces iridiens en font un grand secret et que d*ailleurs il n*y a que leurs devins qui sachent le préparer.
c Ceux-ci, qui sont en n)ême temps prêtres, médecins ou guérisseurs de sorts, emploient pour sa fabric4ition une liane appelée curari, d'où le nom donné à c^ poison.
€ Cette liane, coupée en tronçons et broyée, donne un suc laiteux abondant et très acre. Les tronçons écrasés sont mis en macération dans Teau pendant 48 heures ; puis, on exprime et on filtre soigneusement le liquide, qui est soumis à une lente évaporation jusqu'à concentration convenable On le répartit alors dans plusieurs petits vases de terre, qui sont eux-mêmes placés sur des cendr-cs chaudes, et Tévaporaiion se continue avec plus de soin encore.
« Lorsque le poison est arrivé à la consistance d'extrait mou, on y laisse tomber quelques gouttes de venin recueilli
dans les vésicules des serpents les plus veniiiieux, et Topération se trouve achevée dès que Textraît est parfaitement
cou*
Dans cet état, le curare, si on le préserve bien du contact de Tair tuiiaide, peut, au dire des indiens, conserver sa redoutable puissance pendant un temps indéfini. »
« Le poison tiré des végétaux, dit Roulin, n*est pas le seul dont les indiens fassent usage ; car ils empoisonnent également Textrémité de leurs flèches avec le venin extrait d'un crapaud. »
€ Ce crapaud pourrait bien être le Pélobate brun ; car, si on irrite ce batracien en imprimant quelques instants une série de mouvements de circumduction aux membres postérieurs, on recueille dans Paine un liquide blanchâtre, très visqueux, d'une odeur forte et pénétrante, qui, au dire de E. Sauvage, serait le venin ; mais, comme il ne tue une souris qu'au bout de 27 minutes, son emploi serait beaucoup trop lent pour la chasse. On peut présumer dès lors que les indiens, qui s'en servent, y ajoutent des ingrédients susceptibles d'augmenter sa puissance. »
En définitive, l'invention des flèches empoisonnées permet aux indiens, sur terre comme sur les arbres, d'abattre sûrement plusieurs animaux dans une bande, tandis que Tarme à feu, qui efl'raie par son bruit, ne peut donner au chasseur que deux victimes au plus.