‹ Les chasses du globeChapitre 187 sur 206 · CHASSE DU REQUIN · texte numérisé non relu

CHASSE DU REQUIN

On prétend qu'il y a sur la côte africaine des nègres assez hardis pour s'avancer à la nage vers le Tigre de la iiier« saisir le moment oà il se retourne et lui fendre le ventre avec une arme tranchante. TiOnnaissant la terrible puissance du monstre dans son élément, nous déclarons tout net que c*est là une fable. Et si on en doute, qifon interroge les plus habiles et les plus intrépides plongeura du globe, c'est-à-dire, les pécheurs de tripang (holoturie) des iles Malaises, les pécheurs d'huitres perlières de Ceyian et de TOcéanie. Touê sam exception refusent obstinément de se mettre à Teau lorsqu'un requin rôde aux alentours et déclarent hautement que ce serait pure folie que de tenter pareille lutte.

Les armes à feu paraissent jusqu'à ce jour être impuissantes pour tuer cet animal, le projectile glissant presque toujours sur sa peau épaisse. Quant au harpon, qui réussit assez bien avec certains squales inoffensifs pour l'homme, il n'est guère de mise que sur des tigres de mer captifs dans de très solides iilets.

Quels sont donc les moyens de s'emparer de ce puissant et dangereux poisson ? Nous n'en connaissons qu'un seul qui est basé sur sa faim perpétuelle et sur son incroyable voracité.

La pêche au requin, que nous allons raconter dans tous ses détails, se passe en pleine mer; elle sufTira pour

mettre le lecteur bien an courant du mode d'opc'*rer et des précautions à prendre (I).

c (Test surtout dans les parages infertropicaux, lors des longues journées de calme si pénibles pour un bâtiment à voiles, que Tapparition d'un requin fait une agréable diversion à Tennui de l'équipage en torpeur.

« Pendant que le mousse va pnnenir le second officier du bord, un matelot lance et retire brusquement plusieurs fois un seau à la mer. C'est une invite à Tadi-esse du monstre, qui plonge et arrive bientôt près du navire.

« Entre temps, les préparatifs marchent à bord ; le second, qui s'en est chargé, tient VémérUUni (i) fixé à l'extrémité d'une chaîne en fer, longue d'un mètre et assez solide pour défier la mictioire du squale. Un fort cordage permet de lancer le tout à la mer dès que le perfide hameçon a été grossièrement dissimulé dans un gros quartier de lard.

« Posté à l'arrière de la dunette, Tofiicier, apercevant le monstre, donne le signal. Au bruit de la chute, un profond silence s'établit à bord, et l'on voit l'animal remonter des profondeurs de la mer.

€ Quelques mouvements de ses larges nageoii^es pectoraies, quelques légères flexions de sa queue l'amènent bientôt contre l'appât qu'il regarde, flaire et semble dédaigner, t II n'a pas faim, disent les novices. » Erreur ! le requin est insatiable ! Pour surexciter sa convoitise et te décider à fondre sur la proie offei*te, il sufiit que rbooinie, qui tient le cordage, fasse mine de la retirer brusquement comme s'il voulait la ramener à bord, car aussitôt rani-

(i) Nous la copions presque lUtÔRilement dans le volume d'Henry Gaillard intitulé : Coupa de fii^U et coups de rcitl, librairie Firniin Didot frères, Paris, 1868.

(2) Enorme hameoon bien aiffuis<^ dont le fer rond n an moins deuT centimètres d'épaisseur.

mal sVlance. et, en un clin d'œil, le laixl et un demi-nièln de chaîne ont disparu entre ses puissantes niàclioires.

■ Pendant trots ou quatre secondes, l'oBicier, qui tien' ta ligne, laisse le requin savourer le friand morceau ; puis raidissant ses bras en se rejetant vivement en arrière, i donne une violente saccade, et le fer aigu de l'émérillor se trouve prorondénient engagé et fixé dans tVesophage.

« Im lutte commence «lors. Afin de la soutenir avei succès, la ligne a été prestement liée à un taquet par uni demi-clé, et deux robusti-s matelots mollissent ou raidissent tour à tour le solide cordage, manoeuvre qui serai impossible à bout de bras tant les secousses du poissot furieux se montrent puissantes.

■ Peu i peu le requin épuise ses forces, et l'heure vieni où réquipage tout entier, opérant sur la ligne une tractior irrésistible, peut enfin l'amener par le travers des porte liaiibans d'artimon; un matelot, qui s'y est afTalé, lu passe adroitement un nœud coulant autour de la queue et alors, tirant k la fois sur les deux coi'dagcs, on l'enlèvi et on le fait passer par, dessus la lisse du navire, sur li pont duquel il tombe lourdement comme une massi inerte.

• I^e drame n'est cependant pas encore fini ; car les der nières convulsions du requin, dont l'énergique vilaliti semble renaître au contact des planches, oITrent de sérieui dangers, sa queue heurtant, comme un formidable bélier tout ce qui se trouve h sa portée, tant que le cliarpenliei du bord n'a point réussi avec sa hache à séparer les vertèbres caudales.

< Dès que le requin a été mis dans l'impossibilité di nuire, il n'est pas de tortures raffinées que n'invente l'es prit de vengeance qui anime les matelots contre cet animal qu'ils considèrent comme leur plus mortel ennenii.

Lorsqu'on capture un squale soit à l'émérillon, soit ai harpon, avec une chaloupe ou un canot, il est prudent d'

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