LES REQUINS
Les Squales comprennent près de 140 espèces réparties dans 45 genres. Nous ne nous occuperons ici que du genre Carcharias, qui renferme les Requins les plus redoutables, et par leur puissante denture et par la taille à laquelle ils peuvent arriver. On en compte une quarantaine d'espèces fort abondantes entre les tropiques, plus rares partout ailleurs.
« Le requin proprement dit a le corps admirablement conformé pour une rapide natation ; le museau est arrondi plus ou moins eflBlé à son extrémité ; vers ses bords sont percées les narines, dont Touverture est en partie protégée par une petite valvule triangulaire. La bouche, fortement arrondie et largement fendue est armée de dents en forme de triangle, à bords tranchants, lisses ou dentelés. La mâchoire supérieure déborde sensiblement Tinférieure. »
L*aspect du requin n*est pas gracieux ; on peut même le déclarer un fort vilain poisson. Sa large tête plate, ses petits yeux avec leurs paupières libres, sa peau grisâtre, rugueuseet sans écailles, enduite d*une matière visqueuse, k odeur fétide, en font en effet un ensemble repoussant.
Les dimensions les plus ordinaires de ces tigres marins
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xnrionl oniro i à H inMrps, mais on pu a pris dans la mer «h's liiih^ f|ui niosiiraioni jusqu'à «-> mèlres de longueur.
Tous (Hit ies Uiéuies habitudes, niœurs et régimes. i>, S4)nt des p<>issi>ns |itMagiques, bien qu'ils se rapproclient parfois d(^ C(*tes plus ou uu>ins profondes.
l-es iirjîancs des sens sont très développés cliez eux, TiHlond notamment, de sorte qu'ils sentent de fort loin une proie, surtout lorsqu'elle est corrompue. Gela explique |H»iin|uoi ces animaux suivent les négriers ave<^ tant de l>ersislance et, |ieut être bien aussi, pourquoi ils préierrat les nègres aux blancs.
1^ mâchoire inférieure de cet animal, beaucoup plus courte que la supiTieure, l'oblige la plupart du tenip», au lieu de nager sur le ventre, è^ se renverser de œtê |Miur raisir une proie que son noz proéminent pousserait devant lui en la heurtant. Toutefois, quand le morceau qu'il con* Yoite n'est pas trop volumineux, il le saisit très l>ien, sans se renverser, en le faisant coidcr sous le prolongement de la mâchoire supérieure jusqu'à ec qu'il arrive à Tinlërieure qui l'arrête au passage.
Tous les voyageurs mentionnent Textréme gloutonnerie des requins ; ils avalerd en effet avec voracité non seulement œ qui peut être digéré, mais même les matières les plus invraisemblables. On a constaté en outre qu'ils mangeaient des poissons, des calmars et d'autres céphalopodes, et que, pour piller les captifs dans les filets et les n^adragues, ils brisaient tous les engins; d'où la haine que les pécheurs leur portent en tous lieux.
Cette voracité insatiable et cette perpétuelle flringale ont été données aux requins par la nature qui leur réservait la mission hygiénique de purger les mei^ des nombreux cadavres de toutes sortes dont la décomposition empoisonnerait Tatmosphère. (Test là un rôle* 8emt>lable à celui dos crocodiles dans les eaux douces et à celui des loups, hyènes, chacals et vautours sur lei*i*e.
Nous avons dit plus haut la iiaine dos pêcheurs contre les roc|iiins; celle des marins, qui est plus vive eiiâire, a |M>ur cause le^ risques sérieux que ces squales font courir aux matelots qui tombent accidentellement à la mer, surloultlans les parages intertropicaux, t^es simples baigneurs aussi doivent se tenir en garde. Pendant son séjour à Alexandrie, Brehm a constaté que personne n'osait se livrer a la natation, un re<pjin ayant successivement enlevé plusieurâ hommes tout piès de la ville. Enfin, ce qui n'est pas très rassurant, on aflirme que, quand ces animaux pnt une fois goûté de la chair hunèaine, ils de* viennent d'une incwicevable audace.
D'assez nombreuses espèces de squales servent à l'alimentation en Europe, scms le nom de Tlwti bUme^ en Chine et au Japon ; mais ce sont surtout les Chinois qui les mangent en très grande quantité. Seulement, chez eux, les requins canm««i^r« ne sont pas appréciés, et, à part leurs foies énormes et leurs ailerons, c est à peine si on en compte quelques-uns parmi les 40.000 pièces que fournissent annuellement au Céleste Empire les pèches de Koratchi à l'embouchure de Tlndus, celles de l'Archipel Indien, des Iles de l'Océanie, etc.
I/Os animaux capturés au harpon ou aux iilels sont traînés sur le rivage ; on leur coupe les nageoires que l'on fait sécher au soleil ; la chair elle-même est divisée en lanières, qui sont salées pour l'alimentation. Quant au foie, on en extrait une huile qui sert principalement dans l'industrie pour assouplir les cuirs.
Certains squales fournissent une peau qui est connue dans le commerce sous le nom impropre de chagrin et qui sert (après avoir été polie et teinte) à recouvrir de petits objets de fantaisie. D'autres donnent la peau dite de Requin de Chine (I) qui, à cause de la régularité de son
(1) Ainsi iiomniop sans doute parre qu'on ne les p^rlie que sur les côtes de l'Algérie et du Portugal.
grain et de son éclat opalin nacré, est fort recberctiée par les gainiers et les armuriers pour former des étuis, des imanches de poignards, et pour recouvrir des porte*cîga* res ou cigarettes, de petits coffrets, etc. Enfin, quelquesuns ont une peau qui s'utilise dans rébéntsterie pour le polissage des bois.
NOTA. — On voit souvent deux ou trois Naucrates ou Pilotes accompagner surtout le Requin bleu ; de là, on a conclu qu'ils en recevaient une protection efficace, qu^ilsse réfugiaient au moindredanger sous ses nageoires et qu'enfin ils lui servaient d'éclaireurs, le menant à une proie découverte, etc. Il est plus probable que le Pilote se nourrit tout simplement des bribes qui tombent de la gueule du requin et des nombreux crustacés qui viennent en parasites s'attactier sur le monstre.