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PÊCHES & CHASSES DE L'ESTURGEON

Grâce à Bloch du nous pouvons décrire le mode de pèche usité dans le Volga depuis le printemps jus()u*aux gelées.

« Un peu avant Tépoque de la i*emonle du printemps, on choisit un endroit où un fond uni s'étend depuis le bord presque jusqu'au milieu du cours d*eau. Là, on enfonce une rangée d'arbres ou de pieux, qui traverse une partie du fleuve soit en ligne droite, soit en forme d'angle obtus ouvert vers le courant. Après cela, on prend des claies assez larges pour s'étendre depuis le fond jusqu'à la surface et on les assujettit au fond contre les pieux, de manière que le courant les y presse davantage.

« Gela forme une espèce de parc qui oblige les poissons è suivre sa direction et à chercher une autre issue. Or, dans langle du parc est une ouverture de â à 3 brasses qui sert d'entrée à une chambre carrée, fermée aussi avec des pieux et de l'osier, et dans laquelle le poisson se pi^nd.

c Dans chaque chambre, il y a des choses préparées pour avertir de l'entrée des esturgeons et pour aider à les prendre. Au fond est un cadre fait de fortes perches sur lequel est étendu un filet de petites cordes (ou en été une claie d*osier) ; aux quatre coins sont assujetties de fortes cordes avec lesquelles on peut lever cette machine, par le moyen de deux poulies. Au-dessus de l'ouverture de la

(1) Histoire naturelle des Poissons, page 173.

chambre, on a tine trappe Taile dp peirlies cl d'osiers entrelacés, ou bien tin filet monté sur une perciie transvcraale, (|iii s'étend devant l'ouverture.

■ Dès qu'on remarque quelques mouvements k un moreean de bois qui sert d'avertisseur, on baisse la trappe ou 'e lilet, et, la cbambre se trouvant fermée, on lève la maiHiine mobile qui est au fond, et on amène le poisson

.qui s'y trouve. Alors on saisit les esturgeons avec un cro chet, on laisse retomber ta machine et ou rouvre la cbamt)re pour une nouvelle prise ».

■ En Sibérie, d'après Pallas, la chasse des eslur^^ns se lait au moyen d'une corde d'environ 60 mètres au moins de longueur k laquelle on attache, de distance en distance, des eonlelettes munies d'un fort hameçon («an« amorce) et d'un flotleur en écorcede tremble. A l'une des extrémité de la maitresse corde se trouve une ancre, à l'autre un panier qui flotte. 1^ tout est jeté dans les endroits les plus ])i-oronds du fleuve. I.^ esturgeons, principalement tes sterlets qui nagent plutôt vers le fond qu'à la surface, s'accrochent aux hameçons*.

Tout ce qui pn'cède est bien dilTus et bien vague; par bonheur, C. Itnnilewski a pu recueillir sur les pèches et chasses de l'Oural des renseignements plus précis que nous allons metlre sons les yeux du lecteur; c'est long, mais instructif et fort intéressant.

* l.a partie inférieui'e du cours de l'Oural, sur environ 600 verstes (l) de longueur, et une des parties de la mer adjacente appartiennent aux Cosaques de l'Oural, qui cuniptcnt près de 80.000 âmes. Celte propriété étant collective et indivisible {affectée à formée de tOural en rémnnération de ses obligations militaire»), toutes les chasses et pêches doivent se faire en comurun d'après tm flan fixé une fois pour toutes.

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au rfcy !■(!■.

« Au printemps, lorsque le pnissui remonle l'Oural pour rrnyer, il faut absolunient prendre celui qui suit le til même du fleuve, bien que les chaleurs, qui se font d^lk sentir, «hlig«nt d'employer beaucoup de sel pour le conserver et que les prix soient alora bas dans le commerce; car aulreiuent il redeïtcendrait à la mer après le frai etécliAppernitcomplèlcn»ent aux mains des Cosaques.'

Quelles sont les pèches usitées alors t Opère-t on comme dans le Volga ou conmie en Sil)érie? Danilewski n'en souffle mol et passe de suite à la pêche d'autonme.

