L'OURS BLANC OU POLAIRE
« Cet animal est si remarquable, si particulier, qu'on ne peut, dit Brehm, le réunir aux autres ours, et qu'on est presque tenté de croire et de proclamer qu'en lui la nature a créé pour les déserts glacés du nord un grand carnassier spécial, propre à inspirer une crainte salutaire aux phoques, aux poissons, aux lemmings, à l'homme lui-même, que n'efTraienl pas les contrées inhospitalières du pôle. >
I^ taille de cette espèce indique déjà un animal marin. L'ours polaire est plus grand que l'ours gris ; le mâle a de 2-40 à 2"W de long; il pèse de 450 à 600 et va même jusqu'à 750 kilogrammes.
L'ours blanc habite le cercle arctique ; il est commun à la zone polaire des trois parties du monde. On ne le trouve que là où la mer est recouverte de glace presque toute l'année.
N'ayant & craindre aucun animal et ne tenant pas compte des froids les plus intenses, ainsi que des tourmentes les plus terribles, il rôde sur terre et sur mer au milieu des glaces ou des flots libres, et au besoin la neige lui sert de giteet d'abri.
Ses mouvements sont lourds, mais très soutenus. Cest un maiire nageur, qui fait près de six kilomètres en soixante minutes et qui peut maintenir fort longtemps cette vitesse. Il plonge et file entre deux eaux avec autant de
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rapidité, ce qui lui permet, comme la loutre, de capturer des poissons. Même à terre, il n'est pas aussi lourd, aussi maladroit qu'il en a Tair. Sa démarche est lente, mais, si un danger le menace ou si la faim le presse, il court avec vélocité en bondissant et atteint facilement son ennemi et sa proie.
Sa nourriture principale consiste en poissons et en phoques (1) ; il y faut joindre les cadavres ou les débris des baleines qu'il voit et évente de très loin. Quant aux animaux terrestres, il ne les attaque qu*à défaut d'autres proies ; mais alors les rennes, les renards bleus, les jeunes morses qui attérissent, les oiseaux et leurs couvées, et même tous les animaux ne sont pas en sûreté. Enfin, il faut que sa faim soit bien vive pour que, sans y avoir été provoqué, il se jette sur l'homme, devant lequel il s'enfuit d*ordinaire.
Il parait craindre les chiens plus que les hommes, avoir peur du feu, de la fumée, des sons retentissants ; le bruit de la trompette l'horripile et le met en fuite.
«Peu de temps après le rut, qui commence fin juillet pour finir en septembre, les femelles se font une couche sous des rochers, des blocs de glace surplombants, ou bien se creusent une caverne dans la neige. Elles y mettent bas de un à trois petits, gros comme des lapins. Fin mars, les jeunes ont la taille d'un caniche; à ce moment, le liteau est abandonné, et ils accompagnent dans ses expéditions leur mère, qui en a grand soin, les nourrit et les défend avec fureur, tout en les dressant à nager et à prendre les poissons. »
Ces animaux ne paraissent pas avoir de sommeil hivernal.
L*ours polaire, pris tout jeune, s'apprivoise et peut même
(1) Il ne les prend qu*à tciTO en les coupant de la mer, ainsi que les jeunes morses.
jusqu'à un eertâiti point être dressé; mais en vieillissant il redevient féroce. Dans son bas -âge, on le nourrit avec du lait et du pain; dès quUl est adulte, ces aliments se remplacent par la viande et le poisson. Malgré le manque â*eau, qui est nuisible à sa santé, on réussit, lorsqu'on lé soigne bien, à le conserver en captivité plusieurs aniiées. (Test un deis gibiers les plus précieux pour les peuples du nord. Avec sa peau, on fabrique des couvertures, de» souliers, des boites, des gants fourrés, etc. Les indigènes et las baleiniers mangent volontiers sa chair et sa graisse; mais d'iiabitude on purifie et on fume cette dernière, qui est très abondante; on s'en sert aussi pour l'éclairage, parce qu'elle a sur l'huile de baleine l'avantage de ne pas répaindre d'odeur.