‹ Les chasses du globeChapitre 26 sur 206 · CHASSE DE LA LOUTRE DE MER · texte numérisé non relu

CHASSE DE LA LOUTRE DE MER

c Quand nous arrivâmes dans Tile de Behring, dit SteU 1er, les loutres de n)er y étaient très abondantes. Elles se rendaient à terre en toute saison, mais surtout l'hiver, pour dormir, se reposer, se livrer à leurs jeux, parce qu'elles n'y étaient pas dérangées, tandis qu'elles n'arrivent que rarement à terre au Kamtschatka et aux îles Touriles, où elles sont activement poursuivies.

c Pour les chasser, nous sortions le soir ou la nuit, à deux, trois, quatre, armés de longs et forts bâtons en bois de bouleau; nous marchions contre le veni et nous approchions de la plage. Quand nous apercevions une loutre endormie, l'un de nous s'avançait en silence tandis que les autres lui coupaient la retraite vers la n)er, et, arrivé assez près, il cherchait à la tuer d'un coup de bâton sur la tête. S'il échouait, ses compagnons la rejetaient dans l'intérieur des terres, et bientôt, malgré sa rapidité de cx)urse, elle était assommée. Mais, plus tard, isolées ou en troupeaux, ayant appris à leurs dépens à nous connaître, elles n'allèrent plus dans l'île qu'avec la plus grande prudence, et cette chasse, pour réussir, nous obligea à faire des excursions de plus en plus éloignées ; c'est ainsi que Steller et ses intrépides compagnons parvinrent à se procurer la viande de sept cents loutres, dont les peaux furent emportées au Kamtschatka.

(1) Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire à peu près textueUement ce que dit Steller sur cette chasse, faute d'avoir d*autres renseignements à notre disposition.

« Quand on coupe à une loutre la retraite vers la mer, ^le s'arrête, fait le gros dos, siftle et menace d'attaquer. Un seul coup de b&ton sur la tête suffit pour que l'animal tombe comme mort en se couvrant les yeux avec les pattes de devant; mais il ne faut mettre la main dessus qu'après avoir achevé de l'assommer, si on ne veut pas se faire mordre; car souvent laloutre simule la mort au premier coup, puis, à un moment propice, elle saute vivement à l'eau.

■ Au printemps, les Kouriles vont dans la mer, jusqu'à dix kilomètres et plus, en canots montés par six rameurs, un pilote et un chasseur. Quand ils aperçoivent une loutre, ils courent dessus à force de rames et la gagnent de vitesse; arrivés assez près, le pilotedeTarrièreet le chasseur de l'avant lui tirent des flèches; s'ils la manquent, elle plonge ; mais, chaque fois qu'elle revient pour respirer, ils lui envoient de nouveaux traits. Si la loutre a un petit, il est le premier à perdre haleine et à se noyer; la mère l'abandonne pour mieux pouvoir échapper ellemême; on le ramasse dans le canot, où parfois il revient à lui. Mais enfin la loutre est fatiguée, elle ne peut plus plonger, et alors le chasseur la lue à l'arc ou à la lance. Quant aux flèches, qui toutes Qottent, elles sont ramassées avec une perche terminée par une sorte de balai, pendant la poursuite ou après.

■ Il n'est rien de plus terrible que le moment de la débâcle : on chasse alors les loutres sur les glaçons rejetés par la nier, et on les tue à coups de massue ; souvent, à cette époque, il y a de telles tempêtes, une telle tourmente de neige, qu'on peut à peine se tenir sur ses pieds ; le chasseur n'en est point arrêté, et il va, même de nuit, à la poursuite des loutres. 11 n'hésile pas à s'aventurer sur les glaçons agités et soulevés par les flots, n'ayant en main qu'un couteau et un bâton ; seulement ses pieds sont chaus ses de souliers de neige munis de crampons.

a 11 dépouille ranimai sur la glace inéine où il l'a tuo. I/habileté des Kanilschadales et des Kouriles pour cette opération est telle qu'ils en écorchent proprement ainsi trente ou quarante en moins de deux heures.

« Parfois le glaçon se détache complètement du rivage, auquel cas le chasseur doit tout abandonner pour ne songer qu*à son salut. Il se jette à la nage, une corde attachée à son chien qui le ramène à terre.

€ Quand le temps est favorable, les indigènes s'aventurent sur la glace jusqu'à perdre la terre de vue; mais alors ils ont bien soin de prendre garde aux heures de la marée et à la direction du vent.

€ Lorsque, chose peu commune, des loutres viennent à se prendre dans des pièges, elles se désespèrent au point de se mordre entre captives d'une manière épouvantable. Quelquefois ces animaux se coupent eux-mêmes les pattes, soit par rage, soit par désespoir. »

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