« Le poisson (1), qui entre dans l'Oural, pendant les mois d'été, en quantité croissante à mesure que la saison avance vers l'automne, ne retourne pas la même année à lamn*; il reste dans le fleuve pour hiverner, s'il n'est point sans cesse poursuivi et troublé dans.ses habitudes. i>ès que l'eau commence à devenir froide, on le voit chercher les endroits proronds, connus sous le nom de yatove, et s'y rassembler en masse pour passer l'iiiver sous la glace dans une sorte d'engourdissement ou de demisommeil.

•> Alin de retirer plus d'avantages de cette particularité (luns les mœhrs des esturgeons, 1rs Cosaques ont, de tout temps, interdit la pêclie pendant les trois mois d'été et le mois de septembre- C'est là une défense judicieuse et sutlisante ; mais ils ont déposée la mesure en. ne permet^ tant pas de circuler en barque sur l'Oural, de le traverser même, d'y abreuver les animaux et de tirer des coups de fusil le long de ses bords. I^s bateaux à va|>eur eux-mêmes n'entrent jamais dans te fleuve; ils s'arrêtent dans une

11) DanilowNki par Poitson veut dire Enturifeon. Cet animal pORHuriiivcr dans l'Oural kuuk la glace, l'RtdUi'iie à la mer lors de la (l''-bAclc, i-emoiitc au pi'îri(cni|is [loiii' l'raycr, redescend dans l'eau salue tic suite ujn-O*, i-i uiiliii IV-tO et cii scpn^mtji-e ivmonto le 5e»ve et se talc dans les yulovcs «û il wntv juaijuau grand déjjel.

petite l)aie sitiH^e à quelques verstes de son embouchure. Ainsi rOural est un fleuve dont la pèelie est Tunique destination.

« Dans chacune des Stanilzas (villages cosaques riverains), un vieillard, nommé gardien de TOural, observe la marche du poisson rassemblé dans les paiove de sa surveillance afin d'en connaître approximativement le chiffre et le sexe. Les esturgeons ainsi gardés jusqu'à l'approche de la saison froide sont Tobjet de deux pêches très différentes.

I^ première commence invariablement le premier octobre; elle n'a lieu que dans la partie inférieure de rOural, sur une longueur de 280 vertes environ, et elle n'amène d*ordinaire guère moins de 8.000 hommes avec 3.000 petits bateaux. Toute l'étendue de la portion du fleuve destinée à cette pèche est divisée en quinze parties, dans chacune desquelles on opère pendant le jour, en descendant avec le courant.

• l/instrument usité est le yaryga, espèce de chausse ou de sflc en tilets de 14 mètres de largeur, ayant deux ailes, une supérieure et une inférieure. On traîne ce filet sur le fond du fleuve au moyen de deux bateaux qu'on fait avancer à force de rames.

«Au lever du soleil, la pèche commence, sans heure fixée pour la terminer; elle cesse quand on a parcouru tout l'espace délimité à l'avance pour une journée.

« Avant de conunencer, toutes les nacelles sont rangées en ligne sur le rivage, et sont poussées dans l'eau à un signal donné par le chef, YAtaman de cette pèche, qui les (*onduiten colonne sans permettre à aucune de quitter les rangs et de devancer la sienne.

« Arrivée à une certaine distance de la yatove, la nacelle de œ chef tourne à droite, et alors les rameurs redoublent de force pour se devancer mutuellement, déployant dans celte lutte de vitesse une telle énergie que plusieurs

parfois tombent sans connaissance épuisés de fatigue. Ce qui les pousse, c'est i*espoir (assez probable mais pourtaiit assez trompeur) que la })éche en avant des autres sera plus avantageuse et que les premiers arrivants puiseront à pleines mains dans la yatove comme dans un vivier, le poisson n*étant alors pas encore effrayé par le bruit et dispersé.

« Cette espèce de chasse ou de régale se nomme le coup. Comme il y a plusieurs yatoves et qu'on ne pèche pas dans leurs intervalles, on passe de la pi*emière à la seconde^ toujours sous la conduite du chef, et ainsi de suite jusqu*à terminaison.

« Au fur et à mesui^e que la flolille laisse derrière elle des parties exploitées du fleuve, ceux qui n*ont point pris part à Taction principale peuvent de droit y pécher avec la senne, non seulement pour recueillir les esturgeons échappés à leurs devanciers, mais encore une grande quantité de Sandres, Brèmes, Carpes et autres poissons de moindre valeur comn»erciale.

«La chasse dans la partie supérieure de TOural (jusqu*à la ville d*Ouralsk, chef-lieu des Cosaques, sur la longueur d'environ 220 verstes) n a lieu qu'en hiver, alors que le fleuve est recouvert d'une glace épaisse. Elle se fait au croc, et est par excellence la favorite des Cosaques parce que les plus pauvres (1) peuvent la pratiquer, parce qu'à ce moment le poisson se vend à un bon prix et surtout parce que le hasard y joue un plus grand rôle que dans les autres modes de pèche, enfin parce que c'est là une espèce de loterie où avec du bonheur on réussit parfois à gagner plus de cent roubles en un quart d'heure. Il va sans dire que les 220 verstes réservées au croc sont aussi divisées en lots pour la chasse de chaque journée.

(1) l\ suffit en effet d'avoir un croc, un traîneau attelé d'un cheval et une petite pi*ovision d'avoine, avec quelques outils pour perforer la glace.

c l/instrnnieiit noiimié croc^ l'iinique employé, est un grand crochet en acier assujetti à un mancheen bois dont on pont a:igmenlcr la longueur on y ajoutant des perches bout à bo:tt selon le besoin, c'est-à-dire selon la profondeur de Teau qui atteint parfois jusqu'à 18 mètres. Vmit que le courant ne fasse pas infléchir le croc de la position verticale, on y attache, un peu au-dessus du crochet qui le termine, des poids en plomb ou en fonte.

« Au jour fixé, mais pas avant 10 heures du matin (pour donner le temps de se rassembler aux pécheurs qui, à cause du fix>id, ont passé la nuit dans des villages plus ou moins éloignés), les traîneaux, avec les croc^ suspendus à Tatlelage, se réunissent et s'alignent sur le rivage en face de la yatove. On observe pendant ces préparatifs le plus gi*and silence pour ne pas effaroucher le poisson engourdi.

« Un coup de canon donne le signal, et alors tous sautent sur la glace, occupent au plus vile les meilleures places, y percent des trous afin d'y plonger leurs crocs. Ces ouvertures rondes ont 0"34 à 0"39 de diamètre. En quelques minutes, tout l'espace occupé par la yatove en est criblé, et chacun plonge son engin presque jusqu'au fond de l'eau, le relève, puis le descend lentement.

« IwC poisson, d'abord immobile dans le fond, effrayé par le l)ruit, commence à se mouvoir avec lenteur pour se disperser, et doit nécessairement s'accrocher aux crocs qui forment comme une forêt dans l'eau puisqu'il y en a quelquefois plus de 10.000 sur un espace d'une verste à une verste et demie de long sur 120 mètres de large.

«Dans cette chasse, le poisson n'est donc ni harponné ni piqué par en haut, mais bien saisi par dessous Quand le Cosaque sent que son croc est touché, il le relève doucement pour accrocher l'esturgeon et le tire à lui sans peine à cause de son état de torpeur. A-t-il pris une grosse pièce qu'il ue i)eut retirer seul ou faire sortir par

son Iroii trop petit, .vile il appelle à son secours un ou deux membres de son arlèle (I).

c C«>mme cette cliasse h*est pas partout heureuse, tout le monde se jette sur les endroits où elle cônmience à roussir, abandonnant les trous stériles pour en Taire de nouveaux, de sorte que la masse des acteurs est dans un mouvement perpétuel de flux et de reflux sur l'espace étroit qui forme le théâtre de cette opération. La cohue est tellement pressée, et la glace percée de tant de trous, que, malgré son épaisseur, elle cède parfois sous le poids, s*affaisseet se couvre d'une couche assez profonde d*eau, qui se colore bientôt en rouge par le i^ang des poissons accrochés.

« Après avoir pris tout ou la plus grande partie du poisson de la première yatove, on gagne la ou les suivantes désignées pour la chasse de la journée. Il est sévèi*enient dérendu de dépasser cette limite. »

(1) Petites rompagnios do dix à quinze assoriês, <jiii partagent avec une entière égalité le produit do la chasse au croc.

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